L’Église comme famille de Dieu et ses exigences

Intervention du père P. Paulin Poucouta, prêtre du diocèse de Pointe-Noire au Congo, enseignant à l’Université Catholique d’Afrique Centrale à Yaoundé, lors de la session de formation « L’Église famille : une force pour notre mission en catéchèse et catéchuménat » à la Conférence des évêques de France (janvier 2019).

Intervention du père P. Paulin Poucouta, prêtre du diocèse de Pointe-Noire au Congo, enseignant à l’Université Catholique d’Afrique Centrale à Yaoundé, lors de la session de formation « L’Église famille : une force pour notre mission en catéchèse et catéchuménat » à la Conférence des évêques de France (janvier 2019).

Intervention du P. Paulin Poucouta, prêtre du diocèse de Pointe-Noire au Congo, enseignant à l’Université Catholique d’Afrique Centrale à Yaoundé, docteur en théologie biblique de l’Institut Catholique de Paris, docteur en histoire des Religions de la Sorbonne (Paris IV) lors de la session de formation « L’Église famille : une force pour notre mission en catéchèse et catéchuménat » à la Conférence des évêques de France en janvier 2019.

Notre mission de responsables diocésains en catéchèse et en catéchuménat nous fait vivre une expérience ecclésiale exaltante, mais aussi traversée par des difficultés. Nous y découvrons alors l’Église comme une famille, avec ses hauts et ses bas.

Mais peut-on parler d’une ecclésiologie d’Église famille ? Quels sont les textes du Magistère qui l’attestent ? Quelles en sont les exigences et les stimulations pour notre mission de catéchètes et d’accompagnateurs, particulièrement dans nos moments de difficultés et de fragilité ?

Nous nous proposons de répondre à ces questions en quatre étapes.

Après avoir précisé le sens de l’expression famille de Dieu, nous parlerons tour à tour de l’Église famille de Dieu dans Vatican II et après le concile avant d’aborder l’ecclésiologie de l’Église communion liée à celle de l’Église-famille. En conclusion, nous nous poserons la question suivante : comment l’écclésiologie d’Église famille de Dieu nous provoque-t-elle à vivre notre mission de catéchistes et d’animateurs ?

1. De la Famille à l’Église famille de Dieu

a) La famille

Les différents sciences humaines parlent de la famille, chacune selon son domaine. Ainsi, les psychanalystes trouvent l’origine de la famille dans les sentiments sexuels. Les historiens des religions, eux, la trouvent dans le culte de la fertilité. Quant aux anthropologues, ils considèrent la famille comme la cellule la plus fondamentale des groupes sociaux. En effet, la famille est le socle social, économique, juridique, et religieux de la vie d’un peuple.

La famille est le lieu où l’on apprend à vivre ensemble de manière harmonieuse, entre générations, dans la diversité de nos rôles et de nos tempéraments. Dans la famille, on s’éduque à l’honnêteté et au travail, à l’audace et à la modestie, à la créativité et à la générosité. Tous sont unis par les mêmes liens d’affection. Voici ce qu’en dit le pape Benoît XVI :

« Dans une saine vie familiale, on fait l’expérience de certaines composantes fondamentales de la paix : la justice et l’amour entre frères et sœurs, la fonction d’autorité manifestée par les parents, le service affectueux envers les membres les plus faibles parce que petits, malades ou âgés, l’aide mutuelle devant les nécessités de la vie, la disponibilité à accueillir l’autre et, si nécessaire, à lui pardonner. C’est pourquoi, la famille est la première et irremplaçable éducatrice à la paix »1.

b) La famille comme Église domestique

Le premier souci des Apôtres fut de former des communautés chrétiennes. Or, l’évangélisation touche, certes, des personnes isolées, mais aussi et surtout les familles. Celles-ci deviennent des Églises domestiques. Ainsi, le couple Prisca et Aquila est complètement consacré à l’évangile (Ac 17, 16-34). Il accueille les missionnaires itinérants. Il collabore à la mission de Paul et d’Apollos. La communauté se réunit chez lui. À Jérusalem, la famille de Marie, la mère de Jean Marc à Jérusalem (12, 12) accueillait également la communauté chrétienne. C’est certainement là que le jeune Jean-Marc mûrit sa foi et son engagement au service de la mission.

