Notes pour une correcte présentation des juifs et du judaïsme

Notes pour une correcte présentation des juifs et du judaïsme dans la catéchèse et la prédication de l’Eglise catholique

La déclaration Nostra Aetate du Concile Vatican II marque un tournant dans les relations entre l’Église catholique et le judaïsme. Comme l’a dit le pape Benoit XVI à la synagogue de Rome en 2010 : « Le Concile a donné une impulsion décisive à l’engagement de suivre un chemin irrévocable de dialogue, de fraternité et d’amitié ».

Nostra Aetate reconnait les racines juives du christianisme et la relation particulière et unique qui unit le judaïsme et le christianisme. La déclaration engage à une meilleure connaissance mutuelle pour permettre un dialogue fraternel. Elle insiste sur le rôle de la catéchèse pour enseigner ce qui est « conforme à la vérité de l’Évangile et à l’esprit du Christ » (NA 4).

Pour aider à la mise en pratique des recommandations de Nostra Aetate, la Commission pour les relations religieuses avec le judaïsme a rédigé en 1985 des Notes pour une correcte présentation des juifs et du judaïsme dans la catéchèse et la prédication de l’Église catholique

Enseignement religieux et Judaïsme

L’Église est appelée à intégrer le judaïsme dans son enseignement de la foi chrétienne en raison du patrimoine spirituel commun considérable qui unit chrétiens et juifs et qui concerne son identité propre. Elle doit aussi faire connaitre la foi du peuple juif telle qu’elle est vécue aujourd’hui car, comme l’a dit le Pape JP II en 1980, l’ancienne Alliance « n’a jamais été révoquée ».

La difficulté de cet enseignement tient dans l’expression du lien entre l’Ancien et le Nouveau Testament. Il doit montrer comment s’établit le rapport entre « promesse et accomplissement » ; entre « continuité et nouveauté » ; entre « singularité et universalité » ; entre « unicité et exemplarité » (point 2).

Un enseignement « précis, objectif et rigoureusement exact sur le judaïsme » est nécessaire pour favoriser le dialogue judéo-chrétien mais aussi pour écarter tout danger d’antisémitisme et créer durablement une relation d’estime et de fraternité.

 

Rapports entre Ancien et Nouveau Testament

Les Notes insistent d’abord sur l’unité de la Révélation biblique et du dessein de Dieu. Chaque évènement ne trouve son sens que dans la totalité de l’histoire du salut. Les évènements de l’AT portent une signification universelle et exemplaire. C’est pourquoi ils nous concernent personnellement en tant que chrétiens et l’Église vénère les patriarches et les prophètes de l’AT.

Les Notes demandent donc d’éviter de présenter le rapport entre Ancien et Nouveau Testament uniquement comme une rupture. L’Ancien Testament n’est pas simple préparation et annonce du NT, il garde sa valeur propre de Révélation. Le NT demande à être lu à la lumière de l’Ancien. Juifs et chrétiens partagent la même espérance de l’accomplissement définitif de la promesse de Dieu.

Cet héritage et cette espérance communs devraient les conduire non seulement au dialogue mais à la coopération en faveur de la justice sociale et de la paix.

 

Racines juives du Christianisme

Les Notes rappellent que Jésus était juif et l’est toujours resté ; il s’est adressé principalement « aux brebis perdues de la maison d’Israël » (Mt 15, 24) ; il s’est soumis à la loi, même s’il garde une certaine liberté, et toute sa vie est rythmée par les fêtes et le culte juifs. Cette incarnation dans un peuple n’est pas contradictoire avec le fait qu’il soit né et mort pour tous les hommes.

Les rapports de Jésus avec les pharisiens ne sont pas toujours polémiques : de nombreux textes font état d’une proximité de Jésus avec les pharisiens (Lc 13, 31 ; 7, 36 ; Mc 12, 34) ; Jésus, comme Paul (Ac 23, 6), partage beaucoup de croyances des pharisiens comme la résurrection des morts, le premier commandement de l’amour de Dieu et du prochain, … et utilise des méthodes d’interprétation des Écritures et d’enseignement, comme les paraboles, semblables à celles des pharisiens. Les récits de la Passion ne font pas mention des pharisiens. Les pharisiens ne doivent donc pas être présentés de façon négative[1]. Il s’agit d’un mouvement très divers.

