De l’importance à donner à la Parole de Dieu dans une démarche catéchétique

Cet article est paru en décembre 2010 dans le Bulletin de Liaison du Catéchuménat. Le père Philippe Marxer nous parle de la place de la Parole de Dieu dans l’initiation.

Pour que l’Église soit une Église ouverte à tous, il est nécessaire que la communauté qui accueille toute personne en quête d’appropriation personnelle soit en état d’initiation, c’est-à-dire accueille pour elle même la nouveauté de l’Évangile afin d’en faire la proposition. Dit autrement, il n’y a pas ceux qui savent et ceux qui ne savent pas. Il n’y a pas ceux qui ont la foi et ceux qui ne l’ont pas. Au cours des années passées, l’activité catéchétique s’est reposée sur cette division.

Mais il ne peut plus en être de même aujourd’hui. Et c’est la raison pour laquelle nous sommes invités à nous réapproprier la notion de disciple marchant derrière le maître. La foi est de l’ordre du chemin et non des connaissances. Il s’agit de vivre d’un chemin, en tant qu’accompagnateur, un chemin qui est à travailler, à conduire, à structurer… un chemin qui est également le nôtre. La catéchèse concerne en effet les chemins de la foi (notez le pluriel !) et étant des « aînés », nous avons à partager notre itinéraire de manière intergénérationnelle. Écartons toute manière de faire qui provoquerait des hermétismes au sein de nos communautés et, en revanche, déployons une vraie vie d’Église.
Bien des aspects de notre mission d’accompagnement répondant à cette priorité pourraient être approfondis. J’en choisis un qui nous est constant : à savoir la pédagogie, plus exactement notre rapport aux Écritures, à la Parole de Dieu. La question que je pose peut se formuler ainsi : pour construire une démarche de catéchèse, à quel modèle fait-on appel ? Ou –si vous aimez mieux- : quelle est la fonction organisatrice de la Parole de Dieu ? Les conséquences d’une telle question peuvent retentir sur les parcours proposés, sur nos célébrations, sur les préparations aux sacrements (par exemple).
En pédagogie, une vision simpliste est toujours à écarter : celle qui viendrait à confondre l’agir pédagogique et les moyens pédagogiques mis en œuvre. Pour bien comprendre cette subtile différence à faire, nous pouvons réfléchir à partir des enfants, notamment les activités de découpage ou de dessin qui peuvent les mobiliser pendant des quarts d’heure entiers et qui, aux dires de parents critiques, occultent « l’essentiel ». Cette critique émanant d’adultes fait entendre que l’agir pédagogique s’appuie sur un contenu ou, si vous aimez mieux, ce qui caractérise l’agir, c’est qu’il s’intéresse à un contenu. Sur cette affirmation se sont construits de nombreux parcours catéchétiques – peut-être même procédons-nous de la même façon ?- où l’on perçoit bien que l’agir pédagogique est référé à un message : quelque chose de la foi qu’on aimerait que d’autres comprennent. C’est ainsi que nous pouvons nous tourner vers la Parole de Dieu comme une médiation instrumentale importante –une médiation à ne pas instrumentaliser pour autant.
Françoise Verkenne qui a été l’une des pionnières du renouveau catéchétique dans les années 1957 disait que « toute la pédagogie est nécessaire pour intérioriser. C’est l’intention qui compte et non les moyens didactiques ».
Le Texte National pour l’orientation de la Catéchèse des Évêques prend un tout autre chemin. L’agir pédagogique est référé à une expérience de foi et non à un message. Ce qui se joue, c’est l’expérience de Dieu –plus exactement- d’un Dieu qui se communique, s’adresse aux hommes.
De cette position, cinq fils peuvent être tirés.
1er fil : En référant l’agir pédagogique à une expérience de Dieu, la Parole de Dieu n’est pas un objet dont on pourrait user comme une médiation instrumentale. Il y a à reconnaître un événement : celui d’un Dieu qui se communique à nous.
2ème fil : prendre en charge un message pour le faire comprendre à d’autres, chacun de nous connaît. Ce qui est en jeu – dans cette réflexion des Évêques- c’est que nous prenions en charge l’acte même de Dieu qui nous cherche, qui cherche chacun personnellement. Comment le faire ? En apportant à tous ce qui va leur permettre de participer à l’expérience de foi et de l’habiter avec leurs propres dynamismes.
3ème fil : « qu’est-ce qu’une démarche de catéchèse, quelles médiations suppose-telle ? »
Il y a deux médiations : les Écritures, c’est-à-dire la Parole de Dieu écrite ; la Tradition : la Parole de Dieu dans la vie de l’Église… deux médiations qui permettent de raconter cette expérience de foi.
4ème fil : ce que je/nous appelons ‘médiations’ change de nature, car il ne s’agit pas de les instrumentaliser. Ces médiations sont des lieux concrets où Dieu se fait connaître à l’homme et que l’Église reconnaît comme événement de catéchèse.
5ème fil : la Parole de Dieu doit être laissée telle quelle pour faire son travail en nous. Ne cherchons pas des enseignements mais respectons l’ordre, les mots choisis par cette médiation qu’est la Bible.
L’intention des Évêques est que nous prenions en charge tout cela…pas n’importe comment ! Car lorsque le contenu de la foi est un message, nous cherchons à ajuster, relayer pour que celui à qui on s’adresse soit touché. Mais lorsque le contenu de la foi est un événement, ce sont les médiations de la Parole de Dieu qui prennent en charge le contenu.
Qu’en est-il du « pour les autres » et quels fruits sont attendus ? Le texte souligne que les médiations en question sont au service des personnes et de l’expérience à faire par un cheminement, une démarche qu’on peut vivre.
Ce mot cheminement demande que l’on s’explique : on ne va pas son bonhomme de chemin ! Passer par la médiation des Écritures convoque à la confrontation entre l’image que l’on a de Dieu et celle qui se dessine derrière ces textes, ces récits. Les médiations de la Parole de Dieu sont au service d’un processus – c’est-à-dire – d’une transformation à rendre possible chez quelqu’un. Elles sont là pour permettre une modification dans la manière d’être, pour provoquer le questionnement, pour favoriser une conversion : c’est le but de toute démarche de catéchèse.
Il nous reste à organiser cette confrontation…
Ce qui permet de mettre en relief un autre mot important dans le texte : celui d’itinéraire, c’est-à-dire d’étapes, de phases de travail, de temps pour intérioriser, de consignes pour réagir, de fil rouge pour batailler avec ce qui résiste.
Personne ne bouge s’il n’y a pas d’itinéraire. Il y a donc une cohérence à trouver entre la transformation attendue et les dispositifs, les itinéraires mis en place.
Il manque dans tout ce raisonnement un dernier point à rappeler qui est la clé de voûte de l’ensemble.
Quand une démarche de catéchèse se préoccupe de la transformation des personnes et des itinéraires, il faut ajouter que cet agir pédagogique n’est pas inscrit dans un fruit déjà prévu d’avance. Il est « caché en Dieu » ; c’est l’acte même de Dieu qui attire à Lui.
Comme St Augustin le disait :
« C’est le maître intérieur qui instruit, C’est le Christ qui instruit, C’est son inspiration qui instruit. »

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