Contenus de la foi et catéchèse du handicap

CatéHandi_2Comme le dit explicitement le déroulé de notre sigle « PCS » : en Pédagogie Catéchétique Spécialisée, ce n’est pas la catéchèse qui est spécialisée, c’est bien la pédagogie. La catéchèse est la même pour tous, et référée en France au Texte National pour l’Orientation de la Catéchèse. De même, nous partageons la même doctrine universelle de l’Eglise et les mêmes contenus de foi. Pour préciser encore un peu plus loin, se référant au Texte National pour l’Orientation de la Catéchèse (TNOC), la PCS déploie la Pédagogie d’initiation, voulue par les évêques de France dans ce texte.

Qu’entend-on au juste par « contenus de la foi » ?

Plusieurs lieux se sont interrogés sur la manière dont la Pédagogie d’Initiation honore les contenus de la foi. Le point de départ étant la mise en opposition entre l’expérience du croire d’avec l’objectivation de la foi. Nous puiserons pour alimenter cet article dans les différentes interventions de deux sessions nationales (Ve colloque international de l’ISPC, « La catéchèse et le contenu de la foi » ; Paris, du 18 au 21 février 2011 ; et Session SNCC des 4, 5, 6 juillet 2011, « Quels contenus de foi en Pédagogie d’Initiation ? ».

Si notre question est bien : « Comment la PCS honore-t-elle les contenus de la foi ? », nous ne pourrons y trouver réponse qu’en répondant à une autre question préalable : Qu’entend-on au juste par « Contenus de la foi »?

La foi chrétienne, qui permet à une personne de dire ” oui ” à Jésus-Christ, peut être envisagée sous deux aspects :

– soit comme adhésion à Dieu qui se révèle – adhésion donnée sous l’influence de la grâce. En ce cas, la foi consiste à se confier et à s’abandonner à la parole de Dieu (fides qua);

– soit comme contenu de la Révélation et du message évangélique. En ce sens, la foi s’exprime dans l’engagement à connaître toujours mieux le sens profond de cette Parole (fides quae).

Ces deux aspects sont, de par leur nature, indissociables. La maturation et la croissance de la foi exigent leur développement organique et cohérent. Cependant, pour des raisons de méthode, il est possible de les considérer séparément.

Article 92 du Directoire Général pour la Catéchèse de 1997

Tout commence par une rencontre

Jésus ne s’est pas conduit avec ses disciples comme un enseignant. Il n’a pas de programme. Il n’a rien écrit, et ses disciples non plus. « La pédagogie du Christ repose sur la confiance en son disciple. Il suscite en lui le désir d’entrer plus avant dans le mystère de la foi. La révélation de la personne de Jésus, sa divinité, doit d’abord s’imprimer dans la conscience du disciple, éclairée par l’événement pascal, avant de s’exprimer dans l’acte de foi. On peut dire que le contenu de la foi, Jésus mort et ressuscité, le mystère pascal, mystère de l’amour même de Dieu, doit d’abord être reçu comme lumière intérieure d’une vie avant d’être déclinable en contenus de foi que le disciple pourra exprimer en donnant son assentiment. »1

Les premiers temps de l’Église sont caractérisés par la naissance et le développement de communautés, après la mort et la résurrection du Christ. Ceux qui ont suivi le Christ transmettent « ce qu’ils ont vu et entendu » (Ac 4,20). « Le christianisme est quelque chose de vivant et d’oral, transmission vivante, avant d’être quelque chose d’écrit. La Tradition est à la fois le contenu transmis et l’acte de transmettre »2. Jésus est l’interprète des Écritures anciennes en les appliquant à lui-même. « Nous sommes dans un temps ou il n’y a pas de ‘ nouveau testament’. Il y a des ‘Écritures’, mais ce sont celles que nous appelons ‘l’Ancien Testament’ »3.

Puis viennent les écrits néo-testamentaires

La question de la mise par écrit est survenue assez tôt, pour plusieurs raisons :

  • la disparition progressive des témoins oculaires ;
  • le souci de formuler explicitement une doctrine fondamentale, qui ne soit pas dévoyée de la source, qui puisse garantir l’authenticité de l’annonce ;
  • la nécessité de lutter contre les hérésies.

