Marie dans la Bible, une présence de qualité

Visitation de la Vierge, tableau de maître, Italie centrale. Détail.

Visitation de la Vierge, tableau de maître, Italie centrale. Détail.

Que dit la Bible ? L’Oasis n°18 : Le Seigneur est avec vous

Peu de passages bibliques parlent de Marie, et pourtant elle est très présente dans l’Ecriture.

Les évangélistes Matthieu et surtout Luc vont nous présenter la naissance de Jésus, dans ce que l’on appelle les évangiles de l’enfance. Chez Jean, la mère de Jésus (qui n’est jamais nommée) encadre la vie de son fils : elle ouvre la vie publique du Christ avec les noces de Cana et se tient au pied de la croix, à la dernière heure.

Je voudrais rapidement esquisser trois scènes de la vie de Marie.

« Il a jeté les yeux sur l’humiliation de son esclave » (Lc 1, 48)

C’est de la rencontre avec Élisabeth que jaillit le Magnificat. C’est de nos rencontres que peuvent jaillir nos prières. Car il n’y a pas d’autres lieux de « vérification » de notre relation à Dieu que celui de notre relation aux autres. Dans le Magnificat, Marie hérite de toutes celles qui l’ont précédée. Elle assume toutes les prières d’Israël qu’elle reprend à son compte et notamment ce verset : « Il a jeté les yeux sur l’humiliation de son esclave ». C’est un peu plus violent que « sur son humble servante », mais il n’y a pas de doute, c’est bien « humiliation » littéralement le mot qu’elle prononce. Marie a découvert que le Seigneur s’abaisse lorsqu’il est venu par son ange lui parler. L’humiliation dont le Seigneur la relève est celle de son peuple, ce petit peuple contraint au long exil. Son humiliation est aussi celle des femmes qui ont subi plus que les hommes le déshonneur. Elle porte haut leur voix, et son chant de victoire n’est pas un chant guerrier qui viendrait sceller la défaite des hommes, mais un chant de paix qui célèbre la fin de la rivalité. Nul n’est supérieur à autrui quand Dieu lui-même s’abaisse. Marie a connu la visite d’un ange, comme autrefois Agar, la servante étrangère d’Abraham (Gn 16, 10-11), et dans son chant de victoire, elle reprend les mots d’Anne, la mère de Samuel (1S, 2, 1-10). Véritable fille d’Israël, elle accomplit les Écritures.

« Ils n’ont plus de vin » (Jn 2, 3)

À Cana, Marie règne. Elle voit la situation de ses amis, elle présente son fils et lui enjoint d’agir. « Ils n’ont plus de vin ». L’évangile montre rarement Marie aussi déterminée. La foi de Marie lui donne ce ton libre et déterminé. Il nous faudrait prendre au sérieux ce conseil qu’elle nous lègue : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le ». Elle règne, et nous invite à comprendre que croire, c’est régner sur sa vie. Est-ce une définition de la liberté ? Peut-être. Elle nous montre aussi que sa parole peut modifier l’action de Jésus, qu’il l’écoute. Et donc qu’il peut nous écouter, nous aussi. Rien n’est écrit d’avance. Dieu est totalement libre, et libre aussi de s’adapter à l’agir de l’homme. Elle nous encourage à demander à Dieu ce dont nous avons besoin, mais surtout ce dont d’autres que nous ont besoin.

« Femme, voici ton fils » (Jn 19, 26)

Debout au pied de la croix, Marie est par excellence la mater dolorosa, mère douloureuse qui comprend la douleur de ceux qui n’en peuvent plus. Elle est debout comme elle le fut sa vie durant. Elle a connu toute la gamme des émotions humaines qui courent de la grande joie, au grand malheur. Elle a connu l’annonce du glaive qui lui transpercerait le cœur, l’inquiétude parentale quand le fiston disparaîtra au temple, et l’incompréhension. Elle a aimé les fêtes, et voulait qu’elles soient réussies. Dans tous ces événements, elle est là. Elle était là quand l’ange est venu la trouver. Et elle est là à l’heure de la mort. Ce qui caractérise Marie, c’est peut-être avant tout la qualité de sa présence. Cette qualité de présence, elle la tient de son Fils Jésus, qui est la présence de Dieu parmi nous, y compris maintenant, à l’heure du calvaire, où au milieu de la douleur il pense à la confier à son ami bien-aimé, pour qu’il la prenne chez lui. Jean utilise la même expression que lorsque Joseph a entendu l’ange en songe : « Ne crains pas de prendre chez toi Marie » (Mt 1, 20). Ce disciple bien-aimé qui n’a pas de nom, dessine une silhouette qui peut être la nôtre. A nous, comme lui, d’être là, en cette heure, afin qu’elle ne soit pas seule, afin que les endeuillés ne soient pas seuls. Demeurer dans le silence avec Marie, au pied de la croix, pour ce monde.

« Tous, d’un même cœur, étaient assidus à la prière avec des femmes, avec Marie la mère de Jésus » (Ac 1, 14)

Enfermée dans la chambre haute avec les amis de Jésus, Marie est là et prie avec eux. Est-elle de celles qui réconfortent les apôtres, ou bien se tient-elle en silence, gardant dans son cœur tout ce qui est arrivé toutes ces années ? Sont-ils en train de comprendre ce que plus tard Paul formulera dans ces lettres et qui la concerne elle, Marie, la première et nous après elle ? Oui, le Père nous a « choisis, dans le Christ, avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints, immaculés devant lui, dans l’amour. » (Ep 1, 4-5).

Marie achève sa vie publique à l’ombre de l’Esprit répandu en abondance sur les apôtres. Elle l’avait commencée discrètement à l’ombre d’un ange qui venait lui annoncer que l’ombre de Dieu serait son abri sa vie durant. Et voilà que des années plus tard, elle comprend combien sa vie et l’histoire sainte ont été mêlées, elle comprend que sa vie est l’histoire sainte, et par elle, avec elle, nous comprenons à notre tour que chacune de nos vies est une histoire sainte qui appartient à la grande histoire sainte des hommes et de Dieu.

Anne Lécu, dominicaine
Dernier livre paru : A Marie, Lettres (Cerf, 2020)

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