Accompagner les jeunes catéchumènes : les pistes du Synode des jeunes

300 jeunes du monde entier réunis à Rome en mars 2018 à l’occasion du pré-synode.

300 jeunes du monde entier réunis à Rome en mars 2018 à l’occasion du pré-synode.

Intervention du P. Vincent Breynaert lors de la session « Lieux de vie des adolescents : lieux d’accompagnement vers les sacrements ? » autour de la question de l’accompagnement, de l’écoute et de la communauté.

De plus en plus de jeunes adolescents arrivent avec une demande de baptême ou d’autres sacrements de l’initiation chrétienne. Ils sont quelques fois déjà intégrés dans un lieu d’Eglise, une communauté, un mouvement, ou, une proposition leur est faite de rejoindre un groupe de jeunes chrétiens du même âge. Comment les accompagner ? Quelques pistes à partir du Synode des jeunes.

Accompagner en toute authenticité

Le document de travail (Instrumentum laboris) et le document final du Synode des jeunes, proposé par les Pères, parlent très largement de l’accompagnement. Ils pointent très vite une difficulté rencontrée par les jeunes, celle de sentir authentiquement écoutés. Les jeunes nous reprochent ce manque d’écoute profonde et se sentent parfois seuls devant les questions qui sont les leurs, comme celles de tout jeune, devant les choix d’une vie à poser.

Le Synode nous demande donc de bien réfléchir à nouveaux frais sur la nécessité de proposer, pour les jeunes, d’authentiques « pères » et « mères », selon les mots du Synode, qui vont engendrer, dans un acte de liberté, les jeunes et leurs décisions.

L’origine du mot accompagnement est cum panis, celui qui partage le pain, celui qui est donc très proche. L’accompagnateur va vivre avec le jeune une aventure de proximité. Il va « cheminer avec » au sens où Jésus a cheminé avec ses disciples jusqu’au soir de la résurrection quand il chemine avec les disciples d’Emmaüs.

Accompagner : un service au nom du Christ, modèle de l’accompagnateur

Tous les jeunes, nous dit le Synode, sans aucune exclusion, ont le droit d’être accompagnés dans leur itinéraire. L’accompagnement est donc un service qu’au nom du Christ, nous allons leur rendre, un service pour les soutenir dans les étapes de leur vie, pour accompagner leur itinéraire et pour les engendrer à la liberté. Éduquer, c’est « faire sortir ». Celui qui éduque, « fait sortir » l’enfant, le jeune et lui permet de devenir adulte. Accompagner, dans la même logique qu’éduquer, c’est engendrer à la liberté.

Le Synode nous invite à regarder Jésus, modèle de l’accompagnateur, dans la façon très personnelle qu’il a d’accompagner ses disciples en communauté. Cinq éléments doivent retenir l’attention sur la façon dont Jésus accompagne.

  • Jésus n’a jamais rien imposé. L’Évangile n’a jamais rien imposé. L’Évangile est toujours une suite de « si tu veux ». Pour les adolescents, il est très important de montrer combien Jésus pose cette question. Même le « suis-moi » est un « si tu veux ». Le départ du jeune homme riche n’est pas dramatisé par Jésus. Jésus ne se venge pas contre lui.
  • Jésus n’a pas peur de dire la vérité. Il ne cherche pas d’abord à plaire. La vérité dans l’amour est ce qui prime. Cela fait vivre pour lui et ses interlocuteurs d’authentiques déplacements.
  • Jésus va toujours au cœur, il ne regarde pas l’apparence (l’apparence d’un jeune peut m’interpeller, me choquer), il va au cœur, au cœur du besoin, du désir. Or, très souvent, nous, nous en restons à l’apparence comme Simon chez la pécheresse. Il pense que si Jésus savait qui était cette femme, il ne l’accueillerait pas comme cela. Mais Jésus voit le cœur.
  • Jésus sait poser les questions. Nous le savons, dans notre rôle d’accompagnateur, il est important de bien savoir poser une question. Voyez la question posée à la Samaritaine, la pédagogie de Jésus pour faire émerger la Samaritaine à sa propre vérité ; la question de Jésus aux disciples d’Emmaüs : « de quoi parliez-vous en chemin ? » ; la question de Jésus à l’aveugle de Jéricho : « que veux-tu que je fasse pour toi ? ». Il y a une manière de poser les questions qui ouvre et qui libère et qui n’enferme jamais.
  • Jésus n’a jamais peur du péché. Nous qui accompagnons, peut-être avec le péché de chacun d’entre nous et des ministres de l’Église, qui sont déposés aujourd’hui sur la place publique, soyons des hommes bien enracinés dans le cœur de notre foi. Dieu allie toujours justice et miséricorde, il n’a pas peur du péché. En accompagnant des jeunes, nous n’avons pas à avoir peur de leurs chutes ni de leur péché. Très souvent, dans le texte du Synode, nous sommes invités à regarder comment Jésus fait.

