Profil et caractéristiques des chercheurs spirituels aujourd’hui

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Article paru dans « Documents Épiscopat, N°4 – 2016. Les chercheurs spirituels aujourd’hui. »

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Les chercheurs spirituels sont ancrés dans leur temps. Même si leurs caractéristiques leur permettent de s’en distancer, voire de s’en démarquer. C’est pourquoi nous soulignerons d’abord brièvement ce en quoi le chercheur spirituel est un individu contemporain, c’est-à-dire « un individu “hypermoderne”, radicalement différent de ses prédécesseurs »[11]. Puis, nous nous arrêterons plus longuement sur ses caractéristiques avant de mentionner quelques passerelles avec les profils types de « créatifs culturels », puis de catholiques, grâce aux enquêtes respectives de Vincent Commenne et de Yann Raison du Cleuziou.

Le chercheur spirituel, un individu contemporain

Le chercheur spirituel est un individu de son temps

Cela signifie en premier lieu qu’il est maître de sa vie. Il réfléchit, lit, compare, veut comprendre. Et ce, d’autant plus que son niveau culturel est généralement élevé. il analyse et s’analyse, opère des choix, prend des décisions. Cet individu n’éprouve plus le besoin d’être encadré par ce que le sociologue François Dubet nomme le « programme institutionnel » : un État fort, des institutions (dont les Églises) lourdes, stables, qui donnaient à l’individu un cadre de pensée et d’action.

L’individu est désormais centre de sa propre vie [12]

Ce à quoi il aspire, c’est légitimement son bien-être, son épanouissement, sa réalisation, et ses premiers conseillers pour y accéder sont simultanément son corps, ses émotions, son ressenti. tous trois le renseignent sur la qualité des expériences  vécues,  d’où  également  la  nécessité  d’expérimenter. Les affirmations théoriques, les doctrines ne valent pas par elles-mêmes, mais parce que  l’individu les a expérimentées comme étant justes et les a comprises.

Cet individu, auto référent, est bien évidemment soucieux de ses choix et de sa liberté

Il se tient spontanément à distance des organisations, institutions, autorités qui pourraient avoir barre sur lui [13]. Cela se traduit par des participations plutôt que des appartenances, ainsi que par le délaissement des médiations institutionnelles et des intermédiaires, surtout si ceux-ci ne paraissent pas être à la hauteur de leur tâche. La caution officielle d’une institution demeure secondaire par rapport à la qualité personnelle de celui à qui on accorde de l’autorité.

Cette centralité de l’individu et de son expérience personnelle a bien sûr des répercussions au plan religieux

Le « religieux nouveau qui fait son entrée en scène […], se réclame de l’individu, de la subjectivité, de l’expérience, de l’émotion, des affects, plus que de l’autorité d’une tradition héritée »[14]. On assiste de façon concomitante à l’individualisation et à la désinstitutionalisation du sentiment religieux, mais aussi des valeurs, des croyances  et  des  pratiques. Les  démarches « s’inscrivent de moins en moins dans les formules du croire offertes par les religions institutionnelles. Dans ces sociétés qui ont placé l’autonomie du sujet à leur principe, les individus composent désormais de façon plus ou moins indépendante les petits systèmes de croyance qui correspondent à leurs aspirations et à leurs expériences » [15].

On se relie à la source sans nécessairement passer par les institutions garantes de cette source qui se sont interposées au fil des siècles et font écran. C’est l’approche directe par l’expérience qui est valorisée comme moyen privilégié de connaissance et comme validation d’une certitude. Il ne s’agit plus de « croire » parce qu’une religion l’enseigne, mais de croire parce qu’on l’a senti ou éprouvé dans son être personnel, en effet « cette démarche s’inscrit dans un mouvement profond de déplacement du régime de la vérité, dont le pivot passe des autorités religieuses à l’individu lui-même, en charge de l’authenticité de sa propre démarche spirituelle. Ce qui fait la valeur de sa quête, c’est sa sincérité et son engagement personnel »[16]. La valeur prédominante, comme l’a bien montré Jean-Marie Donégani, n’est plus la vérité mais l’authenticité.

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[11]  « Cet individu, nous l’avons qualifié d’“hypermoderne” pour mettre l’accent sur la notion d’excès et de dépassement qui caractérise notre société de modernité exacerbée […]  L’accent est donc mis non pas sur la rupture avec les fondements de la modernité mais sur l’exacerbation et la radicalisation de celle-ci », Nicole Aubert, « Que sommes-nous devenus ? » in Sciences humaines, n°154, novembre 2004, p. 36 et 39.

[12]  Jean-Claude Kaufman, « Devoir s’inventer », ibid., p. 42.

[13]  FLORN AUGAGNEUR, DOMINIQUE ROUSSET, Révolutions invisibles. 40 récits pour comprendre le monde qui vient. « La crise de la société vient de là : du décalage entre la fluidité nouvelle et la solidité des institutions. Les citoyens se sentent prisonniers d’institutions qui les “solidifient” dans un mouvement et dans une identité, alors qu’ils sont sans cesse en mouvement. » Paris, Les Liens qui Libèrent/France Culture, 2015, p. 105.

[14] REGINE AZRIA, « La société française : un état de la recherche. les faits religieux », p. 85 ; « Comprendre la société », Cahiers français, n° 326, mai-juin 2005, La documentation française.

[15]  DANIELE HERVIEU-LEGER, La religion en mouvement : le pèlerin et le converti, Paris, Flammarion, 1999.

[16]  DANIELE HERVIEU-LEGER, « Quelques paradoxes de la modernité religieuse », in Futuribles, janvier 2001.

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