La justice de Dieu, source de son amour

Le Bouc émissaire (1854-1856) est un tableau de William Holman Hunt qui représente le « bouc émissaire » décrit dans le Lévitique. Huile sur toile.

Cet article est paru dans la revue Initiales n°244 : C’est trop injuste !

« Dieu est amour », voilà une affirmation juste et bonne que nous employons quand nous voulons parler de Dieu. Il est tout à fait exact de dire que Dieu est amour. Cependant, en disant cela, nous passons sous silence ce qui est à la source de cet amour : la justice même de Dieu…

Dieu est justice

Nous n’aimons pas parler de justice car cela renvoie au jugement, à la punition, au châtiment, à quelque chose de négatif qui nous fait peur. Parler de la justice de Dieu revient à réintroduire les notions de péché ou d’infidélité, d’enfer ou de paradis que nous éloignons souvent de nous quand nous disons « Dieu est amour ».

Cependant, dans la Bible, ce qui qualifie le mieux Dieu, c’est bien la notion de justice. Notre Dieu est justice. De par son acte créateur, il est le juge de la terre et il se manifestera au jour du jugement dernier pour juger les vivants et les morts. D’ailleurs, si l’on regarde le vocabulaire de la justice dans la Bible, on s’aperçoit qu’il est employé 1478 fois (1081 fois dans l’Ancien Testament et 397 fois dans le Nouveau). Au contraire, le vocabulaire de l’amour, lui, n’est employé que 590 fois dans la Bible, soit trois fois moins (298 fois dans l’Ancien Testament et 292 fois dans le Nouveau Testament).

La justice est ce qui caractérise Dieu dans la Parole de Dieu. Celui qui suit Dieu, celui qui se met à son écoute est appelé « le juste » dans l’Ancien Testament. Dans le Nouveau Testament, saint Paul, pour parler de ceux qui sont sauvés par la Croix du Christ, parlera de ceux qui ont été « justifiés » par le Christ. La justice de Dieu n’est pas qu’un terme de l’Ancienne Alliance qui aurait été rendu caduc par la nouvelle. Jésus Christ est bien celui qui vient juger le monde. La Croix est le signe éclatant de la justice de Dieu, annoncée par les prophètes, réalisée en Christ. Notre Dieu est un Dieu de justice qui vient juger le monde et séparer les justes des méchants.

Voilà ce qui est au cœur de toute la Parole de Dieu et si l’on veut la lire avec profit, on ne peut se dispenser de s’ouvrir à ce qu’est et ce que signifie la justice de Dieu. Celle-ci se déploie dans deux grandes dimensions qui se complètent et interagissent l’une avec l’autre dans l’Ancien comme dans le Nouveau Testament : la justice distributive et la justice miséricordieuse.

Dans la vérité de la Loi : la justice distributive

« Ta justice est justice éternelle et ta Loi est vérité » Ps 119,142. Pour vivre de la liberté que Dieu donne à l’homme, cette liberté qui permet l’amour, Dieu a donné à l’homme la Loi. La Loi ce sont les cinq premiers livres de la Bible : la Torah. La loi dans le Nouveau Testament, c’est le Christ lui-même et ses enseignements dans l’Évangile, comme, par exemple, le sermon sur la montagne en saint Matthieu. La Loi détermine ce qui mène à la vie et ce qui mène à la mort. La Loi est un chemin de vérité sur ce que nous sommes et ce que nous faisons. La Loi est profondément ancrée dans la justice de Dieu.

Si l’on suit la Loi, que l’on pratique la justice et que l’on respecte les commandements : alors, nous sommes sauvés et récompensés. Dans le livre de Job, et d’autres livres de Sagesse, le juste est récompensé par le don de la richesse, d’une nombreuse descendance, d’une bonne épouse et d’une vie respectable.

Dans le jugement eschatologique en saint Matthieu (chapitre 25), le juste est récompensé par l’entrée au paradis. En revanche, si on pratique l’idolâtrie et l’injustice : nous serons punis. La stérilité, la maladie, la mort, la pauvreté sont des sanctions dans l’Ancien Testament. Dans le Nouveau Testament, c’est le rôle donné à l’enfer. C’est la justice distributive, chacun est récompensé ou puni en fonction de ses actes durant sa vie terrestre.

Cette justice distributive est celle que nous pratiquons tous les jours, qui régit toute société humaine. Elle est la base de notre morale ou de notre éthique. Elle nécessite, non seulement le recours à la Loi, mais aussi que cette justice se fasse dans la lumière de la Vérité. Chacun reçoit en fonction de ce qu’il a fait durant sa vie.

Mais on s’aperçoit bien vite dans l’Ancien Testament que la justice distributive a ses limites et même parfois ses injustices. Elle est mise en procès dans le livre de Job, en accusation par le livre de Qohelet.

Les prophètes se rendent bien compte que l’homme ne cesse, malgré la Loi, malgré l’Alliance, de prendre le chemin de la mort et non celui de la vie. La justice distributive risque d’aboutir à ce qui arrive au déluge avec Noé : la mort et la condamnation de tous, sauf un. La justice distributive ne suffit pas à elle seule à détourner l’homme du péché. La justice distributive a besoin d’être suppléée par Dieu avec la justice miséricordieuse.

Dans la foi de l’amour : la justice miséricordieuse

Une justice purement distributive risquerait d’être parfois dure voire injuste. Elle effraie en raison du sort réservé aux méchants et aux impies. Elle a souvent détourné les catholiques de la lecture de l’Ancien Testament, sous prétexte de la violence et de la vengeance de Dieu. Pourtant, déjà, la Torah vient compléter la justice distributive.

Dans le livre du Deutéronome, elle introduit la notion d’amour. La justice n’est plus une simple application de la Loi mais elle doit aussi s’enraciner dans l’amour de Dieu et du prochain, dans le pardon qui efface les fautes. Le Lévitique avait, lui aussi, prévu cette possibilité d’effacer les fautes et de « purifier » le peuple de son péché. Le bouc émissaire relève de cette logique. La justice miséricordieuse n’est donc pas une invention du Nouveau Testament, elle est déjà au cœur de la Loi elle-même. La justice miséricordieuse est prêchée par les prophètes comme Osée (Os 1-3 ; Os 11), Isaïe (les quatre chants du serviteur, Is 55), Jérémie ou Ezéchiel.

Le pardon gratuit, sans contrepartie, sans limites et sans condition de Dieu est au cœur de la prédication prophétique. Mais la justice miséricordieuse de Dieu va trouver son accomplissement dans la personne même du Christ et dans sa mort sur la croix. La croix devient le signe de la justice de Dieu, elle est la manifestation du jugement : « Père, pardonne-leur. » La croix est le signe éclatant de la justice miséricordieuse de Dieu. Un pardon donné sans condition, sans limite, dépassant les limites de la Loi sans l’abolir. Cette justice miséricordieuse ne demande que la foi, la foi en une justice de Dieu qui s’accomplit dans le pardon des péchés et l’amour de Dieu pour chacun de nous.

P. Damien Stampers, Prêtre du diocèse de Blois

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