Ces Églises domestiques sont des espaces de retrouvailles fraternelles, de convivialité, mais surtout de prière et de partage. Ce sont de véritables centres de diffusion de l’Évangile, avec la participation active de toutes les familles. Les Églises domestiquent réalisent ainsi la mission évangélisatrice de tout chrétien par les actes et par la parole.

c) La famille comme communauté spirituelle

En prenant chair dans une famille, Jésus consacre la famille humaine. Pourtant, les communautés chrétiennes constituent de nouvelles familles aux liens plus forts que ceux d’une famille de sang, parce que fondés dans l’Esprit du Christ : « Qui est ma mère, et qui sont mes frères » ? (Mt 12, 48). Il s’agit alors d’une famille spirituelle. Celle que vont incarner les chrétiens qui s’appellent et se considèrent comme des frères d’une même famille. Celle des diverses communautés religieuses qui constituent de nouvelles familles. Ainsi, dans les monastères, les responsables sont comme des Pères dont les moines sont les fils.

d) La famille de Dieu

L’Église est une réalité aux multiples visages. C’est pourquoi, pour dire la réalité de l’Église, s’appuyant sur la Bible et la tradition, le Concile Vatican II utilise les images comme Corps mystique, Peuple de Dieu, temple de l’Esprit, troupeau et bercail, maison où Dieu demeure avec les hommes, l’épouse du Christ et notre mère, cité sainte et prémices du Royaume à venir.

L’image de l’Église Famille de Dieu comme telle est absente de la Bible et de la tradition patristique. Elle sera employée, pour la première fois dans les schémas préparatoires de la Constitution dogmatique Lumen Gentium, où il a été, après maintes explications sur ses fondements bibliques et anthropologiques, ajouté au nombre des images classiques de l’Église. Pour cette raison, nous devons nous appesantir sur Vatican II.

2. L’Église famille de Dieu dans Vatican II2

a) La famille de Dieu dans Lumen Gentium (6, 28, 28, 32, 51)

Dans la Constitution Lumen Gentium, l’expression Église famille de Dieu n’est utilisée qu’à 5 reprises, moins que l’image du Corps du Christ et de peuple de Dieu. Néanmoins, l’image contribue à traduire la nature et la vocation de l’Église. Elle permet de souligner l’égalité fondamentale entre tous les enfants de Dieu. Tous sont membres d’une même famille et ont tous la même dignité, quel que soit le ministère qu’ils assument dans l’Église. Ils ont tous la même vocation à la sainteté qui s’enracine dans leur baptême reçu en Jésus mort et ressuscité et dans l’Esprit. Enfants d’un même père, les chrétiens sont soudés par l’amour :

« En effet lorsque la charité mutuelle et la louange unanime de la Très Sainte Trinité nous font communier les uns aux autres, nous tous, fils de Dieu qui ne faisons dans le Christ qu’une seule famille (cf. He 3,6), nous répondons à la vocation profonde de l’Église, et nous prenons par avance une part déjà savoureuse à la liturgie de la gloire parfaite. A l’heure où le Christ apparaîtra, quand se réalisera la glorieuse résurrection des morts, la clarté de Dieu illuminera la Cité céleste et l’Agneau sera son flambeau (cf. Ap 21,24). Alors l’Église des saints tout entière, dans la joie suprême de la charité, adorera Dieu et « l’Agneau qui a été égorgé » (Ap 5,12), proclamant d’une seule voix : « À celui qui siège sur le trône et à l’Agneau, louange, honneur, gloire et domination dans les siècles des siècles » (Ap 5,13-14) » (Lumen Gentium, 51).

b) Église famille de Dieu dans Gaudium et Spes (32, 32, 40, 42, 43, 50, 92)

En reprenant l’image d’Église famille de Dieu, à côté d’autres figures ecclésiales, la constitution Gaudium et Spes présente la mission de l’Église Famille dans le monde de ce temps, être le sacrement, c’est-à-dire le signe visible et le ferment du rassemblement des hommes et les femmes de ce monde en une famille, la famille des enfants de Dieu. En fait, la mission de l’Église est de concrétiser celle du Christ qui est mort « pour rassembler dans l’unité tous les enfants de Dieu dispersés » (Jn 11,) :

