Handicap : une catéchèse inclusive dans une Église inclusive

Lampe polyèdre. Au n°236 de La joie de l’Évangile, on peut comprendre que le modèle de l’inclusion ne se trouve pas dans une sphère mais dans la figure du polyèdre, qui permet de conserver les particularités de chacun pour le plus grand bien de tous.

Lampe polyèdre. Au n°236 de La joie de l’Évangile, on peut comprendre que le modèle de l’inclusion ne se trouve pas dans une sphère mais dans la figure du polyèdre, qui permet de conserver les particularités de chacun pour le plus grand bien de tous.

Dans son exhortation « La joie de l’Évangile », le pape François propose 5 verbes qui fondent ce que doit être notre Église pour être une communauté évangélisatrice véritablement inclusive (EG n°24) : prendre l’initiative, s’impliquer, accompagner, fructifier, fêter.

Le 28 mars 2019, le SNCC pilotait à Paris une journée de formation sur le thème « Catéchèse et personnes handicapées : une catéchèse inclusive ? »

Comment la notion « société inclusive » résonne-t-elle en catéchèse ? Les participants à cette journée étaient animés par la volonté de répondre à l’invitation lancée par le pape d’appeler des personnes handicapées à devenir catéchistes et accompagnateurs de catéchuménat :

« Enfin, je souhaite que les personnes porteuses de handicap puissent être elles-mêmes toujours plus catéchistes dans la communauté, y compris par leur témoignage, pour transmettre la foi de façon plus efficace. » (21 octobre 2017)

5 verbes pour une Église et une catéchèse inclusives

Prendre l’initiative à l’image de Jésus qui a toujours été chercher ceux qui étaient perdus, les plus fragiles, les plus petits et qui a dit qu’il nous précède en Galilée (Mt 28,7).

S’impliquer, comme Jésus qui a lavé les pieds, qui s’est mis à genoux. S’impliquer, c’est tellement assumer la vie humaine qu’on peut enfin voir combien les personnes abîmées par la vie ont quelque chose à dire. Si on les rejoint par des pratiques adaptées, répondant aux besoins spécifiques, en fait on rejoint tout le monde. Autour du repas partagé se joue souvent l’accueil pour tous.

Accompagner : Une Église qui parle de compagnonnage, qui est un espace de discernement, de progression, tout au long d’un chemin. Avec « beaucoup de patience » ajoute le pape et en évitant « de ne pas tenir compte des limites ». Dans cette approche on retrouve l’accompagnement sur un cheminement de type catéchuménal proposé dans la pédagogie d’initiation du TNOCF (Texte National pour l’Orientation de la catéchèse en France) au n°3-5 : « La démarche catéchuménale comporte plusieurs composantes : une catéchèse biblique qui éveille à la connaissance de Dieu ; l’appel à la conversion personnelle suscitée par la Parole de Dieu ; la rencontre d’une communauté vivante, par l’échange, le partage en groupe, la relation concrète à des témoins qui incarnent des manières de vivre en chrétien ; une introduction à la prière et à la vie sacramentelle qui ouvre au mystère de Dieu et à l’amitié du Christ. La démarche catéchuménale conduit enfin le fidèle à être capable de rendre compte de ce qu’il a reçu : ce qui lui a été transmis, ce que cela a suscité en lui et ce qu’il porte en mémoire, il doit pouvoir l’exprimer et en témoigner. » Dans cette démarche, le compagnonnage développe la dé-maîtrise et respecte la liberté de chacun par rapport à la foi. Il nous permet également d’envisager (au sens de « mettre un visage sur ») des personnes handicapées qui soit elles-mêmes catéchistes. « Enfin, je souhaite que les personnes porteuses de handicap puissent être elles-mêmes toujours plus catéchistes dans la communauté, y compris par leur témoignage, pour transmettre la foi de façon plus efficace. » (Pape François, le 21 octobre 2017)

Fructifier : Quel bénéfice y a-t-il à avoir une Communauté d’Eglise inclusive ? Cela se voit dans la façon dont les communautés « fructifient ». Les fruits peuvent être « imparfaits et inachevés » pour autant, il faut en prendre soin et jardiner les grâces reçues en les cultivant dans des espaces catéchétiques et le service à autrui.