Une tension à tenir : dimension personnelle et communautaire de l’accompagnement

Le Synode nous invite à tenir une tension féconde, dans notre rôle d’accompagnement, entre la dimension personnelle et la dimension communautaire. Quand on regarde d’ailleurs l’évolution des textes, nous voyons que le document final fait davantage droit à cette bonne tension. Il parle de complémentarité alors que les premiers documents mettaient davantage l’accent sur la dimension personnelle de l’accompagnement. À certains moments, le jeune a absolument besoin d’une écoute personnelle parce qu’il y a un élément de discernement qui est devant lui. Il faut donc bien écouter son cas unique et particulier. Ou il a besoin d’être écouté personnellement parce qu’il est en train de traverser un moment critique. Donc, l’accompagnement personnel, dans ce cas de figure, est nécessaire.

Mais le Synode, avec de bonnes raisons, dans une société marquée par des courants individualistes très forts, dit que le lieu où le jeune va terminer son engendrement à la foi, c’est bien la communauté. Le Synode met l’accent sur la dimension communautaire de l’accompagnement, c’est-à-dire la fraternité, le groupe, le mouvement, tout ce qui va permettre au jeune de vivre un lieu de vie où il va découvrir à la fois ses qualités et ses propres limites et où il va surtout découvrir la possibilité du don de lui-même. Parce que l’accompagnement est là pour aider le jeune à se décider : on écoute pour accueillir, on accueille pour discerner, on discerne pour décider. Donc la structure de la communauté met le jeune dans le réel de ses qualités, de ses défauts et surtout lui montre comment il pourrait se donner au service des autres. C’est une terre absolument indispensable. La dimension communautaire, très fragile aujourd’hui dans l’ensemble de nos sociétés, est le lieu où l’Église est appelée à resplendir à nouveau. Cela nous demande un gros travail.

La communauté, lieu de dépendance nécessaire aux autres

Le Synode met l’accent sur la communauté car nos sociétés sont atomisées, l’Église aussi. La structure paroissiale rêve d’être une communauté mais elle peine à l’être authentiquement. Nous devons reconstituer, avec les moyens que le Seigneur nous donne, ce tissu communautaire. Il n’y a pas de christianisme sans communauté. Il n’y a pas d’engendrement à la foi qui tienne sans ce tissu de relations qui permet au jeune de comprendre qui il est et comment il peut se donner. Un grand déficit d’aujourd’hui est le déficit des relations de dépendance communautaire. Quand le pape pointe du doigt certaines des fragilités de notre Église aujourd’hui, qui aboutissent au drame que l’on ne cesse de découvrir, c’est sans doute parce qu’on ne dépend pas assez les uns des autres. Les jeunes adolescents ont besoin de cela. Le lieu où ils construisent leurs amitiés, le lieu où ils se découvrent à travers le prisme de l’amitié est aussi le lieu où ils vont découvrir ce à quoi le Seigneur les appelle.

Le document final met donc beaucoup l’accent sur l’accompagnement par la communauté. Nous réfléchissons aussi à jusqu’où va aller cet accompagnement par la communauté. Bien évidemment, jusqu’à la célébration du sacrement, qui est le lieu où le Seigneur va dire à son fils ou sa fille bien-aimés : « Je t’ai choisi, je te constitue chrétien ».

Lieux de vie du jeune : terre d’engendrement

C’est dans cette terre communautaire, ce mouvement, ce petit groupe paroissial, ce lieu du scoutisme, cette aumônerie où tout à coup il découvre qui il est, qu’il doit vivre d’abord les sacrements. C’est sans doute pour nous une conversion, car nous avons tendance à dire au jeune : « maintenant que tu as commencé à découvrir Jésus et à faire un chemin, va à la paroisse pour recevoir les sacrements ». Mais souvent dans la paroisse, personne ne peut le suivre. C’est dans ce petit lieu d’Église, qui est devenu terre d’engendrement, qu’il faut conduire le jeune à vivre les étapes qui feront de lui un chrétien authentique, affirmé, équipé pour le combat spirituel, c’est-à-dire qui vit la grâce du sacrement jusqu’au bout, qui peut donner sa vie jusqu’au bout. C’est une conversion nécessaire : il ne faut pas essayer de faire rentrer les gens dans nos structures mais il faut adapter les structures à ce que nous vivons. C’est toujours un danger dans nos Églises, en particulier dans le rapport aux jeunes, de leur demander d’entrer dans nos structures. Les jeunes ne peuvent pas rentrer dans nos structures. Il faut essayer plutôt de comprendre la société à nouveaux frais, celle de la génération Z. Cette génération Z, elle nous déplace considérablement. Elle partage 70% de sa vie sociale sur un réseau social. Ce qui n’est pas partagé sur le réseau social n’existe pas pour elle. Le réseau social, c’est sa communauté, parfois un peu lointaine mais il reconstitue une communauté.

