Le chant de l’âme

2-3 juillet 2011: Messe dominicale rassemblant les 850 pères et les paroissiens dans la basilique Sainte Marie Madeleine, lors du pèlerinage des pères de famille à Vézelay (89), France. July 2-3, 2011: Sunday mass in basilica Sainte Marie Madeleine, fathers pilgrimage in Vezelay (89), France.

2-3 juillet 2011: Messe dominicale rassemblant les 850 pères et les paroissiens dans la basilique Sainte Marie Madeleine, lors du pèlerinage des pères de famille à Vézelay (89), France.

Un peu de théologie, L’Oasis n°8 : Musique.

La musique ouvre l’oreille du cœur.

Un jour, une dame demandait au compositeur hongrois Zoltan Kodaly (+1967) : « Maître, à quel âge peut-on commencer l’apprentissage musical d’un enfant ». Et lui : « Madame, l’éducation musicale d’un enfant commence neuf mois avant sa naissance ».

Il voulait dire certainement que la musique n’attend pas. Elle est constitutive de l’homme, elle est le chant de son âme, dès sa conception. Dès le ventre de sa mère, l’enfant écoute les sons, il est formé par eux, il sait la justesse, la beauté, la profondeur des sons humains, et il en a besoin pour vivre. Il y a dans l’homme, parfait instrument de musique lui-même, quand il respire, quand il parle, et surtout quand il chante, une musique intérieure qui le révèle à lui-même. Son chant est sa vie elle-même, sa dynamique.

On n’arrête pas l’homme qui chante …

Comme disait Joseph Samson, un grand apôtre musicien du XXe siècle, « on n’arrête pas l’homme qui chante ». Je pense à saint Dominique, qui combattait l’hérésie cathare dans le Languedoc du XIIIe siècle, une hérésie qui interdisait comme impurs le corps, la chair, l’incarnation même. Dominique est attendu en embuscade par trois cathares, cachés dans un buisson pour le trucider au passage. Et voici que Dominique passe tranquillement par le chemin, et il chante à pleine voix le Veni Creator. Les hérétiques, éberlués, le regardent passer, incapables de bouger. On n’arrête pas l’homme qui chante !

Je raconte cela parce que les chrétiens ont senti, dès l’origine, qu’on ne pouvait pas prier sans chanter, célébrer Dieu sans la musique. Avant eux, les Anciens étaient déjà persuadés de la manifestation du divin dans la musique. On rapporte que Pythagore, qui vivait dans l’île de Samos, entre la mer bleue et le ciel, tendait l’oreille pour écouter les accords célestes de la musique de l’univers ! Ce génial philosophe grec pensait que toute éducation devait commencer par la musique, afin de savoir les mélodies et les rythmes qui guérissent les passions humaines et ramènent l’harmonie dans l’âme.

Au fond, la musique reconduit l’homme à lui-même. On se rappelle comment le jeune David, avec sa cithare, guérissait les crises de folie du roi Saül. Et Luther, grand musicien lui-même, commente : « Lorsque le roi Saül qui est en nous est en proie au désespoir, au doute, il faut que le David, qui est aussi en nous, se mette à jouer la cithare pour qu’il retrouve la paix ». C’est pourquoi les hommes se rassemblent, et ils chantent, et ils ne prient jamais aussi bien, aussi en vérité, que lorsqu’ils chantent ensemble. Saint Paul devait penser à cela lorsqu’il dit aux Ephésiens (5, 18-19) : « Remplissez-vous d’Esprit, récitant entre vous des psaumes, des hymnes, des cantiques inspirés par l’Esprit, chantant et célébrant le Seigneur de tout votre cœur.

Chanter pour Dieu

Il faut donc encourager les chrétiens à chanter dans la liturgie. Non pas parce que c’est plus « joli » avec de la musique ! « La musique liturgique, disait le compositeur Christian Villeneuve, n’est pas un décor. Elle ne vient pas habiller une célébration. Elle est la célébration elle-même ». Il avait raison : la musique liturgique ne décore rien du tout. Elle est tout simplement le chemin de la prière de louange et de supplication. « L’homme sonore », c’est l’homme priant, unifié par le chant en lui-même, et aussi uni aux autres qui prient avec lui, par un même rythme, une même mélodie, un même « répertoire ».

Dans l’itinéraire de foi et d’initiation chrétienne, pour des catéchumènes, des nouveaux baptisés, l’apprentissage de la louange chantée est capital : on entre dans une communauté par le rite et par le chant. Bien sûr, il faut que la musique soit au service du rite : le chant accompagne la marche des priants : dans une Eucharistie, par exemple, les processions d’entrée, d’offertoire, de communion, sont des « marches » de croyants, tendus vers la vie de Dieu, attirés par la vie avec Dieu. Et le chant est alors un cri de joie sur le chemin. « Chante et marche » disait saint Augustin.

C’est aussi pourquoi la musique liturgique doit être belle. Il ne faut pas avoir peur de la beauté, il ne faut pas croire les esprits pleurnichards qui mettent en garde contre « l’esthétisme » ! Dieu est beauté, et la beauté fait toujours du bien à l’âme. Nos chants (ceux de la catéchèse, ceux des célébrations des sacrements, de la messe) doivent être choisis avec soin, sur les critères de la qualité et de la beauté des textes et de la musique : les chants se graveront dans la mémoire profonde de l’homme, il ne faut pas y graver des sottises ! Olivier Messiaen, qui avait une si haute conception de la musique liturgique (… qu’il n’en a jamais composé lui-même) fait dire à l’ange musicien, dans son oratorio Saint François d’Assise : « Tu parles à Dieu en musique, il va te répondre en musique. Entends cette musique, connais la joie des bienheureux ».

On se souvient de saint Augustin, ému aux larmes dans la cathédrale de Milan par le chant des psaumes : beaucoup d’expériences spirituelles des chrétiens sont passées par le chant, mais aussi par l’écoute. Un beau chant, une pièce d’orgue, dans une célébration, ouvrent l’oreille du cœur. Le psaume 40 dit : « Tu m’as ouvert l’oreille, alors j’ai dit : Voici je viens ».

Dominique-Marie Dauzet, Prémontré, Service national de pastorale liturgique et sacramentelle

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