« Comme de plus, de par sa mission et sa nature, l’Église n’est liée à aucune forme particulière de culture, ni à aucun système politique, économique ou social, par cette universalité même, l’Église peut être un lien très étroit entre les différentes communautés humaines et entre les différentes nations, pourvu qu’elles lui fassent confiance et lui reconnaissent en fait une authentique liberté pour l’accomplissement de sa mission. C’est pourquoi l’Église avertit ses fils, et même tous les hommes, qu’il leur faut dépasser, dans cet esprit de la famille des enfants de Dieu, toutes les dissensions entre nations et entre races et consolider de l’intérieur les légitimes associations humaines » (GS 42).

c) Église – Famille dans les autres documents conciliaires

En dehors de ces deux constitutions pré-citées, la formule Église famille de Dieu revient, quoique très modestement dans d’autres documents conciliaires. Ainsi, dans le décret sur l’œcuménisme, le concile Vatican II insiste sur l’amour et l’unité entre tous les chrétiens, unité voulue par le Christ, enracinée dans les apôtres. Les disciples du Christ doivent s’aimer et s’unir parce qu’ils sont membres d’une seule et même famille (1) :

« Par la fidèle prédication de l’Évangile (par l’administration des sacrements et par le gouvernement dans l’amour), accomplis par les apôtres et leurs successeurs, c’est-à-dire les évêques ayant à leur tête le successeur de Pierre, Jésus Christ veut que son peuple s’accroisse sous l’action du Saint-Esprit, et il accomplit la communion dans l’unité dans la profession d’une seule foi, dans la célébration commune du culte divin, dans la concorde fraternelle de la famille de Dieu ».

Outre l’unité et la communion entre Églises chrétiennes, le concile se soucie également de l’unité et de la communion entre catholiques, dont les laïcs doivent être les acteurs. C’est que dit le décret sur l’apostolat des laïcs (8) :

« De cette loi de l’amour du prochain, le Christ a fait son commandement personnel. Il l’a enrichi d’un sens nouveau quand il voulut, s’identifiant à ses frères, être l’objet de cette charité disant : ‘’Dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait‘’ (Mt 25, 40). En assumant la nature humaine c’est toute l’humanité qu’il s’est unie par une solidarité surnaturelle qui en fait une seule famille ; il a fait de la charité le signe de ses disciples, par ces paroles : « À ceci tous vous reconnaîtront pour mes disciples : à cet amour que vous aurez les uns pour les autres » (Jn 13, 35) » (8).

Le décret Ad Gentes rappelle la portée ecclésiologique et christologique de la mission vers les Nations, qui n’est pas une conquête. Mais, à la suite du Christ il s’agit de la transformation du monde et de l’humanité en une seule famille :

« Mais dans l’ordre actuel des choses, dont découlent de nouvelles conditions pour l’humanité, l’Église, sel de la terre et lumière du monde (cf. Mt 5, 13-14), est appelée de façon plus pressante à sauver et à rénover toute créature, afin que tout soit restauré dans le Christ, et qu’en lui les hommes constituent une seule famille et un seul Peuple de Dieu » (Ad Gentes, 1).

Enfin, les décrets sur le ministère des Prêtres et des évêques, reprenant Lumen Gentium (28) invitent les pasteurs à rassembler le peuple qui leur est confié en famille de Dieu, en la conduisant vers le Père par le Christ, dans la communion de l’Esprit :

« Exerçant, pour la part d’autorité qui est la leur, la charge du Christ Tête et Pasteur, les prêtres, au nom de l’évêque, rassemblent la famille de Dieu, fraternité qui n’a qu’une âme, et par le Christ dans l’Esprit, ils la conduisent à Dieu le Père. Pour exercer ce ministère, comme pour les autres fonctions du prêtre, ils reçoivent un pouvoir spirituel, qui leur est donné pour l’édification de l’Église » (6).

3. L’Église famille de Dieu après Vatican II

a) L’Église Famille de Dieu dans le Catéchisme de l’Église catholique

Reprenant Lumen Gentium, le Catéchisme de l’Église catholique nous rappelle que disciples du Christ, les chrétiens forment la famille de Dieu, enracinés dans la communion trinitaire (759, 959). S’inspirant de Gaudium et Spes, le n° 854 du catéchisme rappelle que l’Église est l’âme de la société humaine appelée à être renouvelée dans le Christ et transformée en famille de Dieu.

