Questions sur la première annonce au sein de l’espace familial

FamilleQuestions des participants à la rencontre « Rejoindre les familles » et réponses du père Pietro Biaggi.

Que signifie annoncer le kérygme aux familles à temps et à contretemps ? Concrètement comment cela se vit- il au quotidien avec les familles ? Est-ce suffisant de dire « le Christ ressuscité est avec toi » pour faire de la première annonce ? Comment peut-on aider les familles à exercer la responsabilité de la première annonce à laquelle le Texte national les appelle ?

Que signifie annoncer le kérygme aux familles à temps et à contretemps ?

Dans Amoris Laetititia, le Pape cite quatre fois le mot kérygme. Au numéro 58, il dit : « face aux familles et au milieu d’elles, doit toujours et encore résonner la première annonce qui constitue ce qui est plus beau, plus grand, plus attirant,… plus nécessaire »… « c’est avant tout l’approfondissement du kérygme ». Au numéro 290, il dit : « de même, au cœur de chaque famille il faut faire retentir le kérygme, à temps et à contretemps, afin qu’il éclaire le chemin ». Que signifie annoncer le kérygme aux familles à temps et à contretemps ?

Le premier problème est le mot lui-même. Mais le Pape insiste sur la première annonce au milieu de la famille. Depuis dix ans, et particulièrement avec le Pape François, l’accent de la première annonce est posé beaucoup plus au sens fondamental que temporel. Avec Vatican II (Ad Gentes) et après, dans les années 70 à 90, la première annonce réfléchit et propose la foi avec une structure temporelle ; il faut organiser des stratégies, avoir des temps différents, des pas différents où le kérygme arrive après quelque chose et avant quelque chose d’autre. La première annonce arrive après l’établissement d’une confiance, d’un dialogue, après un témoignage de vie et seulement après tout cela, le chrétien, le baptisé peut dire la chose la plus importante, le kérygme.

Pour le Pape François, et déjà depuis dix ans, l’accent est mis sur la dimension fondamentale ; expliciter le kérygme, c’est annoncer que Dieu est avec toi, à coté de toi, mais plus encore qu’il te précède, qu’il est déjà à l’œuvre dans ta vie et dans la vie de ta famille. Annoncer à temps et à contretemps, c’est être capable d’annoncer le « cœur battant » de la foi, de dire l’essentiel, ce qui nous permet vivre. Chaque fois que l’on oppose enseignement, témoignage, vie de charité, on détruit ce « cœur battant ». Comme le dit le TNOC, il n’est pas nécessaire d’attendre la demande de l’autre, des familles. Il faut être capable de vivre le quotidien et là d’éveiller un chemin, des questions capables de convertir nos vies.

Concrètement comment cela se vit- il au quotidien avec les familles ? Est-ce suffisant de dire « le Christ ressuscité est avec toi » pour faire de la première annonce ?

Par rapport à la catéchèse, la première annonce dans la famille ne peut pas prévoir un chemin. Les catéchistes qui accompagnent les enfants et les adolescents vers la première communion, la confirmation ont la chance, et parfois la malchance, d’avoir un chemin déjà pensé, organisé. La vie de la famille est imprévisible ce qui rend l’annonce difficile mais va permettre de toucher vraiment le cœur, la vie, peut-être plus que la catéchèse. L’annonce va résonner dans tout ce qui se passe de positif comme de négatif dans le quotidien des familles.

L’annonce, ce n’est pas de répéter la formule biblique du kérygme ni de dire seulement « Jésus est avec toi ». Je crois humblement que c’est plutôt avoir l’audace de dire face à quelqu’un qui vit une situation difficile que soi-même, dans sa vie, on a constaté que Dieu était là même dans les plus grandes difficultés. C’est être capable de partager une expérience de foi ; pour montrer la vérité de la Bible, il faut la vivre. Il faut pouvoir dire, comme les apôtres : « j’ai trouvé le Messie, j’ai trouvé quelqu’un qui s’est montré pour moi résurrection, espérance, libération,… ».

Comment peut-on aider les familles à exercer la responsabilité de la première annonce à laquelle le Texte national les appelle ?

Tous les efforts que nous faisons au niveau de l’éveil de la foi dans la famille, c’est déjà un effort pour aider à une formation spirituelle. Il faut être dans une démarche spirituelle, de foi pour pouvoir témoigner de la rencontre avec le Christ dans notre vie et partager cette expérience.

Puis il y a là question des mots, du langage, du contenu de la foi. Mais la conversion spirituelle est un préalable indispensable pour entrer dans une formation.

Beaucoup des personnages bibliques, comme nos familles, manquent d’audace mais la conversion spirituelle leur donne la force de l’Esprit Saint.

Père Pietro Biaggi, directeur adjoint SNCC

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