Conduire sa vie dans la justice : discerner pour s’ajuster au Seigneur

Pour gouverner notre existence, il nous faut nous interroger : « Seigneur que veux-tu que je fasse ? »

Pour gouverner notre existence, il nous faut nous interroger : « Seigneur que veux-tu que je fasse ? »

L’Oasis n°15 : Gouverner avec justice

Pour vivre le don du baptême et grandir dans la foi, il nous faut associer, jour après jour, les deux termes de « gouvernance » et de « justice ». Il s’agit là d’une heureuse invitation à approfondir la dimension royale de notre baptême qui ne peut s’exercer sans prendre en compte la vertu de justice.

Dans la grâce de l’initiation chrétienne, notre chemin de conversion personnelle, comme catéchistes et accompagnateurs, nous engage à accompagner, témoigner, aider les néophytes et tous ceux qui découvrent l’Évangile et veulent marcher à la suite de Jésus, le Juste par excellence.

L’acte de conduire notre vie, c’est-à-dire de la gouverner, fait partie de notre identité de baptisé pour participer à la dignité de membre du Corps du Christ comme prêtre, prophète et roi ! La liturgie du baptême l’exprime de façon fort belle. Dans notre vie chrétienne, il s’agit de « gouverner » avec justice, à la manière de Dieu, comme le Christ l’annonce. Cela suppose et entraîne une conversion et un art de vivre. Il nous faut alors s’interroger : qu’est-ce que conduire sa vie dans la justice et avec quels repères ?

Conduire sa vie…

Dans la grâce des sacrements de l’initiation, les chrétiens sont appelés à découvrir que Dieu vient à leur rencontre, qu’il les aime, qu’il suscite leur liberté spirituelle et veut leur bonheur. Tous, quels que soient nos âges, notre condition et notre vocation, nous avons à faire l’expérience transformante que, dans la force et la puissance de l’Esprit Saint, le Christ nous entraîne vers le Père. Dieu a donc l’initiative, c’est ce que nous appelons le primat de la grâce.

Notre réponse à ce choix et à cet appel de Dieu passe par la façon dont nous allons gouverner notre existence. « Baptisés en Christ, vous avez revêtu le Christ » (Gal 3,27). Le baptême nous a plongés dans la vie même de Dieu pour vivre comme des fils avec Fils, en Lui, par Lui, pour Lui. C’est notre mission et notre responsabilité.

Mais pour gouverner notre existence, il nous faut nous interroger : « Seigneur que veux-tu que je fasse ? ». Il s’agit d’entrer dans un discernement, c’est-à-dire mettre de la lumière là où il y a, parfois, de l’ombre. Discerner suppose de réaliser un travail. Saint François de Sales disait : « Pars d’où tu es, sinon tu n’arriveras nulle part ». Nul ne peut faire ce travail de clarification à la place d’autrui. Quand nous parlons de discernement, nous parlons toujours de soi : son histoire, son passé à assumer, à relire… ses charismes, ses talents, ses limites, son péché…

Il s’agit de prendre en compte ce que nous sommes, prendre en compte le réel de nos vies… Le discernement spirituel n’a pas d’autre terrain que celui de notre humanité, bien concrète, charnelle, ordinaire, avec ses contours, ses épaisseurs, ses plis et faux plis. Le discernement spirituel épouse les méandres de chaque existence personnelle et collective. Parfois nous cherchons dans l’extraordinaire… loin du réel. Or, l’aventure chrétienne est une aventure humaine sur le chemin de la sainteté. Il s’agit de comprendre que le spirituel est le plus réel du réel… non pas un au-delà du réel… mais le spirituel est au-dedans, au cœur du réel : « La parole est dans ta bouche, dans ton cœur » (Deut 30,11-14). Ainsi le discernement doit tenir compte de sa santé, de sa psychologie, de son travail, de sa famille… le réel ! Le réel pour conduire sa vie vers Dieu et vers les autres.