Enfin, le n° 2233 aborde le thème de notre session : « Devenir disciple de Jésus, c’est accepter l’invitation d’appartenir à la famille de Dieu, de vivre en conformité avec sa manière de vivre :  » Quiconque fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux, celui-là est mon frère et ma sœur, et ma mère  » (Mt 12, 49) ».

b) L’Église famille de Dieu dans Ecclesia in Africa

S’inspirant du Concile Vatican, le premier synode de l’Église sur l’Afrique tenu en 1994, a repris l’enseignement de Vatican II sur Église famille, en lui donnant plus d’ampleur et d’application (GS 40, LG 6) et en soulignant les exigences éthiques comme l’attention à l’autre, la solidarité, la chaleur des relations, l’accueil, le dialogue et la confiance :

  1. Non seulement le Synode a parlé de l’inculturation, mais il l’a appliquée en prenant, pour l’évangélisation de l’Afrique, l’idée-force de l’Église Famille de Dieu (LG 6). Les Pères y ont vu une expression particulièrement appropriée de la nature de l’Église pour l’Afrique. L’image, en effet, met l’accent sur l’attention à l’autre, la solidarité, la chaleur des relations, l’accueil, le dialogue et la confiance. La nouvelle évangélisation visera donc à édifier l’Église Famille, en excluant tout ethnocentrisme et tout particularisme excessif, en prônant la réconciliation et une vraie communion entre les différentes ethnies, en favorisant la solidarité et le partage en ce qui concerne le personnel et les ressources entre Églises particulières, sans considérations indues d’ordre ethnique.

c) L’Église Famille de Dieu dans les exhortations sur la famille

L’Exhortation apostolique de Jean Paul II Familiaris consortio (Documentation Catholique 1982, 1-37) s’inspire abondamment de Lumen Gentium. Mais on n’y trouve pas l’expression Église famille de Dieu.

De même, la récente exhortation post-synodale La joie d’aimer ne comporte pas la formule L’Église famille de Dieu. Néanmoins, le paragraphe 67, qui s’inspire abondamment des documents conciliaires se termine ainsi : « L’Église, pour comprendre pleinement son mystère, regarde la famille humaine qui le manifeste d’une façon authentique ».

4. L’Église famille de Dieu et l’ecclésiologie de communion

a) Ecclésiologie de communion chez les Pères de l’Église

Chez les Pères de l’Église, nous ne trouvons pas l’expression Église famille de Dieu. Pour eux, la famille nouvelle que Jésus inaugure entend se démarquer des structures familiales grecques et juives de son époque, souvent marquées par l’autoritarisme et les inégalités. Jésus fonde une famille dont Dieu est l’unique Père pour tous. C’est pourquoi, l’Église et la famille doivent se convertir à la communion.

Cette communion se traduit par l’égalité, l’unité, la solidarité, mais aussi par la complémentarité entre l’homme et la femme. Dans la famille comme dans l’Église, la communion est douceur, respect, modestie, bienveillance et joie. Elle s’enracine dans le partage de la Parole de Dieu, la prière, la générosité et dans la présence du Christ.

b) La communion dans Vatican II

Mais, même s’ils n’utilisent pas l’image d’Église Famille de Dieu, des Pères de l’Église, comme Chrysostome et Augustin, ont influencé l’ecclésiologie du Concile Vatican II, qui essentiellement une ecclésiologie de communion.

En effet, pour le pape Jean XXIII, l’enjeu essentiel du concile Vatican II, était de donner un nouveau souffle à l’Église, par une prise de conscience plus exigeante et plus claire de son mystère, c’est-à-dire de sa nature et de sa mission dans le monde d’aujourd’hui. Vatican II propose une ecclésiologie de communion. L’Église, peuple de Dieu, n’est pas une entreprise, mais une communion, dans sa nature et dans sa mission. Son organisation est au service de la communion qui se traduit par l’amour, la fraternité et l’unité. Les divers ministères dans l’Église, cléricaux ou laïcs, sont au service de la communion. La parole de Dieu, la prière et les sacrements nourrissent cette communion, comme on le voit de manière idéale dans la première communauté chrétienne que Luc nous présente de manière idéale (Cf. Ac 2, 42).

c) Ecclésiologie de communion et Trinité

La communion ecclésiale va plus loin que la convivialité, la sympathie ou l’empathie. Elle s’enracine dans les trois personnes de la Trinité : le Père, le Fils et l’Esprit Saint. Les chrétiens n’ont-ils pas été baptisés au nom du Père, du Fils et de l’Esprit Saint ? Le credo chrétien, n’est-il pas trinitaire ?