Accompagner, prendre soin : un processus spirituel

L’accompagnement spirituel personnel vient en complément. Nous avons absolument le devoir (et beaucoup de jeunes se sont fait l’écho de manques) d’accompagner personnellement, c’est-à-dire d’avoir une écoute et de « perdre son temps » dans l’écoute, comme le pape François nous le rappelle souvent. Le pape lui-même prend le temps d’accompagner. Quand j’étais curé de paroisse pendant six ans à Reims, j’ai essayé de prendre le temps d’accompagner environ trois personnes par jour, le matin ; accompagner, c’est prendre au moins une demi-heure, avec de l’écoute et de l’accompagnement spirituel. Une personne qui vit avec le Christ, un jeune qui a vécu au Frat ou dans un week-end scout, dans une eucharistie, quelque chose d’important, il faut l’accompagner, il faut absolument l’écouter, il faut lui faire redire ce qu’il a vécu. Il faut prendre le temps de nommer ce qu’il a vécu et de dire : « maintenant, avec ce que tu as vécu, que vas-tu faire, comment pourrais-tu grandir ? ».

L’accompagnement personnel spirituel est un processus pour aider le jeune à intégrer les différentes dimensions de sa vie pour suivre Jésus. Ce processus comporte trois aspects, nous dit le Synode : écouter la vie, tout mettre au service de la rencontre avec Jésus, écouter le dialogue de liberté (entre liberté de Dieu et liberté du jeune).

Accompagnateurs : qui êtes-vous ?

Qui accompagne ? Nous avons longuement parlé de la communauté mais le Synode remet bien l’accent sur les personnes qui accompagnent. Il y a, en raison de leur vocation, un rôle qui échoit de façon spécifique aux prêtres, religieux et religieuses : « ils ont un devoir spécifique qui jaillit de leur vocation ». Et, puis le Synode rappelle que, dans la grande tradition de l’Église, ceux qui accompagnent sont aussi des laïcs qui furent très longtemps des moines. Aujourd’hui, nous avons beaucoup besoin de « pères » et de « mères », de laïcs qui accompagnent, et même, de jeunes. Dans la communauté du Chemin Neuf, nous n’avons pas peur de former des jeunes qui accompagnent très vite au niveau spirituel. Pour cela, nous les formons et les supervisons. Un jeune de 27 ans, par exemple, qui a déjà relu son expérience, qui prie et qui est supervisé, peut tout à fait accompagner un jeune dans la mesure où il est bien formé et bien conscient de ce qui est en jeu dans l’accompagnement.

Liberté et humilité

Quelques caractéristiques de l’accompagnateur, selon le Synode : une personne équilibrée, capable d’écouter, portée par la prière et la foi, confrontée à sa propre fragilité et faiblesse, sans moralisme. Ensuite, le Synode met l’accent sur deux éléments en particulier : d’abord, la liberté. Un accompagnateur engendre à la liberté. Il se doit d’être très libre par rapport à celui qu’il a en face de lui. J’ai coutume de dire, en terme de pastorale vocationnelle, qu’une vocation n’appartient à personne. L’accompagnateur, qui écoute un jeune qui se livre à lui, doit absolument l’accompagner avec une grande liberté. Et le jeune va ressentir cette liberté. Ensuite, le Synode met l’accent sur le fait que l’accompagnement est un service. Attention à ces pères spirituels mis sur un piédestal ! Ce n’est pas rendre service à ces pères que de trop parler d’eux et ce n’est pas bien comprendre le service de l’accompagnement spirituel, qui est très humble, très caché et qui se fait discrètement.

L’accompagnement se distingue du sacrement de réconciliation. Les finalités et les formes sont différentes. Quand un prêtre accompagne ou quand il donne le sacrement de réconciliation, il fait deux choses différentes.

Une formation nécessaire

Les textes abondent en ce sens. Se former, c’est d’abord avoir une propre vie spirituelle et reconnaître ses propres fragilités ; c’est aussi découvrir les différentes spiritualités ; et c’est être soi-même supervisé.

En conclusion : avoir une oreille qui écoute

Le texte du Synode a commencé par une très belle méditation sur l’écoute, tout d’abord en demandant pardon pour nos manques d’écoute, comme le pape l’a fait dans l’homélie de clôture du Synode, mais aussi en reconnaissant que c’est le travail même de Dieu. L’écoute n’est pas une stratégie pour atteindre un objectif mais c’est la forme par laquelle Dieu lui-même rentre en relation avec son peuple. C’est peut-être, pour nous qui travaillons auprès des adolescents, un charisme à demander : que j’aie une oreille qui écoute, qui n’interprète pas immédiatement, qui n’est pas là pour donner une leçon mais qui essaie de comprendre ce que Dieu est en train de faire.

Père Vincent Breynaert, prêtre de la communauté du Chemin Neuf, directeur du SNEJV

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