Saint Joseph, père pour aujourd’hui

Un peu de théologie, L’Oasis n°22 : Cœur de père

Rien en Joseph ne semble correspondre à l’homme moderne ! Sa paternité même ne doit rien à la chair, elle est totalement au service de celle d’un autre. Pourtant Joseph est un compagnon de route dans l’art d’être père.

Il est toujours difficile de discourir et d’écrire à propos de saint Joseph. Les évangiles le mentionnent en de rares passages. Ils énoncent à son sujet des faits et des événements, mais l’entourent de silence, d’interrogations, de mystère. Rien en Joseph ne semble correspondre à l’homme moderne, avide de reconnaissance personnelle, de visibilité médiatique, de compétition permanente. Qui pourrait aujourd’hui le recevoir comme guide et compagnon de route ?

Sa paternité ne doit rien à la chair. Elle est totalement au service de celle d’un autre. Même si c’est de Dieu dont il est question, il semble vain de la proposer comme modèle dans une société où le corps et ses désirs envahissent largement le champ des relations.
Ces premiers constats disqualifient presque Joseph dans sa rencontre avec la famille humaine du XXIème siècle, au moins en Occident. Pourtant, en aucune période de son histoire, l’Église n’a renié son attachement à saint Joseph. Au fil du temps, des papes successifs lui ont confié de nouveaux patronages, ont sollicité son intercession et sa sagesse. Cette constance s’explique vraisemblablement par la sobriété verbale qui confère au signe fécondité, autorité et rayonnement.

Un homme de foi !

Joseph est finalement peu présent, comme Marie d’ailleurs, dans les évangiles. Il n’ouvre guère la bouche. Ses interventions sont décisives et indispensables au mystère de l’Incarnation du Fils de Dieu et à sa future mission. Il n’a que des songes pour surmonter des doutes bien légitimes ou connaître une volonté qui le dépasse. Il découvre qu’il lui revient de servir le projet de Dieu et de contribuer à former la personne même de celui qui sera serviteur jusqu’à la mort de la croix.
Joseph se situe dans la longue tradition des patriarches qui ont renoncé à leurs certitudes, à leur rang et à leurs biens pour suivre contre toute logique le chemin que Dieu traçait devant eux. Ils n’avaient pour seule boussole que leur foi. Même si, tels Abraham et Moïse, ils eurent souvent le sentiment que cet unique repère avait perdu le nord !

Un cœur bousculé / tourmenté …

L’absence de paroles fait place à toutes les richesses intérieures qui illuminent les faits et gestes de Joseph. Il accueille avec une extrême délicatesse et une force d’âme peu commune l’annonce de la prochaine maternité de Marie. Tout fiancé normalement constitué l’aurait vécue comme une trahison susceptible d’être vigoureusement dénoncée. Son honneur était en jeu.
À Bethléem, il a dû être difficile de ne pas leur donner le lieu tendrement préparé pour recevoir le fils premier-né. Seule l’affectueuse solidité du père de famille comblera ce vide.
Les propos de Siméon au temple ne suscitent aucune révolte. Il en sera de même lorsqu’il faudra prendre la route de l’exil en Égypte avant de rentrer au pays pour s’enfouir dans l’obscure bourgade de Nazareth. À l’écart de toute notoriété, Joseph transmettra à Jésus les savoirs qui façonneront son humanité et éveilleront sa conscience de Fils de Dieu.

Un éducateur

Dans l’humilité et la douceur, lorsque Jésus reste à Jérusalem à l’insu de ses parents (Lc 2, 41-50), Joseph accepte l’affirmation mystérieuse, mais douloureuse pour lui de la nécessité pour son fils d’être chez son Père, père qui n’est pas lui. Cet événement que de bons parents peuvent assimiler à une incartade n’empêchera pas Jésus d’apprendre auprès de Joseph et de Marie la soumission (Lc 2, 51) qui en lui devient offrande de soi et demeure l’attitude fondamentale du Fils qui, un jour, entrera « librement dans sa passion. »
Sur cette terre, Joseph et Marie ont « forgé » Jésus. En répondant fidèlement, humblement, discrètement à l’appel divin, ils ont été le creuset dans lequel ont été façonnés le corps, le cœur et l’âme de celui sur qui l’Esprit Saint descendrait sous la forme d’une colombe et qui serait désigné par Dieu lui-même comme son Fils bien-aimé (Lc 3, 22).

Une paternité pour tous temps

Soudain, Saint Joseph se fait notre contemporain. Sa propre paternité a été pour lui terrain de doutes, d’interrogations, d’angoisses, de remises en question. Dans l’obéissance, le courage, l’accueil, la tendresse, il s’est laissé guider par Dieu1 . Sa mission l’a toujours emporté sur ses attentes personnelles. Cette disponibilité a été sa force pour vaincre tous les obstacles, même lorsque ceux-ci étaient de l’ordre de l’évidence. Il percevait l’invisible qui appartient à Dieu, mais qui comble les hommes.
L’image et la réalité de la paternité sont profondément brouillées dans notre société occidentale. Beaucoup de pères sont déboussolés. Ils peinent parfois à comprendre leurs propres enfants et à dialoguer avec eux. Des familles éclatent, se recomposent. Il faut être père tout en ne l’étant pas. La présence ou l’absence, l’autorité risquent d’être contestées.

L’art d’être père mène vers l’inconnu. Il exige, en même temps qu’une réelle détermination, une foi sincère, la pauvreté et l’humilité. À l’école de saint Joseph, il cultive la tendresse, la douceur, l’obéissance, l’humilité, le renoncement. Joseph nous révèle que la paternité ne renonce pas à la fermeté et à l’autorité, mais elles se font service. Tout père s’émerveille silencieusement en contemplant le mystère de l’enfant qui ne peut vraiment le rencontrer qu’en lui échappant.

Monseigneur Jean-Paul Jaeger, Evêque émérite d’Arras, Boulogne et Saint-Omer

1. Voir pape François – Lettre apostolique Patris corde

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