La foi chrétienne au défi de l’islam : comprendre et trouver les mots

Lyon 2018 intervention C Hamza« Si l’on parle de Dieu en Europe et en France aujourd’hui, c’est grâce (certains diraient à cause) des musulmans » disait le cardinal Tauran lors d’une interview. L’islam vient donc nous interpeller, nous convoquer dans notre foi chrétienne. Il nous faut donc d’une part comprendre ce qu’est la foi musulmane, et les questions qu’elle nous pose et trouver les mots pour dire et témoigner de notre propre foi. C’est le défi qui nous est lancé aujourd’hui.

Foi musulmane et foi chrétienne au défi :

Comprendre la foi musulmane et ses questions posées au christianisme :

Dieu un et trine :

La question qui surgit le plus souvent de la part de chrétiens à propos des musulmans est « avons-nous le même Dieu ? »

La question est piégée dans la mesure où le terme même signifie parfois un et parfois deux.

Y aurait-il deux dieux alors que nous confessons les uns et les autres le Dieu unique ?

Lorsqu’il aborde cette question, le Concile Vatican II n’emploie pas la formule du « même Dieu ». La Constitution dogmatique Lumen Gentium parle des « musulmans qui, professant avoir la foi d’Abraham, adorent avec nous le Dieu unique, miséricordieux, futur des hommes au dernier jour 1».

Nous confessons et adorons donc les uns et les autres le Dieu unique, même si nous ne le faisons pas de la même manière et si notre conception, compréhension de l’Unique ou de l’unicité diffère.

La foi musulmane se reçoit d’un Dieu qui parle, qui a parlé à un homme, considéré comme prophète, comme il a parlé à des prophètes antérieurement. Un Dieu qui révèle sa voie, sa Loi, à travers des signes dans deux livres, celui entre « deux reliures », le Coran et celui de la nature, de la création. Mais ce Dieu ne donne pas accès à ce qu’il est lui-même, il ne se révèle pas.

Ce Dieu Un de l’islam qui révèle sa voie est le Tout-Autre absolument, transcendant, inaccessible, incomparable. Sa transcendance ainsi proclamée, dit son altérité absolue plus que son éloignement, car on peut lire dans le Coran qu’ « Il est plus proche de vous que votre veine jugulaire.2 » Il est le Dieu plus grand, Allah Akbar, sans partage, sans comparaison, tout en étant le miséricordieux.

 

Le Dieu confessé par les musulmans, à la volonté duquel ils se remettent, se soumettent selon le sens du terme islam, est celui que chante le vieil hymne de la liturgie des Heures : « Toi l’au-delà de tout nous ne pouvons que t’appeler l’inconnaissable ».

Les musulmans professent un monothéisme radical dans le contexte du polythéisme de l’Arabie, au moment de la naissance de l’islam, au VII° siècle de notre ère. Comme pour le judaïsme naissant l’enjeu est la lutte contre les idoles « ouvrages de mains humaines » comme le chante le psaume.

C’est dans ce contexte qu’il faut entendre la sourate 112 : « Dis « Lui Dieu est Un l’Unique ou l’impénétrable ! Il n’engendre pas ; il n’est pas engendré ».

Ce sont les dieux et déesses adorées à La Mecque qui sont ici visés.

Mais à nos oreilles chrétiennes cela résonne de manière particulière … « Il n’engendre pas…il n’est pas engendré ».

Dans les polémiques qui se développeront au Moyen âge, cette sourate sera utilisée pour mettre en doute le monothéisme chrétien.

« Ne dites pas trois, cessez de le faire, ce sera mieux pour vous. Dieu est unique ! Gloire à Lui !

Comment aurait-il un fils ? 3 » peut-on lire dans le Coran. Comment aurait-il un fils ? La question est posée à notre foi ? Et il nous faut en rendre compte. Que signifie engendrer ?

Dans la conception musulmane il s’agit d’un engendrement charnel, inaudible pour la sainteté et la grandeur d’un Dieu qui ne peut en aucun cas se mêler à la nature humaine !

Si dans le Coran, Jésus est appelé « Verbe de Dieu jeté en Marie, un esprit émanant de lui.4», comme on peut le lire dans la Sourate 4, cela ne signifie pas qu’il est Fils de Dieu.

