Ne me retiens pas, Marie Madeleine

Nolie me tangere, pastel à l’huile sur papier de Marie Aschehoug-Clauteaux.

Noli me tangere, pastel à l’huile sur papier de Marie Aschehoug-Clauteaux.

Cet article est paru dans la revue Ecclesia n° 26

Noli me tangere

L’œuvre

Cette peinture de Marie Aschehoug-Clauteaux, réalisée au pastel à l’huile sur papier, représente un passage particulièrement fort du Nouveau Testament : la rencontre du Christ ressuscité avec Marie Madeleine, le matin de Pâques (Jn 20, 11-17).

Pour mieux voir

Regarder les couleurs dans leur ensemble et en chaque personnage. Quelles sont celles qui dominent ? En quoi, ces deux silhouettes se ressemblent-elles ? Qu’est-ce qui les distingue ? Qu’est-ce qui permet le contraste ?

Observer les attitudes, les positions, les gestes, les regards: vers quelle dynamique nous entraîne l’un et l’autre personnage ? Par quoi sont-ils liés? Qu’est-ce qui dérange ou surprend ?

Quelles impressions s’imposent à nous en contemplant cette œuvre, à quoi nous renvoient-elles ?

Expressions de foi

C’est la nuit noire quand « Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin » (Jn 20, 1). Ici, au premier regard, tout est lumineux, paisible, harmonieux. « Dis-nous, Marie, qu’as-tu vu en chemin?». Ainsi commence une hymne de la liturgie pascale. C’est à Marie de Magdala que la question est posée. La première, elle a vu le Christ ressuscité. « La vie s’est manifestée, et nous l’avons vue, nous rendons témoignage, et nous vous l’annonçons.» (1 Jn 1, 2). Aux apôtres encore incrédules, la femme, «apôtre des apôtres», selon la formule d’Hippolyte de Rome, a annoncé cette Bonne Nouvelle du salut. Elle l’a portée au monde, en quelque sorte.

Quand notre regard se pose sur cette scène, rien ne nous aide à identifier cette rencontre entre le Ressuscité et Madeleine tant représentée dans l’art. Pas de jardinier, pas de tombeau vide ni de vase d’aromates, pas de main qui bénit, ni de distance exigée. La parole prononcée par le Christ: « Ne me retiens pas ! » ne se devine guère. L’attitude de la femme fait penser à l’exclamation de la bien-aimée du Cantique des Cantiques : « J’ai trouvé celui que mon cœur aime : je l’ai saisi et ne le lâcherai pas. » (Ct 3, 4)

Croire au Ressuscité, c’est renoncer à vouloir encenser un tombeau vide. C’est ne pas chercher à tenir ni à retenir. Croire au Ressuscité, c’est ne pas résister à la croissance de la Parole du Salut, se laisser entraîner aujourd’hui par la course des vivants. La foi est un chemin, un dynamisme, une mise en marche.

Marlene Scheuerer

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