« Évangéliser la culture » : 3 questions au Père François Bousquet

colloque ISPC mars 2013

Du 5 au 8 mars 2013, le colloque de l’Institut Supérieur de Pastorale Catéchétique de Paris rassemblait plus de 300 participants autour du thème « La catéchèse, au service de la nouvelle évangélisation ». Rencontre avec quelques intervenants.

Trois questions … au Père François Bousquet

F. Bousquet

Le père François Bousquet est professeur honoraire au Theologicum, et recteur de Saint-Louis des Français, à Rome. Il est intervenu au colloque de l’ISPC autour du terme « Évangéliser la culture », sur cette ambitieuse question : Que veut dire évangéliser dans une société où le christianisme est, comme on dit, exculturé ? La foi a-t-elle des ressources pour affronter cela ?

Que signifie « évangéliser la culture » ?

Les deux termes doivent être précisés.

Évangéliser

« Évangéliser » : partons d’une définition très simple, c’est annoncer la Bonne Nouvelle du salut pour tous en Jésus-Christ. Chaque terme mériterait explicitation. (Ndlr : les actes du Colloque les préciseront).

Culture

Et « culture ». Écartons le terme des Lumières, où l’homme cultivé s’oppose au sauvage. L’autre définition est celle-ci : la culture est l’ensemble des médiations qui permettent d’humaniser la nature, et qui intègrent l’homme à des groupes différenciés dans l’invention et l’usage de ces médiations, ce que l’on appelle alors au pluriel les cultures. Il ne s’agit plus d’excellence, mais d’intégration. Outre les pratiques sociales relatives au corps (la nourriture, le vêtement, la naissance, le mariage et la mort, et la langue évidemment), nous devons ajouter tout ce qui concerne la sociabilité ou les rites sociaux : l’économie, la guerre, le sport, les rites initiatiques et les rites de réconciliation. Enfin on ne peut oublier tout ce qui concerne la créativité plus gratuite, avec les arts et en particulier la musique.

Dans quelle mesure cette évangélisation de la culture peut-elle s’opérer ?

Les conditions de l’évangélisation font partie de l’évangélisation. On l’a dit : le travail du semeur a commencé quand il prépare le terrain. Les catéchètes, les missionnaires, les prédicateurs de la Parole verront le fruit de leurs efforts quand les conversions nécessaires et progressives, non seulement des cœurs, mais des structures porteuses de l’humain, permettront l’accès à la reconnaissance de la foi, pour nommer Celui qui vient à notre rencontre, et dont l’Esprit travaille déjà le cœur de ceux qui cherchent Dieu dans la dignité et la noblesse de l’humain.

Évangéliser, dans le concret, c’est changer l’Esprit de ce qui se vit, proposer une manière de faire et de vivre qui soient davantage évangélique. La métanoia, le retournement, la conversion, peut bien être progressive, graduée : tout ce qui va dans cette direction appartient à l’évangélisation. Aussi cela concerne le corps, puis les modes de sociabilité ou les rites sociaux, et enfin la créativité, sans oublier la mémoire, l’imaginaire, et la communication.

Les points d’appui existent-ils encore dans notre société ?

Un christianisme exculturé, cela voudrait dire qu’on a perdu les points d’appui, issus d’une longue inculturation, ce qui rend nécessaire l’appel à une nouvelle évangélisation. Certes on peut faire le constat d’une rupture de transmission, mais le sol de la culture n’est pas si mou que cela. D’où l’urgence d’être présents dans la culture, avec empathie et avec discernement, et d’une manière qui fasse signe. L’évangélisation d’une culture peut être dite réussie quand les symboles et récits chrétiens ne sont pas une vitrine de produits exotiques, mais permettent d’habiter ensemble cette culture en étant des signes harmonieux et dynamiques d’une reconnaissance et d’un accueil mutuel entre humains. Il faut redire à ce propos l’importance de la liturgie. Car c’est la pratique simultanée des sacrements, de l’annonce, et du travail du terrain, qui permet d’endurer la tension salubre entre présent immédiat et avenir durable, et la tension entre le prochain et le global.

Confiance, présence, patience. Il y a dans les Églises particulières au plus près des cultures qui sont les leurs, comme dans l’Église universelle, les ressources de la foi pour s’attacher non seulement à la figuration de l’humain, mais à sa transfiguration

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