Dans la justice…

Dans le monde greco-romain, la justice est présentée comme une vertu morale et politique. Le philosophe Aristote en parle ainsi : « La disposition qui rend les hommes aptes à accomplir les actions justes ». Le Catéchisme de l’Église catholique précise : « La justice est la vertu morale qui consiste dans la constante et ferme volonté de donner à Dieu et au prochain ce qui leur est dû » (CEC n° 1807). Ainsi l’homme juste qualifie la façon de mener sa vie par la droiture habituelle de ses pensées et la rectitude de sa conduite envers le prochain.

Dans la théologie chrétienne, selon l’enseignement de la Lettre de l’apôtre Paul aux Romains, la justice est liée à la notion de « justification » c’est-à-dire à ce passage de l’état de péché à l’état de grâce. Par sa mort et sa résurrection, Jésus nous fait accéder à l’état de justice. Il nous a justifiés. Il nous donne de nous ajuster à ce qu’Il est. Et cela transforme profondément l’homme intérieur. C’est par le don de Dieu que nous entrons, librement, sur ce chemin d’« ajustement » à ce qu’Il est, un chemin de divinisation, de sainteté !

Avec quelques repères…

Sans doute, faut-il à présent, souligner au moins les repères suivant pour avancer sur ce chemin…

Conduire sa vie dans la justice suppose de ne jamais rester seul. Il convient de demander conseil et de se laisser révéler par les autres. Dans la Tradition monastique, ce discernement va de pair avec la « nepsis » : c’est-à-dire l’attention, la vigilance, l’aptitude à la veille évangélique, devenir des « sentinelles » éveillées. Dans sa Règle, saint Benoît soulignera la nécessité de l’écoute d’autres opinions différentes avec une attention particulière au plus petit, au plus pauvre, au plus jeune. A la lumière de l’Évangile, gouverner sa vie dans la justice impose que l’on remette le pauvre au centre parce que le vulnérable est aimable !

Dans ce travail, notre conscience morale est à l’œuvre ! Entre les excès d’une conscience étroite, raide, scrupuleuse, pointilleuse et qui rend malade à force de s’attacher au détail et à la lettre, et les largesses d’une conscience aveugle où tout a le même poids, où tout se vaut, où rien n’est grave, où plus rien n’est finalement de l’ordre du péché et où le sens moral s’attiédit avec les concessions faites à la médiocrité, nous sommes invités à procéder avec tact, finesse, délicatesse et jugement. Pour conduire notre vie dans la justice que retenons-nous ? Que faut-il dire ? A quoi être attentif ? Une vie de famille, une lecture avec des proches, des partages en équipe fraternelle, un échange avec son accompagnateur spirituel 1 reliant les principales dimensions de notre vie sont un soutien précieux pour procéder avec justesse.

Il faut aussi noter que toutes les vertus sont liées entre elles et s’appellent donc les unes les autres : pas de justice sans recherche de vérité, pas de quête de vérité sans l’expression d’une charité en acte, pas de justice sans essayer de vivre également la miséricorde… Il n’y a donc pas d’opposition ou de juxtaposition entre les diverses vertus mais complémentarité et interpellation pour devenir semblable à Dieu. « tout ce qui est vrai et noble, tout ce qui est juste et pur, tout ce qui est digne d’être aimé et honoré, tout ce qui s’appelle vertu et qui mérite des éloges, tout cela, prenez-le en compte. » (Ph 4, 8).

Gouverner sa vie de façon chrétienne suppose, également, de prendre les chemins du silence, de la prière pour « s’ajuster » au Christ, communier à sa vie et à sa mission. La méditation régulière de la Parole de Dieu permet à la vie d’être, sans cesse, visitée et nourrie. Par la force de l’Esprit Saint un verset de l’Écriture peut se retourner et devenir, pour nous, une Parole de Dieu vivifiante. La prière sert la justice évangélique en interrogeant la cohérence entre notre vie et notre foi. Tout homme marche dans sa vie, consciemment ou inconsciemment, vers l’heure de Dieu, cette heure où Dieu, avec Amour, fera Justice !

+ Benoît Bertrand, Évêque de Mende

1 Pour comprendre ce qu’est un accompagnateur spirituel, consulter l’article de Croire-La Croix Qu’est-ce qu’un accompagnateur spirituel ?

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