La beauté, voie de la première annonce : entretien avec l’illustrateur Eric Puybaret

Eric Puybaret la Belle au Bois Dormant Gautier Languereau

Eric Puybaret la Belle au Bois Dormant Gautier Languereau

La parole est donnée à Eric Puybaret, illustrateur, qui ouvre la voie par la beauté à la Première annonce.

Dans votre vie, quand et comment avez-vous compris cette vocation pour l’image et la beauté ?

E. Puybaret : C’est arrivé de manière très naturelle. C’est un goût que j’ai toujours eu. Je suis facilement ému, facilement émerveillé. J’ai sans doute du mal à partager cette émotion avec des paroles, alors j’emploie un stratagème, l’image.

Si la voie de la beauté de l’art est toujours un lieu de découverte, de création, d’imagination, le voyez-vous aussi comme une voie d’évangélisation et comment ?

E.P : Définitivement oui. En tous cas, pour quiconque et d’une manière ou d’une autre, l’expérience artistique est un lieu de contact avec Dieu. Pour une raison simple : la créature devient créateur.

Qu’est-ce que cela implique ? Je crois que la véritable pratique artistique est une manière extraordinaire de vivre concrètement la notion d’humilité. Car notre prétention est constamment confrontée à nos limites et à la supériorité esthétique inévitable de la nature. Une vie de travail acharnée ne suffira pas à approcher la beauté parfaite, implacable, des nervures d’un bourgeon, de l’équilibre plastique du moindre petit insecte, de l’émotion que dégage un regard humain et même animal.

Dès lors, le créateur comprend qu’il ne sera jamais Dieu. Il lui reste une option : se mettre au service de Dieu en tâchant de révéler la beauté de cette création. Dans une sorte d’abandon, l’œuvre n’est plus simplement celle de l’artiste. Elle devient aussi dans une collaboration mystérieuse, le verbe de Dieu créateur. Si ce n’est pas une manière d’évangéliser !

Comment votre foi enrichit-elle votre travail artistique ?

A mon sens, l’ennemi numéro un de l’artiste est l’orgueil. Je crois même que l’expérience artistique est exactement cela : la lutte de l’homme contre l’orgueil. L’orgueil se nourrissant de flatterie, la tentation est grande de rentrer dans un système, dans une technique qui suscite facilement cette flatterie. D’autant qu’il y a une sorte de sacralisation de l’artiste, aux yeux des spectateurs, qui n’aide pas du tout à échapper à cette tentation… Ceci mène de manière inévitable au dessèchement de l’artiste. Il y aurait d’ailleurs une comparaison intéressante à faire avec la charité (que ta main droite ignore ce que fait ta main gauche, Dieu, dans le secret sait ce que tu fais).

Encore une fois, c’est cette notion d’humilité, de petitesse face à Dieu, d’obéissance aussi d’une certaine manière, qui me permet de réajuster en permanence mon approche artistique. Suis-je en train de faire du « joli » pour être flatté ? Ou suis-je en train de parler en vérité ? Je ne dis pas que je détiens une vérité que je dois transmettre, mais que j’ai une émotion esthétique à communiquer, qui est un reflet de la nature divine et j’ai une obligation face à cela.

Inévitablement, la fascination qu’exerce sur moi la nature parfaite de la création, me ramène à cette petitesse, à mon positionnement au cœur de cette création et donc à la foi en Dieu.

En regardant le panorama des illustrateurs dans les publications jeunesse sur la Bible, comment valoriser la dimension catéchétique des images ? Quels sont les risques ou les limites qui peuvent parfois empêcher cette dimension catéchétique ?

Sur la base de tout cela, je pense donc que l’image a un rôle de révélateur de Dieu, qu’elle aborde un sujet religieux ou qu’elle soit profane. Il est possible d’ailleurs que des artistes parfaitement athées, voir anticléricaux, aient magnifiquement fait parler Dieu à travers leur œuvre, sans le savoir.

De très nombreux artistes font un jour l’expérience d’un « lâcher-prise » où, comme dans une transe, il y a une sorte de communion entre l’émotion et le geste, avec un souffle qui ressemble à un instinct.

L’œuvre apparaît alors dans une sorte de grâce, le mot est juste. Je crois que là, Dieu parle. Donc, il y a beaucoup de manières pour l’image d’avoir une dimension catéchétique dès lors que cette image est produite dans cet esprit de service.

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