« Nous trouvons dans le Nouveau Testament des formules brèves qui résument la prédication chrétienne. En se développant, en se rejoignant les unes les autres, elles ont donné nos symboles de foi. Les symboles de foi et le Nouveau Testament reconnu comme enseignement apostolique sont ainsi des textes fondateurs auquel l’Église ne peut rien changer. »4.

Dès les premiers temps de l’Église, au fil de leurs voyages, les apôtres sont confrontés aux hommes et aux femmes de différentes cultures. Déjà à l’Assemblée de Jérusalem (Ac 15), il s’agit de préciser s’il faut imposer tous les préceptes juifs aux païens. Ce qui s’est passé là et qui est quelquefois qualifié de premier concile va se répéter régulièrement. Il s’agira au fil des siècles de revoir des formulations dogmatiques qui soient plus adaptées à l’époque, tout en restant fidèles à la source. Les 21 conciles œcuméniques qui se sont réunis jusqu’à ce jour ont été l’occasion fondamentale de préciser des points concernant la foi, le dogme, tout en tenant compte du concret et du vécu du peuple de Dieu dans l’environnement des différentes époques.

La rédaction des catéchismes

Dans l’esprit du concile de Trente, le premier catéchisme est écrit à l’origine pour les prêtres, mais doit aussi devenir un manuel d’instruction populaire. Destiné à aider le prêtre dans le ministère de l’annonce, il devient petit à petit le sujet même des leçons.

Bien plus tard … « Au XIXe siècle, le modèle des catéchismes selon les trois « il faut » (tripartite) se répandit dans toute l’Europe. Les vérités qu’il faut croire, les commandements qu’il faut observer et les sacrements qu’il faut recevoir, organisent désormais les catéchismes et engendrent des déplacements théologiques profonds. Le premier est de transformer le symbole des apôtres en une suite de vérités […] l’autre déplacement sensible s’est opéré dans le rapport aux Écritures. Les catéchismes du XXème siècle se dispensent de plus en plus du rapport aux Écritures. »5 De fait, les plus anciens d’entre nous se souviennent certainement que les leçons et explications de leur « Petit catéchisme » étaient quelquefois associées à une réticence à ouvrir la Bible.

Les pères du concile de Trente ( 1546-1563), «voulant absolument combattre un mal si grand et si funeste par un remède efficace, non seulement ont pris soin de bien définir contre les hérésies de notre temps les points principaux de la doctrine catholique, mais de plus ils se sont fait un devoir de laisser, pour l’instruction des chrétiens sur les vérités de la Foi, une sorte de plan et de méthode que pourraient suivre en toute sûreté dans leurs églises ceux qui auraient la charge de Docteur et de Pasteur légitime.

Paragraphe III de la préface

Vatican II et ses textes conciliaires

Les enjeux théologiques du dernier concile sont majeurs. L’Église exprime avec force sa foi en un Dieu qui se révèle. La vision étroite de la Révélation comme une somme de vérités sur Dieu est balayée au profit d’une approche biblique et christologique. « La Révélation s’identifie à la Parole faite chair qui vient à la rencontre de l’homme et qui converse avec lui. Dei Verbum nous empêche de confondre l’objet de l’annonce de la foi avec une série d’idées, un ensemble de valeurs, un ensemble doctrinal, ou un texte de catéchisme. La catéchèse est audition d’une Parole qui est Dieu lui-même ; la foi naît dans l’écoute et vit de la conversion du regard. »6

Il a plu à Dieu dans sa bonté et sa sagesse de se révéler en personne et de faire connaître le mystère de sa volonté (cf. Ep 1, 9) grâce auquel les hommes, par le Christ, le Verbe fait chair, accèdent dans l’Esprit Saint, auprès du Père et sont rendus participants de la nature divine (cf. Ep 2, 18 ; 2 P 1, 4). Par cette révélation, le Dieu invisible (cf. Col 1, 15 ; 1 Tm 1, 17) s’adresse aux hommes en son surabondant amour comme à des amis (cf. Ex 33, 11 ; Jn 15, 14-15), il s’entretient avec eux (cf. Ba 3, 28) pour les inviter et les admettre à partager sa propre vie.

