Le feu de l’Esprit : la première annonce et le kérygme dans « La Joie de l’évangile »

« Aider à percevoir l’action de Dieu, ce don qui précède tous nos efforts et qui, grâce à l’Esprit Saint, permet de découvrir dans le visage de Jésus, le Fils de Dieu né, mort et ressuscité pour notre salut. »

Ce n’est pas un hasard si le pape François met la réflexion sur le kérygme et la Première Annonce au centre de son exhortation apostolique « La joie de l’évangile » : c’est le cœur battant de toute l’Eglise, le moteur qui doit donner vie à toute activité missionnaire, caritative et communautaire.

Le point de départ de cette réflexion est très important : « La première annonce doit donner lieu aussi à un chemin de formation et de maturation. L’évangélisation cherche aussi la croissance, ce qui implique de prendre très au sérieux chaque personne et le projet que le Seigneur a sur elle. » (EG 160)

Le Pape veut ainsi souligner que l’évangélisation et la catéchèse ne sont pas un simple chemin d’accompagnement qui laisse la personne dans la situation où elle se trouve. Dans le respect de la singularité et de la richesse de chaque parcours de foi, le catéchète doit tendre vers une «maturation», c’est-à-dire viser une croissance, une «conversion de vie», dans laquelle se réalise la parole de l’apôtre Paul : « Ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi » (Ga 2, 20). Il ne s’agit pas de transmettre une série de doctrines, mais d’aider à percevoir l’action de Dieu, ce don qui précède tous nos efforts et qui, grâce à l’Esprit Saint, permet de découvrir dans le visage de Jésus, le Fils de Dieu né, mort et ressuscité pour notre salut. C’est la logique d’une pédagogie d’initiation authentique, dont le vrai acteur est le Seigneur.

Nous appelons « pédagogie d’initiation » toute démarche qui travaille à rendre effective chez une personne l’accueil de Dieu qui attire à lui. (TNOC 1.3)

La Première Annonce et le kérygme se trouvent au cœur de l’activité évangélisatrice et on comprend ainsi le mot « première » au sens qualitatif : « quand nous disons que cette annonce est « la première », cela ne veut pas dire qu’elle se trouve au début et qu’après elle est oubliée ou remplacée par d’autres contenus qui la dépassent. Elle est première au sens qualitatif, parce qu’elle est l’annonce principale, celle que l’on doit toujours écouter de nouveau de différentes façons et que l’on doit toujours annoncer de nouveau durant la catéchèse sous une forme ou une autre, à toutes ses étapes et ses moments. Pour cela aussi le prêtre, comme l’Église, doit prendre de plus en plus conscience du besoin permanent qu’il a d’être évangélisé ». (EG 164)

La Première Annonce est alors une dynamique permanente qui est le fondement non seulement de toute activité évangélisatrice mais aussi l’annonce de la grâce et de la conversion primordiale de tout disciple, dans chaque moment de sa vie : « Toute la formation chrétienne est avant tout l’approfondissement du kérygme qui se fait chair toujours plus et toujours mieux, qui n’omet jamais d’éclairer l’engagement catéchétique, et qui permet de comprendre convenablement la signification de n’importe quel thème que l’on développe dans la catéchèse. C’est l’annonce qui correspond à la soif d’infini présente dans chaque cœur humain. » (EG 165)

Le Pape explique successivement quatre caractéristiques essentielles de la Première Annonce : « qu’elle exprime l’amour salvifique de Dieu préalable à l’obligation morale et religieuse, qu’elle n’impose pas la vérité et qu’elle fasse appel à la liberté, qu’elle possède certaines notes de joie, d’encouragement, de vitalité, et une harmonieuse synthèse qui ne réduise pas la prédication à quelques doctrines parfois plus philosophiques qu’évangéliques. » (EG 165)

Pour que le kérygme permanent de l’Eglise soit vraiment un « fondement », il doit afficher l’indicatif de la Grâce, avant l’impératif moral et être respectueux de la liberté du sujet, du temps, de ses fragilités ; la Première Annonce doit être perméable à la joie, qui est la caractéristique contagieuse des premières communautés chrétiennes : le kérygme doit posséder une organicité vivante et vitale pour ne pas réduire le témoignage à une transmission simpliste d’un concept.

C’est pourquoi ces « dispositions » simples, suggérées par le pape François, peuvent devenir précieuses pour tout évangélisateur : « Cela exige de l’évangélisateur des dispositions qui aident à mieux accueillir l’annonce : proximité, ouverture au dialogue, patience, accueil cordial qui ne condamne pas. » (EG 165)

Père Pietro Biaggi

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