 

Les juifs dans le Nouveau Testament

Une juste présentation du rôle du peuple juif dans le Nouveau Testament doit prendre en compte plusieurs facteurs :

  • compte tenu de la longueur du travail de rédaction des Évangiles, certains textes défavorables aux juifs peuvent être le reflet de conflits postérieurs à l’époque de Jésus ;
  • il y a eu toutefois des conflits entre Jésus et certaines catégories de juifs [2]et la majorité du peuple juif ne l’a pas suivi ;
  • cela a provoqué une rupture entre le judaïsme et l’Église mais ne fait pas disparaitre le « lien spirituel » (Rm 11, 18) ;
  • on ne peut pas mettre sur le même plan les juifs du temps de Jésus et ceux qui sont venus après ;
  • la responsabilité de la mort du Christ ne peut être imputée à tous les juifs du temps de Jésus ni aux juifs d’aujourd’hui[3].

 

Liturgie

Toute la liturgie chrétienne s’inspire de la tradition juive. C’est un domaine où la connaissance de la foi du peuple juif et de la façon dont elle est vécue encore aujourd’hui permet de mieux comprendre certains aspects de la vie chrétienne. On peut prendre pour exemple la notion de « mémorial » qui aide à appréhender le sens de la célébration eucharistique.

 

Judaïsme et Christianisme dans l’histoire

Les Notes invitent à se débarrasser de la conception traditionnelle d’un peuple puni. Le peuple juif reste le peuple choisi, « l’olivier franc sur lequel ont été greffés les rameaux de l’olivier sauvage que sont les gentils » (JP II, 1982, faisant allusion à Rm 11, 17-24).

La catéchèse devra contribuer à faire connaitre l’histoire du peuple juif depuis la diaspora de la fin du premier siècle jusqu’à la Shoah et l’existence de l’État d’Israël. L’Église condamne toute forme de discrimination et d’antisémitisme « comme opposée à l’esprit même du christianisme ».

 

« Toi qui étais par ton origine une branche d’olivier sauvage, tu as été greffé, malgré ton origine, sur un olivier cultivé. » (Rm 11, 24)

 

 

 

 

Catherine Godeffroy, Chargée de mission pour la catéchèse

 

 

[1] Depuis 1985, les recherches historiques montrent que les débats entre Jésus et les pharisiens sont significatifs de ceux qui ont cours dans le judaïsme du 1er siècle. On se réfèrera à l’ouvrage de Mireille Hadas-Lebel, historienne de l’Antiquité, spécialiste de l’histoire du judaïsme, Les pharisiens dans les Évangiles et dans l’histoire (Albin Michel), 2021 et à son interview pour le Service national des relations avec le judaïsme : https://relationsjudaisme.catholique.fr/actualites/484506-pharisien/
[2] J. Ratzinger dans Jésus de Nazareth (t.2 p213) : « Cette expression chez Jean [les juifs] – comme le lecteur moderne serait tenté de l’interpréter – n’indique en aucune manière le peuple d’Israël comme tel, et elle a encore moins un caractère « raciste ». En définitive, Jean lui-même, pour ce qui est de la nationalité, était un Israélite, tout comme Jésus et tous les siens. La Communauté primitive tout entière était composée d’Israélites. Chez Jean, cette expression a une signification précise et rigoureusement limitée : il désigne par-là l’aristocratie du temple. »
[3] Dans la nouvelle traduction liturgique de la Bible, là où c’était possible, le texte traduit « des juifs », pour bien distinguer entre les juifs de tous les temps et tels interlocuteurs directs de Jésus de façon à éviter de « globaliser ». On pourra faire de même en écrivant « des juifs » plutôt que « les juifs » dès que possible.

Pour aller plus loin

Les juifs et le judaïsme dans la catéchèse de l’Église catholique

Lors de la journée de formation Servir la foi de l'Eglise dans les documents catéchétiques, le père Marc Rastoin, jésuite, bibliste, était invité à intervenir sur le thème « Lecture des notes romaines de 1985 : pour une correcte présentation des juifs et du judaïsme dans la catéchèse de l’Église catholique ». Voici son exposé sous la forme 5 questions/réponses.

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