Sport et foi, à l’école de saint Paul

Cet article est paru dans la revue Initiales n°270 : À vos marques, prêts, partez !

A priori, entre le sport et la religion, il n’y a pas de rapport.
Et pourtant, regardez le nombre de sportifs qui prient ou qui se signent avant les matchs. Le sport serait-il une école de sainteté ?

Saint Paul : la vie chrétienne comme une course ou un combat

Saint Paul compare la vie chrétienne au sport. C’est très explicite dans la première lettre aux Corinthiens : “Vous savez bien que, dans le stade, tous les coureurs participent à la course, mais un seul reçoit le prix. Alors, vous, courez de manière à l’emporter.” (1 Co 9, 24).

En réalité, il fait la comparaison de manière implicite dans toutes ses lettres. À son époque, ce n’est pas très original. Les philosophes, en particulier les stoïciens, comparent souvent les exercices philosophiques, qui élèvent l’âme, aux exercices sportifs, qui permettent de maîtriser le corps. Les deux sports dont il parle le plus sont la course à pied et la lutte. Ainsi, il vit sa mission d’annoncer l’Évangile parfois comme une course (1 Co 9, 26 ; Ga 2, 2 ; Ph 2, 16) et parfois comme un combat (1 Th 2, 2 ; 1 Co 9, 26).

Il vit aussi la foi comme un combat : il y a un “bon combat” à mener, et c’est celui de la foi (1 Tm 6, 12) : “Mène le bon combat, celui de la foi, empare-toi de la vie éternelle ! C’est à elle que tu as été appelé, c’est pour elle que tu as prononcé ta belle profession de foi devant de nombreux témoins.”

Enfin, pour lui, il y a une lutte contre le mal, qui est plutôt une lutte spirituelle. C’est ce qu’il écrit dans la lettre aux Ephésiens (Ep 6, 12) : “Car nous ne luttons pas contre des êtres de sang et de chair, mais contre les Dominateurs de ce monde de ténèbres, les Principautés, les Souverainetés, les esprits du mal qui sont dans les régions célestes.”

Le point commun avec le sport, c’est la ténacité et le renoncement. La vie chrétienne, comme le sport, est un combat fatigant et dur, mais je lutte avec l’énergie du Christ qui agit en moi (Col 1, 29 – 2, 1).

Premier parallèle : se connaître soi-même

Souvent, pour les sportifs, le point de départ, c’est à la foi une passion et une physionomie. Beaucoup de sportifs professionnels parlent de leur sport comme d’une vocation, d’une passion, d’une activité pour laquelle ils sont faits. Et puis, ils ont parfois un corps adapté au sport qu’ils pratiquent : les footballeurs sont plutôt grands, les coureurs de fond plutôt sveltes…

Cette diversité des points de départ peut nous faire penser à la diversité des dons reçus dans la vie chrétienne. Saint Paul présente là différents dons reçus comme autant de vocations.

“Et selon la grâce que Dieu nous a accordée, nous avons reçu des dons qui sont différents. Si c’est le don de prophétie, que ce soit à proportion du message confié ; si c’est le don de servir, que l’on serve ; si l’on est fait pour enseigner, que l’on enseigne ; pour réconforter, que l’on réconforte. Celui qui donne, qu’il soit généreux ; celui qui dirige, qu’il soit empressé ; celui qui pratique la miséricorde, qu’il ait le sourire.” (Rm 12, 6-8).

La connaissance de soi est ainsi indispensable, aussi bien dans le sport que dans la vie chrétienne. Il s’agit à la fois de connaître ses dons, et de connaître ses limites. Pour chaque don, il y a une attitude à avoir pour développer ce don. Un peu comme en sport, où chacun va développer son corps de manière particulière pour réussir dans le sport qu’il pratique. On peut reconnaître la silhouette d’un nageur, celle d’un lanceur de poids…

En sport, mieux vaut maîtriser une technique à fond que plein de techniques un tout petit peu. La répétition permet d’agir, même sous la pression et le stress : ça passe dans le cerveau reptilien. La répétition d’actes millimétrés : on sait combien de pas il faut faire, on connaît l’acte par cœur.

On retrouve un peu de cela dans la vie chrétienne avec des saints “spécialisés”. Des saints proches des plus pauvres comme mère Teresa, des saints proches des autres religions comme Charles de Foucauld, des saints dénonciateurs des injustices comme Oscar Roméro.

La connaissance de soi est indispensable, aussi bien dans le sport que dans la vie chrétienne.

Deuxième parallèle : l’exercice

Le sportif le sait, pour réussir, il donne le meilleur de lui-même. Et c’est aussi le cas du chrétien. Comme nous le rappelle le Deutéronome : “Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de tout ton être, de toute ta force.” (Dt 6, 5). L’entraînement sportif n’est pas seulement physique, il est aussi stratégique : il y a tous les exercices à planifier. Et il est mental. Il s’agit de persévérer dans l’épreuve. Pour faire face à l’épreuve, le sportif visualise la difficulté. Il visualise le combat et la victoire.

