Annonciation et Visitation : « L’accueil du Seigneur dans nos vies est toujours porteur de fruit »

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L’Annonciation de Maurice Denis (1912), huile sur toile conservée au MUba Eugène-Leroy, à Tourcoing,

Points de repère n°2015/2016

De l’Annonciation du Seigneur à Marie à la Visitation, les pages fameuses de l’Incarnation chez l’évangéliste Saint Luc (Lc 1, 26-56) mettent au centre comme personnage principal Marie, à la différence de l’évangile de Matthieu qui insiste plutôt sur Joseph.

Marie, personnage central dans le mystère du salut, est un modèle pour la foi de chacun aujourd’hui. Elle est « la première en chemin », comme le dit le cantique, et nous ouvre ce chemin de la foi, et provoque notre consentement à l’amour de Dieu.

« Il est grand le mystère de la foi … »

Dieu a choisi de se manifester aux hommes, leur donner de l’entendre avec des mots humains, et de le voir en chair et en os, mais aussi en parole, en Jésus, Verbe fait chair. C’est pourquoi il a choisi Marie, une jeune femme juive dont on ne sait pas grand-chose, en fait. Il lui demande par l’intermédiaire de son ange Gabriel, de consentir à son projet en portant l’enfant-Dieu, par l’action mystérieuse de l’Esprit Saint. Il pouvait avoir confiance en elle : elle avait confiance et foi en Lui ! Elle a dit « oui ». Et ce « oui » n’était pas prononcé à la légère. Elle prenait des risques : risque d’être répudiée par celui à qui elle était promise, Joseph, risque du « qu’en dira-t-on ? », risque qui pouvait aller jusqu’à la lapidation ! Mais elle prenait aussi le risque de la foi : et si elle avait rêvé ou affabulé ? Mais non, elle croit et s’engage sur cette seule base de la foi « qu’il me soit fait selon ta Parole ! Je suis la servante du Seigneur. » Marie est le modèle de la foi, foi en la Parole de Dieu, foi simple, nue et risquée, mais foi vraie et qui rend fort.

Incarnation, et non pas réincarnation(s) !

Le mystère de l’Incarnation accompli en Marie révèle le projet de Dieu pour tout homme, pour tout l’homme. Dieu rejoint chacun dans ce qu’il est, comme il est. Il manifeste ainsi que chacun a du prix, du poids, à ses yeux. La vie de tout homme est unique et mérite d’être conduite à l’image et selon la ressemblance de Dieu : Jésus Christ nous le révèle. Marie permet cette révélation du projet de vie unique pour chacun. Dieu se fait homme pour que l’homme partage peu à peu sa condition divine. « Comme cette eau se mêle au vin, puissions-nous être unis à la divinité de celui qui a pris notre humanité » : le prêtre le dit à chaque eucharistie. En Jésus, vrai homme et vrai Dieu, l’homme découvre le poids et la force de son humanité en la divinité. Nous sommes bien loin de la réincarnation – ou plutôt les réincarnations – qui parie sur un cycle interminable fait d’avancées et de reculades, plus ou moins dégradantes pour l’homme.

Un cadre historique

La rencontre entre Dieu et l’humain a lieu dans l’histoire concrète, terrestre, de l’homme, comme pour Marie. Dieu surgit dans l’histoire de cette femme, par l’intermédiaire de l’ange Gabriel. Il la sollicite concrètement, et cette rencontre va changer sa vie. Elle y consent. Et nous sommes invités à découvrir en quoi l’homme-Dieu vient nous parler d’homme à homme et de Dieu à homme. À l’exemple de Marie, cherchons comment Dieu vient partager « notre condition humaine en toute chose, excepté le péché », comme dit la Prière eucharistique IV. Dieu entre dans l’histoire des hommes, dans notre propre histoire.

La fécondité d’une rencontre

Dieu rencontre Marie, et Marie porte l’enfant. Marie, enceinte de l’enfant-Dieu, vient visiter sa cousine Elisabeth, elle-même enceinte de Jean le Baptiste. À chaque rencontre de Dieu avec l’homme, se manifeste une fécondité mystérieuse. Déjà dans l’Ancien Testament, des fécondités mystérieuses étaient révélées : Abraham et Sarah avec Isaac, Anne et Elqana avec Samuel… Un message nous est donné ici, pour chacun : la rencontre, l’accueil du Seigneur dans nos vies, est toujours porteuse de fruit. La vie surgit de cet accueil, de notre consentement à la visitation de Dieu dans nos vies. L’action de l’Esprit est ici palpable à loisir.

Un projet qui renverse les idées reçues

Non seulement il s’agit d’un grand mystère qui dépasse tout entendement humain, mais le projet de Dieu s’exprime à travers le Magnificat de Marie, qui accomplit la prière d’Anne . Les équilibres sont renversés, et surgissent les valeurs de justice et d’amour. C’est un message de consolation, qui passe par de nombreuses et graves remises en cause. Il ne s’agit pas d’un message doucereux. Le surgissement du Seigneur dans la vie de l’homme est toujours synonyme de grands changements, de renversements ! Mais c’est à ce prix que s’établit le règne de Dieu, fait de justice restaurée et de paix.

P. Christophe Raimbault, exégète, docteur en théologie, professeur à l’Institut catholique de Paris, vicaire général du diocèse de Tours (37).

 

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