Cette notion de « prendre soin » n’est pas optionnelle dans l’Eglise, elle fait partie de son charisme, de son « ADN ». L’Eglise a le « charisme du care ». Parce que nous sommes tous des êtres de relation, le pape François nous invite souvent à prendre soin les uns des autres. Osons le risque de la rencontre avec la personne avec toutes ses composantes, y compris sa fragilité. Il arrive qu’on soit évangélisé par ceux qu’on évangélise. Chacun se remet en marche comme disciple de Jésus Christ grâce à la parole des autres (parole qui n’est pas forcément verbale bien entendu !

Fêter : « La communauté évangélisatrice joyeuse sait « fêter » nous dit le pape François. Il note aussi l’importance de la beauté de la liturgie. Nous savons combien cette beauté de la liturgie touche les sens et l’émotion sans évacuer la réflexion.

Comment accueillir en communauté fraternelle ?

Comment favoriser cette posture vraiment fraternelle de nos communautés qui, ayant le souci de chacun des membres de la « famille » sauront conjuguer accessibilité et accueil inconditionnel ?

Personne dans l’Église ne doit se sentir un « fragment » qui induise une séparation entre « eux » et « nous ». Cela résonne avec ce que nous dit Saint Paul dans sa 1ère lettre aux chrétiens de Corinthe

« En fait, il y a plusieurs membres, et un seul corps.

L’œil ne peut pas dire à la main : « Je n’ai pas besoin de toi » ; la tête ne peut pas dire aux pieds : « Je n’ai pas besoin de vous ».

Bien plus, les parties du corps qui paraissent les plus délicates sont indispensables. » (1Co 12,20-27)

Une rencontre de catéchèse inclusive doit permettre à chacun de trouver sa place. Si c’est à Dieu que revient l’initiative de la rencontre, puisque c’est lui qui nous précède et nous appelle sous l’action de l’Esprit Saint, c’est le catéchiste, l’accompagnateur, qui sera le baptisé investi de la mission ecclésiale pour l’animation du groupe. Ce groupe sera composé des personnes habituelles (enfants, adolescents, adultes) dont celles vivant des situations de handicap. Tous peuvent être présents avec un ou plusieurs membres de leur entourage. Du fait de leur dépendance, la plupart des personnes en situations de handicap auront naturellement recours à cet entourage qu’il soit familial, amical ou professionnel.

Au n°236 de La joie de l’Évangile, on peut comprendre que le modèle de l’inclusion ne se trouvera pas dans une sphère mais dans la figure du polyèdre (cf. photo). En effet, c’est un modèle qui permet de conserver les particularités de chacun pour le plus grand bien de tous.

Cela nous oblige à un autre regard sur le handicap en n’oubliant jamais que même dans la situation de plus grand handicap, il y a toujours une richesse propre à chaque personne.

Cette figure du polyèdre nous permettra sans doute de trouver les solutions les plus ajustées à une catéchèse pleinement inclusive et tenant compte des limites des uns et des autres (et ce n’est pas toujours du côté du handicap qu’il y a les plus grandes limites…). Cette façon de se recevoir de l’autre est à vivre dans la diaconie pastorale. Il faut garder ce « avec » que l’on retrouve dans le « com-pagnonnage » de la catéchèse et du catéchuménat, où il s’agit de « partager le pain avec » tout en cheminant ensemble. Sur le chemin on partage la nourriture que Dieu nous donne dans la Parole et aux étapes de l’itinéraire que l’on parcourt ensemble il y a le pain, le pain eucharistique qui est à la fois source et sommet de toute la vie chrétienne (LG 11).

Dans cette logique « d’être avec » quelle pédagogie suggérer ?

Regardons ce que nous relatent les évangiles au sujet de la façon de faire de Jésus : il appelle ses disciples, les Apôtres un par un, chacun par son nom (quitte même à donner un nouveau nom) mais il les envoie deux par deux et toujours il y a un « retour de mission » qui rend compte à la communauté.

C’est une pédagogie à la fois personnalisée et communautaire. Il faut du sur mesure et du communautaire. Cela rejoint la logique inclusive du polyèdre qui permet d’être dans la communauté, avec la communauté tout en ayant un parcours personnalisé. Cela a été très bien déployé dans le catéchuménat. Ne serait-ce pas le modèle que nous devons proposer pour une catéchèse véritablement inclusive ?

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