Je veux être utile pour d’autres

Prison, retrouvez le témoignage complet de Michel, dont un extrait est paru dans Ecclésia n°10

‘Michel’ (prénom d’emprunt) est né dans une famille non pratiquante. Son papa était incroyant, sa maman croyante. Il a été baptisé petit, mais non catéchisé. Une de ces grand-mères lui avait montré des livres et des prières, cependant tout cela était très flou dans sa tête.

Est-ce que la religion faisait partie de vos préoccupations ?

– Sans doute, mais je ne le savais pas. J’ai une formation forestière et espaces verts. J’aime beaucoup la nature et lors de mes promenades en forêt, je parlais aux arbres. Je crois que j’avais besoin de quelqu’un, mais je ne savais pas qui. J’étais en recherche de sens. Je me souviens d’être rentré dans une église un jour et j’avais beaucoup pleuré. Je me sentais un peu perdu.

Il y a environ deux ans, je suis arrivé là. Au début, j’étais très en colère contre moi, je m’en voulais. Il me semblait que je ne méritais rien, j’étais cadenassé. J’ai entendu parler de l’aumônerie, alors j’ai demandé à venir à la messe. J’ai lu dans l’Évangile un passage qui m’a beaucoup parlé :

Jésus leur disait encore cette parabole : « Un homme avait un figuier planté dans sa vigne. Il vint chercher du fruit sur ce figuier, et n’en trouva pas. Il dit alors à son vigneron : ‘Voilà trois ans que je viens chercher du fruit sur ce figuier, et je n’en trouve pas. Coupe-le. À quoi bon le laisser épuiser le sol ?’ Mais le vigneron lui répondit : ‘Seigneur, laisse-le encore cette année, le temps que je bêche autour pour y mettre du fumier. Peut-être donnera-t-il du fruit à l’avenir. Sinon, tu le couperas.’ » (Luc, 13 6-9).

 

J’ai demandé à rencontrer l’aumônier et je lui ai dit : « Ça, c’est moi : bêchez autour et je pourrais porter du fruit »

– Et il a accepté ?

– Oui, et c’est le premier à qui j’ai pu parler. Au début, je pleurais beaucoup, mais j’ai vite découvert que Dieu condamne les actes et non les personnes. Alors très tôt j’ai commencé à prier, et ça a été très fort. Le soir, je relisais ma journée? mes joies, mes peines? Un jour, la maman de mon ex-compagne m’a écrit rapidement en me disant : « Je prie pour toi. Je poserai le même regard que Dieu sur toi? ». Moi qui me croyais rejeté ! C’était ma première expérience de la miséricorde de Dieu.

– Et le chemin a continué ?

– En parlant de Dieu, j’ai commencé à découvrir Dieu lui-même. L’aumônier m’a donné envie de découvrir sa Parole dans le livre « Ta parole est un trésor ». J’ai appris des passages qui me faisaient du bien et petit à petit j’ai découvert qu’il faut s’aimer avant tout. Le chemin spirituel m’a permis de m’aimer un peu plus, de devenir libre dans mon c?ur. J’ai compris mon passé. J’ai pu mettre des mots sur mes souffrances. Ce n’est plus quelque chose qui me ronge comme avant, ici j’ai l’impression d’être en paix. Je trouve la paix, même s’il y a les murs, les barreaux. Jésus est devenu une personne indispensable pour moi. Il m’a donné son pardon, je lui donne ma confiance. Grâce à Lui, j’ai retrouvé un peu l’estime de moi.

 

C’est ce qui est important pour vous sur ce chemin ?

– L’important c’est d’être pardonné, mais surtout d’accepter ce pardon. Je ne l’ai pas compris tout de suite, j’ai mis du temps pour l’accueillir. Mais j’ai toujours en tête des phrases ou des paroles qui m’ont touché et qui m’aident : « Tu m’as pris par la main, avec toi j’irai au bout du chemin », par exemple. Et maintenant la foi fait partie de ce qui me donne de la joie dans ma vie. J’aime beaucoup la nature, avec la foi j’en ai découvert la source, le Créateur. L’un me renvoie à l’autre et vice-versa.

Une autre chose importante est la parole : celle de Dieu, bien sûr, mais aussi la mienne. Pouvoir parler, « se dire », est formidable. Je crois que pendant des années j’ai cherché quelqu’un à qui parler, mais je voulais avant tout « donner », ne pas faire de souci aux autres. Maintenant je me découvre vulnérable, j’apprends à avoir besoin des autres et de Dieu. Je parle avec l’aumônier, et aussi avec mon codétenu. J’ai l’impression que Dieu est venu me chercher dans ma galère pour me sauver.

– Dans votre vie de chaque jour, ça change quelque chose ?

– J’ai retrouvé le fil rouge : la nature, la forêt, mon côté artistique, la foi? Tout se met en place dans ma vie. Je prie beaucoup, et des choses que j’attendais sont arrivées alors qu’elles me semblaient irréalisables. Toute ma vie en est changée. J’ai pris l’habitude d’assister à la messe chaque samedi matin et le désir de communier est arrivé. Un samedi matin, après en avoir beaucoup parlé avec l’aumônier et m’être bien préparé, j’ai pu communier pour la première fois. Pour moi, ça a été comme un départ, même si il y avait déjà eu un départ avec le pardon.

– Et la confirmation ?

– C’est l’aumônier qui, au bout de quelques temps, me l’a proposée. J’ai tout de suite dit « oui », pour continuer à aller sur ce chemin, pour trouver la paix en moi et avec les autres. Alors j’ai suivi une préparation, chaque semaine et le jour est arrivé. Ça a été un moment inoubliable et tellement fort. J’ai ressenti une présence : Dieu était vraiment là avec nous. L’ambiance était paisible. Pour moi, c’est une expérience d’Église. L’évêque est venu me rencontrer personnellement. Il m’a dit des choses que je n’oublierai jamais. Et puis mon codétenu a bien voulu être mon parrain. Nous avons partagé tellement de choses tous les deux, que pour moi, il est vraiment un don de Dieu. Maintenant je me lève le matin en me disant que je veux être utile pour d’autres. J’ai le désir de faire découvrir Dieu aux autres, parce que je me dis que si j’avais eu la foi?

Le pardon est le plus beau des cadeaux !

L’équipe d’aumônerie de la Maison d’arrêt