Des jeunes en difficulté sur une grande scène de théâtre

Monter sur une scène parisienne pour interpréter dans des conditions professionnelles une pièce du XVIIe siècle, La dispute de Marivaux, revisitée en « point com », c’est le projet un peu fou qu’a proposé Serge Sandor à des jeunes en difficulté de l’Yonne.

En décembre 2014, à l’occasion du numéro 236 d’Initiales « Oser la parole », un numéro en partenariat avec le CCFD-Terre Solidaire, nous avons pu voir cet intéressant travail. Compte-rendu et interview du metteur en scène, pour compléter la rubrique Parole d’adulte, ou comment une expérience de parole théâtrale avec des jeunes permet de « libérer, réparer, fonder »…

ladispute-com-slambert-7Seize acteurs en herbe sur la scène du Théâtre de la Tempête, à La Cartoucherie de Vincennes : une dizaine d’adolescents de 13 à 19 ans, qui vivent en Mecs (Maison d’enfants à caractère social) ou en Itep (Institut thérapeutique, éducatif et pédagogique), ont relevé le défi du metteur en scène Serge Sandor d’y interpréter « La dispute » revisitée de Marivaux. Pourtant les mots ne sont pas leurs forts, ils sont souvent introvertis ou dans le conflit. Et envisager un projet ambitieux et à long terme, a priori ce n’est pas non plus leur préoccupation principale.

ladispute-com-slambert-8Alors, s’adresser à un adulte avec respect, le regarder dans les yeux, avoir assez confiance en soi pour prendre la parole en public, écrire des poèmes ou les paroles d’une future chanson, puis apprendre ce texte du XVIIIe siècle, faire partie d’une troupe de théâtre, accepter l’autorité du metteur en scène et de son assistante, s’accrocher à ce projet jusqu’au bout, monter sur les planches pour interpréter ce texte en prose sur l’inconstance de l’amour devant un vrai public – sans compter toute la fabrication des décors et costumes, sous la responsabilité d’autres adultes, des professionnels du spectacle-, il fallait le faire.

« La dispute.com » a transformé ces adolescents : la parole policée de cette pièce qu’ils ont découverte, apprise et interprétée, les échanges avec leurs compagnons de scène, les regards du public touché qui a applaudi leur ont redonné confiance. A oser une parole, ils ont été récompensés !

Interview du metteur en scène Serge Sandor de « ladispute.com »

S’approprier un texte de théâtre, et en plus du Marivaux, ce n’est pas simple quand on est ado et plus encore quand les mots ne sont pas notre fort… Expliquez-nous ce que vous avez observé de la prise de parole de ces jeunes en difficultés, tout au long du projet ?

ladispute-com-slambert-2Ils ont bossé, mais c’était aussi une récréation ! Ils viennent de très loin : ils n’avaient pas accès facilement à la culture, un peu isolés près d’Auxerre, et ils étaient loin du monde du théâtre. Nous leur avons montré au début du projet quel était le cadre, mais pas trop strict pour qu’ils y prennent aussi du plaisir. Puis nous l’avons resserré, ce cadre. Et ils ont appris plus du quart de ce qu’ils avaient appris jusqu’ici à l’école ! Certains étaient timides, ne parlaient pas aux adultes, beaucoup traînent des histoires sordides. Et il est même difficile pour eux de communiquer entre eux, la violence étant le seul moyen parfois.

Quels changements avez-vous perçu chez eux ?

ladispute-com-slambert-4Avec ce projet, ils ont beaucoup mûri. Même physiquement certains ont changé : je pense à cette jeune fille qui regardait ses pieds au début, et qui est devenue plus confiante, et du coup plus coquette aussi aujourd’hui. Ils ont réappris à se regarder, repris un peu de narcisse… Tellement habitués à être dévalorisés, là, ils ont retrouvé le goût d’eux-mêmes, ladispute-com-slambert-6et pris conscience de leurs capacités mentales, intellectuelles, physiques même.

Comment vous avez pu les aider à prendre la parole pour la scène de théâtre ?

Nous avons réalisé le même travail qu’avec des professionnels, mais en faisant preuve de plus de patience, en prenant plus de temps, en nous adaptant aux impondérables : c’est difficile de leur dire que le théâtre est ce qu’il y a de plus important. Un jeune qui revient du tribunal est difficilement disponible pour répéter… Nous avions aussi déjà travaillé les mois précédents dans ces centres.

Même si la barre est haute, le projet à risque (monter une pièce de théâtre avec des jeunes en difficultés, capables de fuguer jusqu’au dernier moment ou de ne pas être en forme, le tout dans une salle parisienne, avec un metteur en scène mettant en jeu sa réputation…), ils sont restés jusqu’au bout !

ladisputecom-decor-et-scenes

ladispute.com

« ladispute.com » – Pour aller plus loin

cie-labyrinthe-logo– La dispute.com, d’après Marivaux, adaptation et mise en scène Serge Sándor : Théâtre de la Tempête, La Cartoucherie, Vincennes

– Le blog du projet : http://la-dispute-com.blogspot.fr/

– Le site de la Compagnie du labyrinthe de Serge Sandor : http://cielabyrinthe.free.fr/accueil.html

Pour une conversion écologique

Un numéro par trimestre

Ini 258_Couverture

Se procurer un numéro

boutique-publications.cef.fr

Un numéro, un thème

Initiales : une nouvelle maquette depuis 2020.

Christus Vivit : lettre du pape aux jeunes

L'exhortation apostolique post-synodale Il vit, commentée, éd. Lessius, octobre 2019.

Approfondir votre lecture

  • Oser la parole – Initiales n°236

    Un numéro en partenariat avec le CCFD-Terre Solidaire. La prise de parole peut sembler facile : textos, SMS, mail, Facebook, tweets … Nos ados sont toujours incités à donner leur avis sur tout, à débattre, à s’exprimer, mais est-ce si simple ? Prendre la parole c’est se dévoiler, c’est témoigner, c’est aussi oser aller à l’encontre d’un avis général, prononcer des mots qui peuvent paraître tabous…