Le Carême, coopérer aux semailles du Seigneur

« Ne nous lassons pas de faire le bien, car, le moment venu, nous récolterons, si nous ne perdons pas courage. Ainsi donc, lorsque nous en avons l’occasion (Kaïrós), travaillons au bien de tous » (Gal 6, 9-10a).

A partir de ce passage de saint Paul aux Galates, le pape François nous invite à méditer pour le Carême 2022 sur l’appel du Seigneur à coopérer à son œuvre en vue de la croissance de tous, en nous faisant semeurs, arroseurs, moissonneurs, … ; actifs mais aussi disponibles en nous faisant bonne terre prête à recevoir la Parole de Dieu, à entendre les pleurs et les silences de ceux qui sont tout près de nous. La semence est infime, elle commence dans les plus petits gestes de bonté de nos relations quotidiennes. Elle donnera un bel arbre car « en Dieu, aucun acte d’amour, si petit soit-il, et aucune “fatigue généreuse” ne sont perdus (EG n. 279). »

La catéchèse et le catéchuménat, œuvres de miséricorde, se reconnaîtront dans ces mots du pape qui invite à faire le bien avec patience, pas à pas, à « être capable d’initier des processus dont les fruits seront recueillis par d’autres, en mettant son espérance dans les forces secrètes du bien qui est semé » (FT n.6). Oui, « l’un sème, l’autre moissonne » et nous ne verrons pas tous les fruits des biens que nous aurons semés. Nous sommes ainsi unis au Seigneur par notre joyeuse collaboration à son œuvre de salut de tous car c’est bien de la moisson eschatologique qu’il est question.

Alors, « ne perdons pas courage », exhortent l’apôtre et le pape, appuyons-nous sur le Seigneur sans qui nous ne pouvons rien faire. Fixons nos yeux sur le Christ ressuscité, c’est lui qui sauve de la mort éternelle, c’est par lui que nous recevons la foi, l’espérance et la charité. Le Carême est le temps favorable (kaïros) pour nous remémorer et mettre en œuvre ces forces reçues de Dieu dans lesquelles nous puisons pour suivre Jésus Christ tout au long de notre vie : « le jeûne prépare le terrain, la prière l’irrigue, la charité le féconde », écrit le pape. Il nous redit aussi de ne pas désespérer de nous-mêmes, de nos fragilités, car le Seigneur ne se désespère jamais de nous et il nous rappelle le secours du sacrement de la pénitence et de la réconciliation.

« Lorsque nous en avons l’occasion (kaïrós), travaillons au bien de tous », voilà le plan quadragésimal que nous donne le Seigneur pour qu’avec lui « nous obtenions les biens promis (He 10, 36) pour notre propre salut et celui des autres (1 Tim 4, 16). »

 

 

Pauline Dawance, directrice du SNCC

Qu’est ce que le Kaïros ?

Intervention de Jean Caron le 20 janvier 2021

Le philosophe Jean Caron propose une approche sociologique de la question des perspectives en catéchèse et en catéchuménat. Il est intervenu sur ce sujet dans le cadre de la session Perspectives catéchétiques, « Celui qui a des oreilles, qu’il entende ce que l’Esprit dit aux Églises » (Ap 2,17a).

Dans l'Oasis n°4

Le temps, don et défi

Que dit la Bible ? Et si au-delà d’un défi, le temps était d’abord une chance pour l’homme ? C’est ainsi que la Bible envisage le temps.

(extrait) Jésus habite notre temps

En effet la venue de Jésus met un terme à une période et en ouvre une autre. Il est inséré dans le temps historique, comme le précisent les évangiles pour sa naissance (« au temps du roi Hérode » en Mt 2, 1) ou sa prédication (« l’an 15 du règne de l’empereur Tibère » Lc 3,1). Mais il annonce un autre temps : « Les temps sont accomplis :le règne de Dieu est tout proche. » (Mc 1,15) Cette annonce du royaume est un appel à ne plus vivre le temps de la même façon, et à lire les signes des temps pour en découvrir les traces. (Cf Mt 16, 1-4) Car avec Jésus arrive la « plénitude des temps ». (Ga 4, 4) Pour exprimer ce temps, le Nouveau Testament ne parle plus tant de durée (chronos Jn 7, 33), que de nouveauté qui fait irruption (kairos Jn 7,8). Ce temps nouveau ne fait pas que succéder à l’ancien, il s’accomplit dans un « aujourd’hui » de Dieu. (Cf Lc 4,21 ; 19,5 ; 23,43), une actualité du salut pour chacun de nous.

Le cadeau du temps

Un peu de théologie : Plutôt qu’un ennemi à combattre, ou une réalité à maîtriser, le temps apparaît dans le projet de Dieu comme un cadeau à accueillir et une chance à saisir. Pour nous en convaincre, et le vivre ainsi en catéchèse, il nous faut un changement de regard. Une véritable conversion.

(extrait) Carpe diem

Cependant, si nous renversons le point de vue, si nous habitons chaque instant comme un cadeau du Seigneur, ne serait-ce pas l’occasion de nous ouvrir à la spiritualité de « l’heure favorable », dans le langage de Jean (12,23), ou du kairos, ce « moment propice » dont parle Paul (2 Corinthiens 6,2) ? Nos semaines et nos années pourraient ainsi être ponctuées d’instants d’éternité, où le temps de Dieu, l’éternité, rejoint et féconde le temps de l’homme (chronos en grec). Car avec le Seigneur, chaque jour est un grand jour. Dans l’Esprit Saint, c’est toujours le temps de la grâce. Chaque rencontre catéchétique, même la plus habituelle, peut bénéficier des clins d’yeux (Dieu) du Seigneur. Chaque échange, chaque enseignement, chaque célébration rituelle peut s’ouvrir aux surprises de l’Esprit. Au fond, c’est l’adage « carpe diem » (cueille le jour) qui préside à la théologie du temps chrétien et évangélique. « Vis chaque jour en plénitude, comme si ce devait être le dernier ! »

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