Dans le sport, on apprend dans la défaite plus que dans la victoire. De même, saint Jacques nous dit que c’est l’épreuve qui apporte la constance : “Considérez comme une joie extrême, mes frères, de buter sur toute sorte d’épreuves. Vous le savez, une telle vérification de votre foi produit l’endurance.” (Jc 1, 2-3).

Troisième parallèle : la gratuité

Le sport a quelque chose de complètement gratuit. La plupart des sportifs sont des amateurs. Mais justement, c’est pareil dans l’Église, la plupart des chrétiens qui s’engagent sont des bénévoles. La pratique sportive, comme la liturgie par exemple, a quelque chose de complètement gratuit. D’où la célèbre formule de Pierre de Coubertin : “L’important c’est de participer !” Pour la petite histoire, cette formule aurait été inventée en 1908, lors des IVèmes Jeux olympiques, à Londres, par Mgr Ethelbert Talbot, évêque de Pennsylvanie. Après quelques conflits entre athlètes et arbitres, il affirme dans son homélie : “Le plus important aux Jeux olympiques n’est pas de gagner mais de participer, car l’important dans la vie ce n’est point le triomphe mais le combat ; l’essentiel, ce n’est pas d’avoir vaincu mais de s’être bien battu.”

C’est par l’entraînement que le chrétien peut développer de bons traits de caractère en lui.

Quatrième parallèle : la motivation

En sport, on le sait, l’effort physique provoque du plaisir. C’est la dopamine, qui se libère quand on a produit un effort physique. Alors, y a-t-il une dopamine de la charité ? Pour saint Thomas, c’est par l’entraînement que le chrétien peut développer de bons traits de caractère en lui. C’est ce qu’il appelle les vertus, c’est-à-dire ces bonnes habitudes qui permettent de réaliser de bonnes actions. Le chrétien trouve son plaisir dans la prière et l’amour du prochain. En sport, ce qui motive souvent, c’est de se reconnecter avec son corps, de se sentir mieux. Cela rappelle l’unité intérieure recherchée par les mystiques. En effet, c’est avec son corps que l’on prie et que l’on pratique la charité. Vivre connecté avec son corps, c’est profondément nécessaire pour vivre en chrétien. En sport, ce qui motive, c’est aussi le goût de la difficulté : la compétition, la difficulté, l’objectif ambitieux. N’est-ce pas ce qu’ont su faire les grands saints qui se sont donné des objectifs très ambitieux, comme d’aller évangéliser au loin, d’écrire des sommes de théologies, de motiver des diocèses entiers, de fonder des congrégations…

Mais… la vie chrétienne est plus qu’un sport

Mais saint Paul est loin d’assimiler la vie chrétienne au sport. Seuls les exercices spirituels méritent d’être travaillés car ils visent des biens spirituels, des biens éternels, alors que la compétition sportive ne vise que des lauriers qui se fanent (1 Co 9, 24-27 ; 1 Tm 4, 8). La victoire qu’il recherche est éternelle : c’est la couronne de justice, qu’il partagera avec tous ceux qui auront attendu le Christ.

Finalement, l’espérance de la victoire réside en Dieu car c’est de Dieu que tout dépend, et non de notre volonté : “Il ne s’agit donc pas du vouloir ni de l’effort humain, mais de Dieu qui fait miséricorde.” (Rm 9, 16).

Jérémie Stadler et Frère Emmanuel Dumont, o.p.,
Auteurs de Théodom.org

Dans le même numéro :

« Que la force soit avec toi ! » : l’huile des catéchumènes, force du Saint-Esprit pour les futurs baptisés

« Que la force soit avec toi ! », telle est la devise des Jedi dans Star Wars ! Voilà une devise que l'on pourrait proclamer aux catéchumènes lors de leur baptême. Marqués de l'huile des catéchumènes, les futurs baptisés reçoivent la force de l'Esprit saint pour lutter contre le mal.

Approfondir votre lecture

  • Choisir de suivre le Christ et renoncer au mal

    Choisir le bien et renoncer au mal ! Voilà une visée difficile à atteindre, un idéal qui peut sembler insurmontable. C’est le choix très fort que fait le catéchumène lors du baptême : il renonce à Satan et accueille dans la foi le don de Dieu.

  • Avec le sacrement des malades, Dieu fait du bien au corps

    “Extrême onction”. Voilà un terme qui fait frémir. Le prêtre, homme en noir et sinistre, s’en vient, comme la faucheuse qui visite les chambres des mourants pour fermer leurs yeux. Le pénitent angoissé reçoit les “derniers sacrements” dont il faut se munir pour s’assurer une petite chance de ne pas sombrer dans l’enfer menaçant. Un dernier sacrement comme une dernière chance de ne pas être considéré comme un mauvais chrétien.

  • JO de Paris 2024 : un coaching physique et spirituel pour les jeunes « athlètes de Dieu »

    A l’été 2024, Paris accueillera le grand événement sportif des Jeux Olympiques et Paralympiques. Holy Games, le programme de mobilisation de l’Église catholique en vue des JO de 2024, a conçu l’outil de coaching GET READY, à destination des collégiens et lycéens autour de 12 valeurs du sport.