Dei Verbum n°2

Dans la ligne des textes conciliaires, les Directoires généraux pour la Catéchèse (1971 et 1997) et les textes de référence français (1979 et 2006) confirment la place centrale de la Parole de Dieu et placent la catéchèse comme une responsabilité de l’Église au service de Dieu qui se révèle.

Et en catéchèse du handicap ?

Si les contenus de la foi répondaient aux trois « il faut » des catéchismes tripartites, bon nombre des personnes qui sont privées de rationalité et d’abstraction n’y pourraient accéder. La formulation en concepts ne leur est évidemment pas possible. La restitution de savoirs acquis par la mémoire non plus.

Mais puisque Dei Verbum nous empêche de confondre l’objet de l’annonce de la foi avec une série d’idées et un ensemble doctrinal, nous avons en PCS comme en toute catéchèse mission de « mettre quelqu’un non seulement en contact mais en communion, en intimité avec Jésus Christ ».

Pour réaliser cela, nous empruntons volontiers deux voies privilégiées : les Écritures, et la liturgie.

En guise de conclusion …

Nous n’avons pas envisagé, dans cet article, que les contenus de la foi aient à être réduits à un essentiel, quand la catéchèse s’adresse à des personnes en situation de handicap.

En revanche, les contenus de la foi ne peuvent être abordés de manière conceptuelle, intellectuelle, avec des personnes diminuées sur le plan cognitif.

Les énoncés de foi, les formules dogmatiques ont été élaborés au fil des siècles pour que l’Église reste fidèle aux sources fondatrices que sont les symboles de foi et le Nouveau Testament. Ils sont, d’une certaine manière, au service du trésor de la foi et de l’Église. Comme une sorte de « garant ». Ce sera aux accompagnateurs en PCS, dans leur posture d’aîné dans la foi, de bien veiller à être eux-mêmes fidèles aux contenus de la foi.

Tout en n’oubliant pas que la liturgie n’est pas qu’un lieu pour penser et exprimer verbalement les contenus de la foi, elle est aussi et avant tout un lieu pour les vivre et les recevoir, avec tout son corps.

1. P. Luc Mellet, Intervention lors de la session SNCC des 4, 5, 6 juillet 2011, « Quels contenus de foi en Pédagogie d’Initiation ? »
2. P. Bernard Sesbouë, Intervention lors de la session SNCC des 4, 5, 6 juillet 2011, « Quels contenus de foi en Pédagogie d’Initiation ? »
3. idem
4. idem
5. Joël Molinario , intervention lors du Vème colloque international de l’ISPC, « La catéchèse et le contenu de la foi » ; Paris, du 18 au 21 février 2011
6. idem

Approfondir votre lecture

  • La catéchèse du handicap et le contenu de la foi : s’appuyer sur la liturgie

    Parce que la liturgie eucharistique s’adresse à tous les sens, il est particulièrement précieux de pouvoir s’y « adosser » en PCS. Le contenu de la foi et les dogmes y sont manifestés, rendus visibles et audibles. C’est le propre de la liturgie que de permettre cela.

  • Les Écritures dans les chemins catéchétiques proposés aux personnes handicapées

    S’il est incontestable que la Parole de Dieu, transmise dans les Écritures, est centrale en PCS, comme en toute catéchèse, il n’en demeure pas moins que des questions spécifiques apparaissent dans les chemins catéchétiques proposés aux personnes handicapées : Comment faire accéder à l’histoire du peuple de l’Alliance des personnes qui n’ont pas la notion du déroulement du temps ? Comment aborder certaines paraboles avec des personnes qui n’ont pas accès au langage symbolique ni à la métaphore ?

  • Catéchèse et handicap : la pédagogie d’Initiation en PCS

    La pédagogie d’initiation requiert la liberté des personnes. Mais de quelle liberté s’agit-il ? Sans pour autant laisser croire que la définition de cette « liberté » serait strictement identique selon que l’on soit petit enfant, jeune, adulte, diplômé de Harvard ou apprenti charpentier, l’expérience catéchétique auprès des personnes handicapées peut nous éclairer.