La liturgie, école de sainteté

théologie

Un peu de théologie, L’Oasis n°9 : Tous saints !

La liturgie et particulièrement la messe peuvent être considérées comme le lieu où l’on apprend à devenir saints.

Il est possible que nous ne percevions pas, de prime abord, le lien intime entre liturgie et sainteté : nous associons aisément cette dernière à une vie de charité et de prière, mais il n’est pas certain que nous voyions comment cela est connecté à la vie cultuelle chrétienne.

Appelés à devenir saints

La première fonction de la liturgie est de faire écouter la Parole de Dieu. Or celle-ci ne cesse de faire résonner à nos oreilles cet appel : « Vous vous sanctifierez et vous serez saints car moi, je suis saint. » (Lv 11, 44 ; 19, 2 ; 20, 26 ; 1 P 1, 15). Jésus en précise le sens : « Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait » (Mt 5, 48) et « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » (Lc 6, 36). L’enjeu de la sainteté est donc, dans la perfection de la miséricorde, de ressembler à Dieu. C’est d’ailleurs le projet initial du Créateur : « Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance » (Gn 1, 26). Nous comprenons bien que la sainteté consiste à devenir pleinement ce que nous sommes, enfants de Dieu. Et qu’elle n’est donc pas une option dans notre vie.

Face à cet appel à devenir saints, il y a deux tentations bien connues ! La première consiste à penser que Dieu nous en demande trop : nous sommes trop pécheurs pour pouvoir répondre à cet appel. C’est la tentation du découragement, de croire que l’on n’arrivera à rien, exprimée dès le début de la Bible par le serpent : « Alors, Dieu vous a vraiment dit : “Vous ne mangerez d’aucun arbre du jardin” ? » (Gn 3, 1) La seconde tentation consiste, au contraire, à penser que nous pourrions devenir saints par nous mêmes, par notre propre volonté et nos efforts. C’est la tentation orgueilleuse de se prendre pour Dieu, exprimée elle-aussi par le serpent :

« Vous ne mourrez pas ! Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et vous serez comme des dieux » (Gn 3, 4-5).

Sanctifiés

De ces deux tentations, la liturgie nous sauve, car elle ne cesse de nous montrer que la sainteté est à Dieu et vient de Dieu, et qu’il veut nous la donner gracieusement. Réentendons quelques expressions liturgiques : « Car toi seul es saint » (Gloria) ; « Toi qui es vraiment saint, toi qui es la source de toute sainteté » (Prière eucharistique n°2) ; « Tu es vraiment saint, Dieu de l´univers, et toute la création proclame ta louange, car c´est toi qui donnes la vie, c´est toi qui sanctifies toutes choses, par ton Fils, Jésus Christ, notre Seigneur, avec la puissance de l´Esprit Saint. » (Prière eucharistique n°3). Pour devenir saints, nous sommes sanctifiés par Dieu. C’est là toute la Bonne Nouvelle, la nouveauté de l’Évangile !

La sanctification est, avec la glorification de Dieu, l’un des motifs profonds de la liturgie. C’est ce qu’affirme le concile Vatican II : « C’est de la liturgie, et principalement de l’Eucharistie, comme d’une source, que la grâce découle en nous et qu’on obtient avec le maximum d’efficacité cette sanctification des hommes, et cette glorification de Dieu dans le Christ, que recherchent, comme leur fin, toutes les autres œuvres de l’Église. » (Sacrosanctum Concilium n°10). C’est ce que nous affirmons également au cours de la messe : nous prions ensemble et nous offrons le sacrifice de toute l’Église « pour la gloire de Dieu et le salut du monde ». Le salut du monde, c’est la sanctification, car celle-ci nous sauve du péché, de l’orgueil et du désespoir, et en fin de compte de la mort, de la séparation d’avec le Dieu vivant.

Dans l’unité du Saint-Esprit

La liturgie nous propose donc de recevoir la sainteté comme un don du Père, par le Fils, dans l’Esprit Saint. Il est intéressant de noter que, dans la liturgie, le mot « saint » est le plus souvent associé à la personne de l’Esprit. C’est lui l’artisan ultime de notre sanctification. Nous avons été baptisés « au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit ». Quel est le rôle spécifique de l’Esprit ? Établir l’unité : c’est lui qui unit le Père et le Fils (« Le Père et moi, nous sommes UN » (Jn 10, 30) et c’est lui qui nous unit les uns aux autres dans sa sainteté. C’est ce que demande Jésus pour nous : « Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. » (Jn 17, 21). C’est ce qui se réalise dans la liturgie : « nous te supplions de consacrer toi-même les offrandes que nous apportons : Sanctifie-les par ton Esprit pour qu’elles deviennent le corps et le sang de ton Fils, Jésus-Christ, notre Seigneur… quand nous serons nourris de son corps et de son sang et remplis de l´Esprit Saint, accorde-nous d´être un seul corps et un seul esprit dans le Christ. » (Prière eucharistique n°3).

Car nous ne pouvons être « saint tout seul », comme nous le rappelle le pape François : « L’Esprit Saint répand la sainteté partout, dans le saint peuple fidèle de Dieu, car le bon vouloir de Dieu a été que les hommes ne reçoivent pas la sanctification et le salut séparément, hors de tout lien mutuel ; il a voulu en faire un peuple qui le connaîtrait selon la vérité et le servirait dans la sainteté » (La joie et l’allégresse n°6).

Quelle est alors notre responsabilité de chrétiens ? Que faut-il faire pour devenir saints ? Nous ouvrir au don de Dieu, à son projet de rassembler dans l’unité ses enfants dispersés. La liturgie est une école qui nous apprend à nous rendre disponibles à l’œuvre de Dieu en nous. Ne l’oublions pas dans nos propositions pour initier les adultes ou les enfants à l’eucharistie ! Pensons-y aussi dans nos relectures personnelles de vie : la messe nous forme à la sainteté.

Père Arnaud Toury, délégué à la Pastorale Liturgique et Sacramentelle du diocèse de Reims et prêtre accompagnateur du Service diocésain de la Catéchèse de l’enfance

1 – Cf. François Lestang, Ce que dit la Bible sur le chant (Bruyères-le-Châtel, Nouvelle Cité 2015).

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