« Les juifs sont-ils responsables de la mort de Jésus ? »

Jésus devant Pilate, James Tissot, Brooklyn Museum

On touche un point souligné dans les Notes pour une correcte présentation des juifs et du judaïsme dans la prédication et la catéchèse de l’Eglise catholique[1] de 1985 sur l’emploi du terme « Les Juifs » particulièrement dans l’évangile de Jean et précisément quant à la responsabilité des juifs dans la mort de Jésus.

Ce point fait régulièrement l’objet de demandes de correction dans les expertises catéchétiques de la Commission épiscopale pour la catéchèse et le catéchuménat afin de veiller à ne pas assimiler les ennemis de Jésus à tous les juifs.

N’oublions pas que Jésus est juif en Israël avec des courants très variés.

Plusieurs textes affirment que l’on ne peut tenir l’ensemble du peuple juif pour responsable de la mort de Jésus.

    • Déclaration « Nostra Aetate » 4[2] : « Encore que des autorités juives, avec leurs partisans, aient poussé à la mort du Christ [13], ce qui a été commis durant sa Passion ne peut être imputé ni indistinctement à tous les Juifs vivant alors, ni aux Juifs de notre temps. »

 

  • Les « Orientations et Suggestions pour l’application de la déclaration conciliaire “Nostra Aetate”, n. 4 » [3]… » de 1974 affirment : « que la formule “les Juifs” dans Saint Jean désigne parfois, suivant les contextes, “les chefs des juifs”, ou “les adversaires de Jésus”, expressions qui expriment mieux la pensée de l’évangéliste et évitent de paraître mettre en cause le peuple juif comme tel ».

 

  • Notes de 1985 IV. 2. : « La question délicate de la responsabilité de la mort du Christ doit être vue dans l’optique de la Déclaration conciliaire « Nostra Aetate, 4 » et des « Orientations et Suggestions » (§ III). « Ce qui a été commis durant la Passion ne peut être imputé ni indistinctement à tous les juifs vivant alors, ni aux juifs de notre temps », encore que « des autorités juives, avec leurs partisans, aient poussé à la mort du Christ ».
    Et plus loin: « Le Christ, … en vertu de son immense amour, s’est soumis volontairement à la passion et à la mort, à cause des péchés de tous les hommes et pour que tous les hommes obtiennent le salut » (Nostra Aetate, 4). Le catéchisme du Concile de Trente enseigne en outre que les chrétiens pécheurs sont plus coupables de la mort du Christ que les quelques juifs qui y ont pris part — ceux-ci, en effet, « ne savaient pas ce qu’ils faisaient » (Lc23, 34), et nous, nous ne le savons que trop bien (Pars I, caput V, Quaest. XI). Dans la même ligne et pour la même raison, « les juifs ne doivent pas, pour autant, être présentés comme réprouvés par Dieu ni maudits comme si cela découlait de la Sainte Ecriture » (Nostra Aetate; 4) même s’il est vrai que « l’Église est le nouveau peuple de Dieu » (ibid.). »

 

  • Ratzinger dans Jésus de Nazareth (t.2 p213) : « Cette expression chez Jean – comme le lecteur moderne serait tenté de l’interpréter – n’indique en aucune manière le peuple d’Israël comme tel, et elle a encore moins un caractère « raciste ». En définitive, Jean lui-même, pour ce qui est de la nationalité, était un Israélite, tout comme Jésus et tous les siens. La Communauté primitive tout entière était composée d’Israélites. Chez Jean, cette expression a une signification précise et rigoureusement limitée : il désigne par-là l’aristocratie du temple. »

 

  • Le nom « les juifs » dans l’évangile de Jean a pu susciter dans certains contextes de l’antisémitisme. Dans la Nouvelle Traduction Liturgique de la Bible[4], là où c’était possible, le texte traduit « des juifs », pour bien distinguer entre les juifs de tous les temps et tels interlocuteurs directs de Jésus de façon à éviter de « globaliser ». On pourra faire de même en écrivant « des juifs » plutôt que « les juifs » dès que possible.

 

Qui est responsable de la mort de Jésus ?

 

Pilate, des membres de l’aristocratie du temple, les Romains et … nous.

On se réfèrera au site très sérieux PRIXM, un projet porté par l’Ecole biblique et archéologique française de Jérusalem : www.prixm.org. Particulièrement aux articles :

 

 

 

[1] Notes pour une correcte présentation des juifs et du judaïsme dans la prédication et la catéchèse de l’Eglise catholique, Commission pour les relations religieuses avec le judaïsme , 24 juin 1985 http://www.christianunity.va/content/unitacristiani/fr/commissione-per-i-rapporti-religiosi-con-l-ebraismo/commissione-per-i-rapporti-religiosi-con-l-ebraismo-crre/documenti-della-commissione/sussidi-per-una-corretta-presentazione-degli-ebrei-ed-ebraismo.html n°IV. Les Juifs dans le Nouveau Testament

[2] Déclaration sur les relations de l’Eglise avec les religions non chrétiennes Nostra Aetate, Concile Vatican II, 28 octobre 1965, http://www.vatican.va/archive/hist_councils/ii_vatican_council/documents/vat-ii_decl_19651028_nostra-aetate_fr.html

[3] « Orientations et Suggestions pour l’application de la déclaration conciliaire “Nostra Aetate”, n. 4 », Commission pour les relations religieuses avec le judaïsme, 1er décembre 1974, https://eglise.catholique.fr/wp-content/uploads/sites/2/2017/02/orientations-et-suggestions-pour-lapplication-de-NAn.4.pdf

[4] Traduction officielle liturgique, AELF, 2013 : https://www.aelf.org/bible

 

 

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