Dieu créateur de toute beauté

« Zachée, descends vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison. » Lc 19, 5

Que dit la Bible ? L’Oasis n°20 : C’est trop beau !

De la création à la rédemption, l’Écriture donne à voir la beauté de Dieu qui se révèle.

Pour parler de ce qui est beau – personnes, objets ou moments privilégiés – l’hébreu emploie principalement deux mots : tôv et yâfèh. L’adjectif tôv qualifie ce qui est équilibré, harmonieux, utile, ce qui produit du bien ; il est le plus souvent traduit par « bon » (en grec : agathos). L’adjectif yâfèh s’applique à ce qui est accompli, joli, agréable (en grec : kalos). Or le bon et le beau sont proches. Le bon fonctionnement de certaines réalités correspond à une perfection visible. Le bon est beau. C’est le cas de la création.

La beauté de la création

Les premières pages de la Bible ne sont pas les plus anciennes qui aient été écrites, mais elles sont premières et, à ce titre, fondatrices, en particulier pour tout discours sur la beauté. En effet, le poème de la mise en ordre du monde en sept jours égrène par sept fois l’adjectif tôv (de Gn 1, 4 à 31), jamais yâfèh. Mais, en traduisant l’hébreu tôv par le grec kalos, la Septante (édition grecque ancienne de la Bible) met en valeur la dimension esthétique et morale de l’action divine : « …et Dieu vit que cela était bon / beau ».

En musique, pour qu’une répétition ne soit pas monotone, il faut des variations. C’est le cas du texte de Genèse 1. Dieu déclare la lumière « belle / bonne » au jour premier. Au deuxième jour, rien. Au troisième jour, le refrain vient deux fois, pour l’apparition de la terre puis pour celle de la mer. Le sixième jour, après la bénédiction de l’être humain, finit sur un point d’orgue : « très bon / beau »… suivi d’un silence contemplatif au septième jour !

La manière de dire s’accorde au contenu : pour faire ressentir la perfection, le poème se veut rythmé, bien composé. Remarquons le jeu des verbes : « faire » vient 7 fois, de même que « créer » (dont 3 fois uniquement pour l’être humain au v. 27), « séparer » et « appeler » viennent 5 fois dans les versets 4 à 18 et disparaissent ensuite, « bénir » apparaît 3 fois (animaux, être humain, jour du sabbat) etc… Comme tout grand poème, le fond et la forme s’harmonisent ; on n’a jamais fini d’explorer la première page de la Bible et de se dire « pourquoi ? ». La même remarque s’applique aussi aux psaumes 8 ou 104 (103) qui chantent la création. Toujours on y revient.

La création est déclarée bonne par le Créateur. La nuance esthétique vient du fait que c’est le regard de Dieu qui, après coup, qualifie l’action. Car la beauté est liée à la vue.

La beauté de la gloire divine

Dieu, lui, personne ne l’a jamais vu. Jésus affirmera qu’ « il n’y a de bon que Dieu seul » (Mc 10, 18) car nous avons des signes de sa bonté : le don de la vie, de la liberté, du salut, etc. En a-t-on de sa beauté ? Par déduction, on remonte de la création au créateur, bien sûr. Mais on peut aussi penser à toute manifestation divine. Pour la Bible, la beauté de Dieu se confond avec sa « gloire » (encore un mot dont le sens s’appréhende par la vue). Relisons Exode 33, 18‑23. Lors du séjour au Sinaï, Moïse demande au Seigneur de « voir [sa] gloire ». Celui-ci répond : « Je ferai passer devant toi kol-tôvî et je prononcerai devant toi le nom ‘Seigneur’ ». La formule (où il y a tôv) est difficile à traduire : « toute ma beauté », « mes bienfaits », « ma bonté », « ma splendeur »…

La Septante, encore une fois, donne une piste et reprend simplement le mot « gloire » : « Moi, je passerai devant toi avec ma gloire… » La suite précise que Dieu se fait voir « de dos », une fois passé. Qu’est‑ce que la « gloire » sinon les traces du passage de Dieu dans la création et dans l’histoire, traces visibles, audibles, qui produisent du bien aux êtres humains ? De ce point de vue, le « passage » de Jésus est bien la plus grande manifestation sensible, incarnée, de la beauté de Dieu : « Qui m’a vu a vu le Père » (Jn 14, 10).

Le plus beau des enfants des hommes

Les Pères de l’Église, en particulier saint Augustin, ont interprété le psaume 44 (45) comme les noces du Christ et de l’Église, le Christ devenant « le plus beau des enfants des hommes, la grâce coule de [ses] lèvres » (v. 3). Plus que l’aspect de Jésus (jamais décrit) ce sont ses paroles qui sont « grâce », source du bien et du bon. Son corps de chair disparu, ses paroles restent et donnent accès à la vérité divine. La lettre aux Hébreux qui affirme que Dieu « en la période finale où nous sommes, nous a parlé à nous en son Fils » (He 1, 1) plaide néanmoins pour une manifestation sensible : « Le Fils est resplendissement de [la] gloire [de Dieu] et expression de son être » (v. 3).

Avec ce paradoxe : « Jésus se trouve, à cause de la mort qu’il a soufferte, couronné de gloire et d’honneur » (He 2, 9).

Les évangiles racontent avec beaucoup de pudeur la mort de Jésus. Pour la comprendre, ils font appel au poème du Serviteur souffrant où l’on trouve le contraire de la beauté physique : « Il n’avait ni aspect, ni éclat tels que nous le remarquions » (Is 53, 2). La croix met à mal tout discours, toute certitude. Elle est le passage obligé pour discerner dans le don de soi salvateur du Christ une beauté non humaine, non visible, qui nous touche.

P. Gérard BILLON, Président de l’Alliance biblique française

 

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