Les juifs et le judaïsme dans la catéchèse de l’Église catholique

Lyon judaisme

Après 6 ans de publication des nouvelles collections de documents catéchétiques (revêtus de la marque visuelle CECC), les évêques de la CECC invitaient le samedi 14 juin 2014 les auteurs, éditeurs et utilisateurs diocésains à un travail de discernement et d’approfondissement des questions bibliques et théologiques développées dans cette nouvelle génération de documents.

Cette journée présidée par Mgr Pierre d’Ornellas, président de la CECC, a été animée par des spécialistes, membres de la commission d’expertise de la CECC.

Le père Marc Rastoin, jésuite, bibliste, était invité à intervenir sur le thème « Lecture des notes romaines de 1985 : pour une correcte présentation des juifs et du judaïsme dans la catéchèse de l’Église catholique ».

5 questions au père Marc Rastoin, sj

Le père Marc Rastoin, jésuite, est bibliste et professeur au Centre Sèvres, à Paris. Passionné d’histoire, marqué par le judaïsme et la lecture juive des Écritures, membre du groupe des jésuites engagés dans le dialogue judéo-chrétien, il enseigne également à l’Institut Biblique de Rome l’introduction à saint Paul. Il a traduit le livre du rabbin américain Daniel Boyarin « The Story of the Jewish Christ » (Daniel BOYARIN, Le Christ juif, à la recherche des origines, Cerf, 2013, 19 €.). Il est expert auprès de la Commission épiscopale pour la catéchèse et le catéchuménat de la Conférence des évêques de France.

« Lecture des notes romaines de 1985 : pour une correcte présentation des juifs et du judaïsme dans la catéchèse de l’Église catholique » : problématique
Ce texte de référence est issu de la Commission du Saint-Siège pour les relations religieuses avec le Judaïsme (Conseil Pontifical pour la Promotion de l’Unité des Chrétiens). Ces « Notes pour une correcte présentation des juifs et du judaïsme dans la prédication et la catéchèse de l’Église catholique » (1985) rappellent, en considérations préliminaires, l’enjeu pour la catéchèse : « Du fait d’un si grand patrimoine spirituel, commun aux chrétiens et aux juifs, le Concile veut encourager et recommander entre eux la connaissance et l’estime mutuelle…».

Engagé dans le dialogue judéo-chrétien, bibliste et expert de la CECC, dites-nous pourquoi ce sujet du rapport christianisme/judaïsme est-il intéressant ?

Il n’est pas intéressant ! Il est crucial ! Jésus était un Juif pratiquant : toute sa personne et son projet ne peuvent se comprendre sans faire référence aux Écritures d’Israël. C’est pourquoi la présentation d’Israël, du Judaïsme et des juifs en général doit faire l’objet d’un traitement qui va bien au-delà d’une simple question de dialogue interreligieux (aussi nécessaire et louable soit ce dernier !). Comme le dit le document : « Les juifs et le judaïsme ne devraient pas occuper une place occasionnelle et marginale dans la catéchèse et la prédication, mais leur présence indispensable doit y être intégrée de façon organique ». En ce domaine nous pouvons encore progresser pour que les chrétiens comprennent davantage ce que Jean-Paul II avait dit en 1986 : « La religion juive ne nous est pas extrinsèque, mais en un certain sens elle est intrinsèque à notre religion » (DC 1986, 433-439).

En quoi cette question du lien christianisme/judaïsme concerne-t-elle la catéchèse ?

Elle la concerne directement car beaucoup de chrétiens dans le monde gardent en mémoire ce qu’ils ont entendu en catéchèse. Surtout dans les pays où il n’y a pas de juifs, ils n’auront peu ou pas l’occasion d’entendre un juif leur présenter sa religion. Les déclarations des conciles peuvent dormir si elles ne sont pas traduites dans la vie quotidienne de l’Église. C’est pourquoi les notes de 1985 commencent par citer un discours de Jean-Paul II sur ce point : « Il faudrait arriver à ce que cet enseignement, aux différents niveaux de formation religieuse, dans la catéchèse donnée aux enfants et aux adolescents, présente les juifs et le judaïsme, non seulement de manière honnête et objective, sans aucun préjugé et sans offenser personne, mais plus encore avec une vive conscience de l’héritage commun’ aux juifs et aux chrétiens » (le 6 mars 1982, aux délégués des conférences épiscopales et aux autres experts réunis à Rome pour étudier les relations entre Église et Judaïsme).

« Expert CECC », sur quoi portez-vous votre attention ?

Il y a plusieurs lieux clefs : la façon dont on présente les juifs dans les récits évangéliques et notamment dans les récits de la Passion. Il faut beaucoup de délicatesse et de finesse pour ne pas employer des expressions parfois maladroites. J’en donnerais quelques exemples récents lors de la session.

Qu’est-ce que la « théologie de la substitution » ?

La théologie de la substitution est une sorte de facilité théologique qui a hélas longtemps été proposée par la prédication et la catéchèse chrétienne ordinaire. Selon ce point de vue, Israël, premier peuple de Dieu, a été infidèle et c’est pourquoi Dieu l’a rejeté et l’a remplacé par l’Église qui est le nouveau peuple de Dieu, qui lui est – ou sera – fidèle. Ce schématisme trahit profondément les Écritures qui nous révèlent un Dieu de pardon et un enseignement explicite de saint Paul dans la Lettre aux Romains selon laquelle « les dons et l’appel de Dieu sont sans repentance » (Rm 11,29). Si cette théologie apparaît dans nombre de textes chrétiens depuis l’Antiquité, elle n’a cependant pas été formellement affirmée par les conciles et Vatican II s’en dégage fermement.

Comment renouveler notre regard et mieux lire l’Ancien et le Nouveau Testament pour mieux transmettre la Parole ?

Que vous dire ? Continuer à méditer les Écritures ! Garder présent dans son cœur lorsqu’on parle des juifs ou du judaïsme ces mots de Paul, qui vient de confesser que rien ne pourra le séparer du Christ et qui poursuit : « Je dis la vérité dans le Christ, je ne mens point – ma conscience m’en rend témoignage dans l’Esprit Saint -, j’éprouve une grande tristesse et une douleur incessante en mon cœur. Car je souhaiterais être moi-même anathème, séparé du Christ, pour mes frères selon la chair, eux qui sont Israélites, à qui appartiennent l’adoption filiale, la gloire, les alliances, la législation, le culte, les promesses et aussi les patriarches, et de qui le Christ est issu selon la chair, lequel est au-dessus de tout, Dieu béni éternellement ! » (Rm 9,1-4).

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