La musique : louange ou autosuffisance ?

Le Roi David jouant de la harpe, huile sur toile par Domenico Zampieri (dit Le Dominiquin). Musée national des musées de Versailles et de Trianon.

Que dit la Bible ?, L’Oasis n°8 : Musique.

La musique est ambivalente : inspirée, elle peut conduire à célébrer Dieu et ses œuvres, mais idolâtrée elle peut détourner de la charité.

Une promesse

Pour louer Dieu, pour soutenir le chant nouveau, la Bible met en évidence la place de la musique qui accompagne les grands moments de l’existence. Mais la musique peut aussi bien détourner des réalités les plus hautes qu’y conduire ; elle peut enivrer ou délivrer, assourdir ou creuser le désir.

Les œuvres de Dieu, source de la musique

Un mariage, une victoire, un couronnement ou une liturgie au Temple ; ces grands moments de l’existence sont souvent accompagnés de musique dans la Bible, que ce soit par le chant ou par les instruments : percussions (tambourins et cymbales), cordes (cithares et lyres) et vents (cor, trompettes et flûtes).

Leur mention arrive très tôt dans la Bible (Gn 4,21 ; 31,27) ; mais le premier chant et le premier emploi d’instruments ne sont donnés qu’après le passage de la Mer rouge1. Il faut avoir vu les merveilles de Dieu pour enfin le chanter et jouer pour lui, ce que font Moïse et de l’Agneau » (Ap 15,2-3). Chant et musique sont associés pour célébrer la victoire de l’Agneau, par des cantiques, anciens et nouveaux.

La musique peut saisir le corps et l’entraîner dans une transe favorable à la prophétie ; c’est ce qui arrive à Saül (1 Sam 10,5-6) ou à Elisée (2 R 3,15) ; dans le Temple de Jérusalem, on évoque les figures de lévites « qui prophétisaient au son des cithares, des harpes et des cymbales » (1 Ch 25,1). De son côté, David, par son jeu de cithare, apaisait les mauvais esprits qui affligeaient le roi Saül (1 Sam 16,17-23). Dans le Nouveau Testament en revanche, si Paul évoque la prophétie et une manière de « chanter dans l’Esprit » (1 Cor 14,15), l’une et l’autre sont sous l’autorité du croyant qui vit ces dons ; il n’est pas question de transe, contrairement à ce que pensait la philosophie de l’époque, mais de service de la charité,d’attention à l’autre, en collaboration avec l’Esprit du Fils.

Dieu se manifeste dans la musique

L’objectif de cette musique inspirée est que Dieu manifeste sa présence, qu’il habite sa demeure. Lors de l’inauguration du Temple de Jérusalem par Salomon, « tous ensemble, élevant la voix au son des trompettes, des cymbales et des instruments de musique, ils louaient le Seigneur : « Car il est bon, éternel est son amour ». Alors la Maison, la Maison du Seigneur, fut remplie par une nuée » (2 Ch 5,12-13). Dans le Nouveau Testament, le corps de chaque croyant est un « sanctuaire de l’Esprit Saint » (1 Cor 6,19) ; le chant est alors un beau moyen de laisser Dieu résider dans l’intimité des cœurs. Comme l’écrit Paul, « que la parole du Christ habite en vous dans toute sa richesse ; instruisez-vous et reprenez-vous les uns les autres en toute sagesse ; par des psaumes, des hymnes et des chants inspirés, chantez à Dieu, dans vos cœurs, votre reconnaissance. » (Col 3,16). La musique et le chant peuvent donc permettre de célébrer la présence du Dieu qui a fait des merveilles et qui veut habiter sa demeure, c’est-à-dire nous-mêmes.

La musique au service de la Parole

Peut-on se laisser emporter par la musique au risque de ne plus entendre la voix de Dieu, et de négliger la charité ? Il semble bien hélas que ce soit aussi le cas. Dieu déclare à Ezéchiel, prophète envoyé à Israël : « Te voilà pour eux comme un chant passionné, à la sonorité agréable, avec une belle musique. Ils écoutent tes paroles, mais personne ne les met en pratique » (Ez 33,32).

Ainsi, si la musique peut vraiment aider les croyants à célébrer le Dieu libérateur, ils doivent exercer leur vigilance pour qu’elle ne les enferme pas sur une autosuffisance, mais qu’elle les conduise vraiment à aimer Dieu, ainsi que leur prochain, afin que « tout être vivant chante louange au Seigneur ! Alléluia ! » (Ps 150,6). La Parole de Dieu nous invite à croire que cela est possible !

Quant à Amos, il s’en prend avec vigueur aux jouisseurs de son temps : « Couchés sur des lits d’ivoire, vautrés sur leurs divans, ils mangent les agneaux du troupeau, les veaux les plus tendres de l’étable ; ils improvisent au son de la harpe, ils inventent, comme David, des instruments de musique ; ils boivent le vin à même les amphores, ils se frottent avec des parfums de luxe, mais ils ne se tourmentent guère du désastre d’Israël ! » (Am 6,4-6). Comme l’écrit Ben Sirac le sage « le vin et la musique réjouissent le cœur, mais plus encore l’amour de la sagesse. » (Sir 40,21). Si la musique ne conduit pas à la sagesse, elle risque fort de tourner vers l’égoïsme, et vers la destruction.

La flûte, dans les évangiles, exprime la douleur et le deuil (cf. Mt 11,17) ; mais lorsque Jésus entre dans la maison du chef de synagogue dont la fille vient de mourir et où les joueurs de flûte sont déjà arrivés (Mt 9,23), sa parole de vie n’est pas entendue. Et que dire du fils aîné de la parabole, qui en rentrant chez lui entend « la musique et les danses » (Lc 15,25) ? La célébration en musique de son frère perdu et retrouvé ne semble pas apaiser sa colère …

P. François Lestang, docteur en Écriture Sainte. Enseignant à la faculté de théologie de l’Université catholique de Lyon et à l’Institut de théologie des Dombes.

1.Cf. François Lestang, Ce que dit la Bible sur le chant (Bruyères-le-Châtel, Nouvelle Cité 2015).

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