La Création comme expérience de la tendresse de Dieu

Adam et Eve au paradis terrestre, Wenzel Peter.

Adam et Eve au paradis terrestre, Wenzel Peter.

Dans la Bible, L’Oasis n°16 : Tout est lié !

Dans la Bible, c’est souvent au moment de l’épreuve que l’homme retrouve la beauté de la Création.

L’étonnante réponse de Dieu aux malheurs de Job

Job souffrait le martyre : deuils multiples, maladie, déchéance, souffrance physique, morale, psychologique, spirituelle. Ses amis lui serinaient de longs discours, faussement consolants, et, pire que tout, où donc était passé Dieu ? Jusqu’ici, Job se sentait enveloppé de sa sollicitude ; mais voici que, dans la tempête, il était atrocement silencieux. « Qui me fera revivre les lunes d’antan, ces jours où Dieu veillait sur moi… quand l’amitié de Dieu reposait sur ma tente ? » (Jb 29,2).

Alors Job a pris son courage à deux mains, il a interpellé Dieu directement : il n’avait plus rien à perdre après tout. La réponse ne se fit pas attendre, mais quelle réponse ! Un long, très long discours sur la beauté de la Création. Un discours ? Non, un poème. Quand on va mal, un poème peut-il nous consoler ?

Comprendre le langage de Dieu

C’est là qu’il faut choisir nos lunettes : celles du croyant, ou celles du soupçonneux, l’Adam qui sommeille en chacun de nous. Mais Job est un héros de la Bible, donc un croyant, heureusement pour lui. Alors il a compris le langage de Dieu. Cette merveilleuse évocation de la tendresse de Dieu pour toutes ses créatures lui était destinée. Car, en Israël, on sait depuis toujours que la Création est un acte d’amour de Dieu.

Un sourire d’enfant, l’éclosion d’une rose, les chants des oiseaux au petit matin, le soleil couchant, que de merveilles simples et douces nous offre la nature. Le poème de Dieu nous en propose mille autres en mer, sur terre et dans les airs : il nous invite à nous taire et à contempler, tout simplement. Alors la paix pourra nous approcher pour nous inviter à reposer dans la confiance. Les douleurs ne partiront pas d’un coup de baguette magique, mais nous ne serons plus seuls pour les affronter.

Une expérience de petitesse et de toute-puissance

Ce n’est pas un hasard, certainement, si les plus beaux textes bibliques sur la Création sont nés dans les périodes les plus dures de l’histoire d’Israël, et, en particulier, pendant l’Exil à Babylone. A commencer par le tout premier chapitre de la Genèse, qui est, lui aussi, un magnifique poème sur la Création. Au peuple de Jérusalem qui avait tout perdu, et que menaçait le désespoir, l’écrivain, inspiré par l’Esprit Saint, on ne peut pas en douter, a rappelé que Dieu tient la vie de toute créature entre ses mains. Comme le dit le pape François : la nature est un « splendide livre dans lequel Dieu nous parle et nous révèle quelque chose de sa beauté et de sa bonté » (Laudato Si’ 12)… « Le sol, l’eau, les montagnes, tout est caresse de Dieu. » (LS 84)

Il n’est pas besoin d’être croyant pour être poète, assurément, mais le croyant puise dans la contemplation la double prise de conscience de son infinie petitesse et de la toute-puissante tendresse de son Dieu.

« A voir ton ciel, ouvrage de tes doigts, la lune et les étoiles que tu fixas, qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui, le fils d’un homme, que tu en prennes souci ? » (Ps 8).

Dieu toujours à l’œuvre

C’est pendant l’Exil, également, cette période d’anéantissement de tout un peuple, qu’un auteur inspiré a, pour la première fois, deviné que Dieu avait tout créé à partir de rien. Et qu’il saurait tout aussi bien recréer son peuple. Jusque-là, on comparait Dieu à un potier : c’est ainsi que le dépeint le deuxième chapitre de la Genèse (que l’on date généralement du dixième siècle av.J.C.). On y voit Dieu « modelant » l’homme à partir de la poussière du sol. Tandis que le premier chapitre, plus récent, qui date de l’Exil à Babylone, au sixième siècle av.J.C, emploie un vocabulaire nouveau : Dieu crée « ex nihilo ». Dans son encyclique Laudato Si‘, le pape François commente : « S’il (Dieu) a pu créer l’univers à partir de rien, il peut aussi intervenir dans ce monde et vaincre toute forme de mal. » (LS 74). Dans une autre période terrible, celle de l’effroyable persécution ordonnée par le roi Antiochus Epiphane, au deuxième siècle av.J.C., cet argument de l’œuvre divine réapparut avec force. C’est ainsi que la mère de sept frères martyrisés les encourageait à rester fidèles : « Je te conjure, mon enfant, regarde le ciel et la terre, contemple tout ce qui est en eux et reconnais que Dieu les a créés de rien et que la race des hommes est faite de la même manière. » (2 M 7,28).

Et le cantique de Daniel composé à la même époque est une vibrante louange de la Création : « Toutes les œuvres du Seigneur, bénissez le Seigneur… » (Dn 3,57). C’est l’un des plus beaux textes de toute la Bible, qui a peut-être inspiré à saint François d’Assise son « Cantique des créatures ».

« Acceptons-le et laissons-nous attendrir »

Dans nos jours de détresse et de deuil, individuels ou collectifs, alors que la souffrance physique ou morale nous fragilise, nous sommes spontanément plus sensibles à l’environnement. Acceptons-le et laissons-nous attendrir : les fleurs autour d’un cercueil ne sont pas seulement un hommage rendu au défunt, elles sont, de par leur beauté même, un puissant réconfort pour les vivants. Frêles preuves de la beauté du monde et de la vie, malgré tout.

Laissons-nous donc aller à la contemplation de la nature, elle nous mènera vers Dieu. Comme le disait le livre de la Sagesse : « La grandeur et la beauté des créatures font contempler par analogie, leur Auteur » (Sg 13,5).

Marie-Noëlle Thabut, bibliste

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