Le péché dans la Bible : l’écarlate et la laine

Le Christ et la femme adultère (1532), de Lucas Cranach l'Ancien. Huile sur tilleul 82,5 x 121 cm.

Le Christ et la femme adultère (1532), de Lucas Cranach l’Ancien. Huile sur tilleul 82,5 x 121 cm.

Que dit la Bible ?, L’Oasis n°11 : Libérés du péché

La Bible démasque le péché et nous révèle comment Dieu nous en libère.

« Ma faute est toujours devant moi » se plaignait David que la culpabilité ne quittait plus depuis qu’il avait commandité le meurtre d’Urie, le mari de sa dernière conquête féminine. Et, parce qu’il était croyant, il avait bien compris que sa faute avait une dimension théologique : « Contre toi et toi seul j’ai péché, ce qui est mal à tes yeux je l’ai fait. » (Ps 50/51,5-6).

La culpabilité naît en nous de la conscience d’une transgression par rapport à une loi édictée par notre communauté (familiale, sociale, nationale, religieuse) ou par rapport à un idéal (forgé par soi-même ou par une entité extérieure à soi). Cette transgression ne devient « péché » que pour ceux qui vivent une relation d’Alliance avec Dieu : le péché est la rupture de cette Alliance.

Le texte biblique affronte cette réalité du péché avec un objectif très clair, celui de nous libérer définitivement, de la culpabilité d’une part, du péché lui-même d’autre part. Dans ce but, la Révélation de la Bible sur le péché est double : elle le démasque pour commencer, ensuite elle annonce notre libération. Commençons par cette double révélation ; nous essaierons ensuite de préciser les moyens mis en oeuvre par Dieu pour aider les hommes à se débarrasser du péché.

La double révélation biblique, une œuvre de longue haleine

La Révélation biblique démasque le péché : c’est tout l’enjeu, semble-t-il, des onze premiers chapitres de la Genèse. A tel point que l’on peut parler d’une gigantesque « opération vérité ». Toutes les racines du mal sont mises à jour. Elles se nomment jalousie (Gn 4), orgueil, soif de puissance (Gn 1-3 ; Gn 11, Babel), refus de la dépendance, soupçon envers les intentions de Dieu, défiance à son égard (Gn 2-3).
La Bible révèle également la dimension théologique du péché : « Qu’as-tu fait ? La voix du sang de ton frère crie de la terre vers moi ! » dit Dieu à Caïn (Gn 4,10) ; « chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25,40). Cette Révélation annonce notre libération : elle dit l’oeuvre incessante de Dieu pour nous sauver. Pour nous libérer de notre culpabilité, les auteurs bibliques annoncent le pardon de Dieu, plus grand que toutes nos fautes : « Si vos péchés sont comme l’écarlate, ils deviendront aussi blancs que neige. S’ils sont rouges comme le vermillon, ils deviendront comme de la laine. » (Is 1,18). « Avant le jugement, fais ton examen de conscience : lors de la visite du Seigneur, tu trouveras le pardon.» (Si 18,20). « Si nous reconnaissons nos péchés, lui qui est fidèle et juste va jusqu’à pardonner nos péchés et nous purifier de toute injustice. » (1 Jn 1,9). Une oeuvre de longue haleine : Dieu éduque son peuple lentement, patiemment, comme le dit le Deutéronome : « Tu le sauras en ton cœur : comme un homme éduque son fils, ainsi le Seigneur ton Dieu fait ton éducation. » (Dt 8,5). « Ceux qui tombent, tu les reprends peu à peu, tu les avertis, tu leur rappelles en quoi ils pèchent, pour qu’ils se détournent du mal et croient en toi, Seigneur » (Sg 12,2).

Les moyens mis en œuvre par Dieu

Ce sont la Loi, les prophètes et les psaumes, jusqu’au moyen suprême, l’envoi de son Fils.

Le don de la Loi : la Loi libère. La codification apparemment tatillonne des rites et sacrifices n’a d’autre but que de rassurer les plus scrupuleux. Quant aux commandements, ils nous apprennent à distinguer le bien du mal et nous engagent sur la voie de la liberté. Ils nous font connaître en quoi nous sommes assassins, prédateurs … Celui qui me dit « Tu ne convoiteras pas » me libère de la convoitise. Tout seul, je n’aurais sans doute pas trouvé la force de m’en libérer. « Tu ne tueras pas » me libère de mes tendances assassines.

La prédication prophétique : instance de contestation sans complaisance ni compromission, elle démasque le péché et ses racines, tout en annonçant l’inlassable pardon de Dieu. Pour ce qui est de la dénonciation du péché, elle se fait particulièrement virulente dans les périodes de dégringolade spirituelle et morale. On connaît, par exemple, l’anaphore d’Isaïe, dans laquelle chacune des invectives du prophète commence par le mot « malheur ! » qui n’est pas un souhait de malheur, mais un constat de fausse route. Nous n’en retiendrons qu’une : « Malheureux, ces gens qui déclarent bien ce qui est mal, et mal ce qui est bien, qui font des ténèbres la lumière et de la lumière les ténèbres, qui rendent amer ce qui est doux et doux ce qui est amer ! (Is 5,20).

Quant à l’annonce du pardon, elle prend plus de place encore dans leur prédication : mises bout à bout, leurs paroles sur la miséricorde inépuisable de Dieu forment un véritable florilège qu’il faudrait faire mémoriser par nos catéchumènes de tous âges.

Les Psaumes, noyau de la liturgie, mémorisés dès l’enfance, ils sont une véritable école de la prière et de la foi : « Le SEIGNEUR il n’agit pas envers nous selon nos fautes, ne nous rend pas selon nos offenses … aussi loin qu’est l’orient de l’occident, il met loin de nous nos péchés » (Ps 103/102,10.12). Le moyen suprême, ce fut l’envoi de son Fils : « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique » (Jn 3,16). Greffés sur Jésus-Christ par le baptême, nous sommes devenus capables de porter les mêmes fruits que lui.

De ce survol trop rapide, on peut tirer quelques conclusions.

Dans une société en perte de repères, on ne retrouvera le sens du péché qu’en redécouvrant préalablement le sens de Dieu. Il faut également retrouver le sens de la Loi comme pédagogue et soutien des progrès de l’humanité. On ne peut bâtir une société juste et fraternelle, telle que Dieu la rêve, sur le slogan, hélas trop bien intégré « Il est interdit d’interdire ». La découverte de l’inépuisable miséricorde de Dieu est le meilleur levier de la conversion : le cœur noyé de reconnaissance, nous pouvons nous redresser et marcher vers l’avenir en écoutant cette phrase de Jésus à la femme adultère (Jn 8,11) : « Va, et désormais ne pèche plus.». Pour les baptisés que nous sommes, guidés par l’Esprit Saint, il nous suffit de rester résolument greffés sur Jésus Christ et de « Prier pour ne pas entrer en tentation ».

Marie-Noëlle Thabut, bibliste

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