De manière analogique, l’image de la famille contribue à une meilleure compréhension de l’unité et de la communion entre Dieu le Père, le Fils, et tous les frères de la famille divine dans l’Esprit. Elle permet de dire la Trinité comme Dieu-famille. Alors, le même amour qui circule entre la famille trinitaire est celui qui innerve entre les membres de la famille-Église.

Alors, Famille de Dieu enracinée dans la Trinité, l’Église assume mais dépasse les diversités de ministères, d’origine, de sexe, de sensibilité, de tempérament…Elle s’étend à la dimension de l’humanité et du cosmos. De même, elle ouvre à l’éternité de Dieu. Cette dimension eschatologique n’est pas du tout une fuite du présent. Au contraire, elle nous engage beaucoup plus puisque nos actes anodins et quotidiens ont une dimension d’éternité :

« En effet lorsque la charité mutuelle et la louange unanime de la Très Sainte Trinité nous font communier les uns aux autres, nous tous, fils de Dieu qui ne faisons dans le Christ qu’une seule famille (cf. He 3,6), nous répondons à la vocation profonde de l’Église, et nous prenons par avance une part déjà savoureuse à la liturgie de la gloire parfaite. À l’heure où le Christ apparaîtra, quand se réalisera la glorieuse résurrection des morts, la clarté de Dieu illuminera la Cité céleste et l’Agneau sera son flambeau (cf. Ap 21,24). Alors l’Église des saints tout entière, dans la joie suprême de la charité, adorera Dieu et « l’Agneau qui a été égorgé » (Ap 5,12), proclamant d’une seule voix : « À celui qui siège sur le trône et à l’Agneau, louange, honneur, gloire et domination dans les siècles des siècles » (Ap 5,13-14) ». (LG, 51).

5. Conclusion : vivre en Église Famille de Dieu

a) De l’Église domestique à l’Église famille de Dieu

Ainsi, l’image de l’Église famille est rare dans les documents du Magistère. On y parle souvent plus de l’Église domestique. Ici, on invite la famille à être le signe vivant de l’Église.

Par contre, l’expression Église famille nous rappelle que l’Église est comme une famille, une communauté composée de personnes diverses, avec leurs forces mais aussi leurs fragilités. Elle doit témoigner de la joie et des vertus qui caractérisent une famille, mais une famille enracinée dans la trinité et dilatée à la dimension de l’humanité, du cosmos et de l’eschatologie.

b) L’Église famille de Dieu en mission

C’est au cœur de cette famille Église qui est essentiellement communion que nous vivons nos différents ministères de catéchistes et d’accompagnateurs. En effet, par notre vocation baptismale commune, nous sommes tous consacrés prêtres, rois et prophètes. Prêtres pour intercéder pour nous-mêmes et pour les autres. Prophètes pour annoncer, proclamer la Parole de Dieu. Rois pour servir et donner notre vie pour le Christ et les autres.

Alors, comme le dit avec insistance le Concile Vatican II, notre mission de catéchistes est essentiellement une mission de communion. En ce sens, la relecture de notre mission ne porte pas d’abord sur son efficacité mais sur la communion dont nous sommes les sacrements, c’est-à-dire les témoins et les facteurs.

c) Les exigences du vivre en Église famille de Dieu (Mt 18)

Mais, que signifie concrètement cette communion ? Nous pouvons nous inspirer des Pères de l’Église. Ce sont en même temps de brillants intellectuels, de grands pasteurs et des hommes de foi. Beaucoup s’inspirent du discours ecclésiastique de Jésus en Mt 18 pour proposer six exigences fondamentales pour vivre concrètement la communion et la mission en Église Famille de Dieu : simplicité et service (Mt 18, 1-4), entraide à la conversion (Mt 18, 5-11), souci des autres (Mt 18, 12-14), correction fraternelle (Mt 18, 15-17), prière communautaire (Mt 18, 19-20), et pardon (Mt 18, 21-35).

P. Paulin Poucouta, prêtre du diocèse de Pointe-Noire au Congo, enseignant à l’Université Catholique d’Afrique Centrale à Yaoundé, docteur en théologie biblique de l’Institut Catholique de Paris, docteur en histoire des Religions de la Sorbonne (Paris IV).

 

1. Benoît XVI, Message pour la Journée mondiale de la Paix 2008, DC 2393 (2008), p. 3.

2. Cf. Francis Appiah-Kubi, L’Eglise famille de Dieu, Paris, Karthala, 2008.

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