Au caté, instruire dans la joie

Extrait du livret de l’Action Catholique des Enfants (A.C.E.), « Jouer c’est vivre », cet article montre combien, avec le renouveau des pratiques catéchétiques, le jeu reste un atout pertinent pour l’initiation chrétienne des enfants.

Ce matin là, dans l’équipe de caté d’Odile, des enfants de 8 ans jouent avec la Parabole du bon samaritain. Dans la séance précédente, Odile leur a proclamé la parabole. Ils ont bien écouté et imaginé la scène. Aujourd’hui c’est eux qui vont la raconter, chacun jouant le rôle d’un personnage avec une figurine en étant invité à dire ce que ressent le personnage. Plus tard, ce seront des plus grands qui joueront avec les disciples d’Emmaüs à l’aide d’un jeu de plateau. Pour gagner, il faut reconnaître Jésus ressuscité et partir annoncer la Bonne Nouvelle. Enfin pendant le temps pascal toute la communauté sera invitée à découvrir le récit de Joseph et ses frères avec un grand jeu.

Le jeu, une passerelle vers l’enfance.

En effet, il fait partie de la vie des enfants, il est souvent source de joie et « il est important d’instruire dans la joie »[1]! Le jeu est pertinent dans les processus d’éducation, d’apprentissage et d’initiation. Le jeu développe des attitudes. Toutefois, le mot jeu rassemble des réalités variées qui participent à l’acte catéchétique de manière différente selon le type de jeux.

Le jeu, un outil pour découvrir, se remémorer, évaluer.

Certains jeux visent plutôt l’apprentissage ou la découverte des contenus de foi. Ils permettent de se familiariser avec de nouveaux savoirs, de raviver d’anciens acquis ou d’évaluer des connaissances. Ils sont utilisés au cours d’une étape d’un itinéraire catéchétique pour l’intérêt pédagogique du jeu. Souvent ils se présentent sous forme de jeu avec des cartes questions, par exemple « Quel est le nom de l’Ange qui apparait à Marie ». D’autres comme le jeu des familles de l’Ancien Testament ou le jeu des 7 sacrements permettent de classer, de rapprocher et ainsi faire des liens entre les personnages bibliques, ou entre les sacrements et les récits évangéliques. D’autres encore entraînent à la mémorisation, par exemple, des symboles ou des gestes et paroles vécus lors de la célébration des sacrements.

Le jeu comme expérience symbolique.

Il existe aussi en catéchèse des jeux qui se déploient plus largement dans un itinéraire catéchétique. Outre qu’ils favorisent la découverte des contenus de foi, les rapprochements et la mémorisation, ils font appel à l’intégralité de la personne. De plus, dans le contexte de renouveau des pratiques catéchétiques, ce type de jeux présente des aspects multiples dont quelques-uns peuvent résonner avec des points d’appui de la pédagogie d’initiation, démarche choisie par les évêques de France pour « caractériser aujourd’hui la responsabilité catéchétique de l’Eglise »[2] . Un des points d’appui stipule que la pédagogie d’initiation prend sa source dans l’Ecriture. Or ces jeux sont toujours construits à partir d’un ou plusieurs récits bibliques. Ils peuvent se présenter sous forme de récits bibliques à jouer avec des figurines, du théâtre, des grands jeux ou encore des jeux de plateaux aux règles plus complexes où le langage symbolique est important. Jeu et récit ont des points communs (des tensions, des émotions, des péripéties, un dénouement…). En devenant l’intrigue du jeu par la règle, l’intrigue du récit biblique se dévoile dans l’aujourd’hui. En jouant, l’enfant éprouve, s’implique, prend la parole, est confronté aux différents personnages, au récit lui-même. Une fois le jeu accepté, l’enfant est obligé de respecter la règle tout en ayant la capacité de choisir librement comment il veut progresser dans le jeu. C’est une bonne façon d’expérimenter une exigence qui appelle des choix. C’est aussi un point d’appui de la pédagogie d’initiation que de requérir la liberté des personnes. Ces jeux sont également des lieux de gratuité. Les enfants jouent pour jouer ! Le jeu devient un terreau original pour vivre une expérience symbolique, avec d’autres dans un espace fini, en rupture avec le quotidien. Dans le jeu, l’enfant expérimente une relation particulière à lui-même et aux autres. Il doit s’engager, coopérer, gagner ou accepter de perdre. La parole de l’enfant advient dans la confrontation avec le récit devenu jeu biblique et dans l’échange avec les autres enfants.

Après chaque jeu, il est intéressant de partager les émotions vécues et le pourquoi des choix posés, surtout avec des enfants plus âgés. Cette phase permet à chacun de pointer ce qui est important, ce qui pose question. Ici le catéchiste, garant du respect de la règle pendant le jeu, guide les enfants, les aide à faire des rapprochements, à donner du sens, à avancer sur leur chemin de foi.

Le jeu comme chemin vers la prière.

Pour Xavier Thévenot, « jouer c’est transfigurer le réel, c’est faire l’expérience des mystiques qui se laissent aller au jeu de la grâce dans leur cœur »[3]. Ainsi, après l’excitation du jeu et la phase de relecture, il est essentiel de proposer un temps d’intériorisation, un face à face avec Dieu dans le silence où chacun se rend disponible pour exprimer sa louange et son action de grâce.

Bien choisis, des jeux peuvent être des matériaux pertinents dans la construction d’itinéraires qui permettent de grandir dans la foi. Alors, comme la Sagesse qui joue en tout temps auprès de Dieu[4], osons jouer en catéchèse !


[1]Saint Augustin, in le catéchuménat des premiers chrétiens, les Pères dans la foi, Migne-Brépols, 1994,p 33

[2]Les Evêques de France, Texte National pour l’Orientation de la Catéchèse en France, coéd. Bayard/ Cerf/Fleurus-Mame/, 2006, p 27

[3]Points de Repère, le magazine des catéchistes, N°123, éditions Bayard Presse, 1972

[4]Pr 8, 30-31

Catherine Saba

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