Il est prophète de Dieu, crée de manière miraculeuse selon la volonté de Dieu pas sa parole créatrice, comme Adam l’a été. Il n’est qu’un être humain, une créature, au destin certes éblouissant, prophète, messie, verbe de Dieu, qui fait des miracles, sceau de la sainteté. Selon le Coran Jésus n’est pas mort en croix car Dieu ne peut laisser mourir son prophète de manière ignominieuse, mais a été élevé à Lui comme le rapporte la sourate 4 : « Ils ne l’ont pas tué, ils ne l’ont pas crucifié » (…) mais Dieu l’a élevé à Lui : Dieu est puissant et juste.5 »

Malgré la place éminente qu’il tient dans l’islam, Jésus ne peut être l’égal de l’Unique, du Dieu plus grand. Car comment dire du Messie qu’il est à la fois un être humain qui mène une vie très ordinaire, charnelle, et qu’il est Dieu ?

« Lui conférer un attribut de l’ordre humain écrit Karima Berger en parlant de Dieu, serait une tentative de réduire l’écart, la puissance, le mystère. En telle représentation y-a-t-il encore de l’autre ? 6 »

Le Coran vient heurter, blesser mais aussi questionner la foi chrétienne dans ses fondements même, l’Incarnation, la Rédemption par la Croix, et la foi en un Dieu Un, qui est Père, Fils et Esprit.

 

Ainsi peut-on lire dans le Coran : « Dieu dit à Jésus, fils de Marie : « Est-ce toi qui as dit aux hommes : considérez-moi, ainsi que ma mère, comme deux divinités en dehors de Dieu ? 7 » ou encore : « Ceux qui disent que Dieu est en vérité le troisième de trois sont impies.8 »

Comment recevoir aujourd’hui, entendre ce questionnement ? Comment répondre à ce qui est une déformation de la foi chrétienne ? Comment être attentif et purifier nos manières de croire, nos dévotions ?

Il est important de situer ce que l’on peut lire d’un certain christianisme, dans le Coran, en écho aux débats des conciles des premiers siècles sur la nature du Christ, la place de Marie comme Théotokos, mère de Dieu. Les communautés chrétiennes présentes en Arabie à l’époque de la naissance de l’islam sont issues des hérésies combattues par ces conciles. Le christianisme dont le Coran se fait l’écho est le reflet des divisions chrétiennes et des dérives hérétiques. Le Coran ne rend pas compte de la foi chrétienne telle que nous la professons.

Mais qu’est-ce que le Coran ?

Le statut de la Parole/Coran et la falsification des Écritures :

Le Coran est considéré par les musulmans comme « la Parole » de Dieu révélée au prophète Mohammed.[…]

Trouver les mots pour dire sa foi :

Face aux questions posées par le Coran lui-même, reprises par les musulmans que nous rencontrons, nous ne pouvons-nous contenter de professer des dogmes, de réciter le catéchisme de l’Église catholique ou de nous réfugier derrière le mystère.[…]

  • Une foi en actes ou le témoignage de vie :
  • Une foi qui s’énonce ou s’annonce … en mots …

Quelques questions posées à l’islam aujourd’hui:

Le statut de la femme

La violence

Conversion, apostasie et liberté de conscience

Sœur Colette Hamza, service des relations avec les musulmans

1 Concile Vatican II, Constitution dogmatique Lumen Gentium N°16

2 Sourate 18,16 2

3 Sourate 4, 171

4 Sourate 4,171

5 Sourate 4,157-158

6 Karima Berger, Les Attentives, un dialogue avec Etty Hilesum, Albin Michel, Paris 2014

7 Sourate 5,116

8 Sourate 5,73

Approfondir votre lecture

  • 7 avril 2012 : Vigiles Pascales avec Mgr Yves PATENÔTRE, archevêque de Sens, évêque d'Auxerre, à l'église Notre-Dame au Chemin Neuf, à Paron (89), France.

    Les fondamentaux de la foi : au cœur de la veillée pascale

    Pour réfléchir ensemble aux fondamentaux de la foi, nous avons choisi de partir de la veillée pascale, mais nous aurions pu prendre l’ensemble du triduum pascal, parce que cela nous place au cœur de la foi chrétienne, à sa source, au lieu de naissance du Credo baptismal. La veillée pascale est le lieu de naissance des confessions de foi, c’est le cœur de ce que nous célébrons.

  • Lyon judaisme

    Je ne suis pas venu abolir mais accomplir : les racines juives du christianisme

    Intervention du Frère Louis-Marie Coudray, responsable du Service national pour les relations avec le judaïsme, lors de la session à Lyon, Affirmer sa foi dans un monde pluri-religieux. Moine bénédictin olivétain, il a passé trente-cinq ans au Monastère d’Abu Gosh en Israël.