Contenus de foi et pédagogie d’initiation : « réunir les conditions favorables qui permettront aux personnes de faire le choix de croire »

Au terme de cette session nationale d’été, il est bon de faire un point d’étape avant de reprendre nos routes respectives.

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Premier point d’étape

Nous sommes partis de la question formulée par la visée de cette session : « on imagine facilement que la pédagogie d’initiation est du côté relationnel, du côté de l’expérience. Elle serait ainsi une simple méthode et ne prendrait pas en charge les contenus de la foi ». Or le rapport méthode et contenus est une question polémique bien connue et déjà repérée par le Card. Joseph Ratzinger lors de sa fameuse Conférence de 1983 à Lyon1 !

Il est donc plus que temps de quitter cette lecture par trop simpliste de la pédagogie d’initiation et cette session nous a permis de le faire ! La pédagogie d’initiation n’est pas de l’ordre d’une méthode.

  • Elle relève du discernement d’une urgence missionnaire, celle d’oser appeler à l’initiation à la vie chrétienne dans un contexte de société ou cela ne va plus de soi.
  • Elle relève aussi d’une attitude tant ecclésiale que personnelle, celle de l’aîné dans la foi qui ose rendre compte de ce qui le fait tenir dans la vie en croyant.
  • Elle est encore une démarche, caractéristique de tout itinéraire de la foi [2], dont Dieu a toujours l’initiative (dans sa mise en forme pédagogique, on l’appelle visée[3] théologique).

Nous voyons plus clairement à la fin de notre session que cette question du rapport méthode / contenu nous invite à revisiter le sens d’un choix, celui de la pédagogie d’initiation.

Pourquoi les évêques ont-ils fait ce choix de la pédagogie d’initiation ? Du fait de la situation dans laquelle se trouve la société française, sortie du contexte de transmission naturelle de la foi. Ce faisant, les évêques expriment également la volonté d’inscrire la responsabilité catéchétique dans la mission de l’Eglise aujourd’hui et d’une Eglise qu’ils appellent à devenir toujours plus missionnaire en proposant la foi comme un chemin possible de vie. « La pédagogie d’initiation demande à une communauté chrétienne de rendre possible chez des enfants, des jeunes et des adultes l’accueil de ce qui nous construit comme croyants dans l’Eglise » (TNOC 1.3, p. 28).

Une catéchèse qui s’appuie sur l’initiation à la foi, dans un contexte ou il faut oser proposer la foi plus que compter sur sa transmission naturelle dans l’espace familial, « est toujours initiation ordonnée et systématique à la Révélation que Dieu a faite de lui-même à l’homme en Jésus-Christ » (DGC 66). Elle est caractérisée par (DGC 67) :

  • Une formation organique et systématique de la foi.
  • Une formation qui est un apprentissage de toute la vie chrétienne plus qu’un enseignement. Avec Jean-Paul II, on parle volontiers « d’une initiation chrétienne intégrale »[4] de telle sorte que l’homme se sente fécondé par la Parole de Dieu.
  • Une formation de base, essentielle « qui établit les fondements de l’édifice spirituel du chrétien » et « incorpore à la communauté (DGC 68).

Cette catéchèse que les évêques de France veulent développer en faisant « le choix de la pédagogie d’initiation » (TNOC 1.3, p. 27) se déploie dans le processus spirituel, intérieur, marqué par la rencontre du Christ, comme un ami, « l’accueil de Dieu qui attire à lui » (TNOC p. 27). Ce choix de la pédagogie d’initiation est un appel lancé aux communautés chrétiennes à « réunir les conditions favorables qui permettront aux personnes de faire ce choix [de croire] » (TNOC 1.3, p. 28).

Sur cette première série de questions, nous sommes assez habitués maintenant à entendre ces éléments d’éclairage. Il est cependant nécessaire que nous les resituions dans leur cohérence et leur unité interne. La pédagogie d’initiation qui appelle à valoriser la liberté des personnes, la place incontournable du bain ecclésial, celle de la liturgie qui fait vivre la foi reçue de l’Eglise en acte de célébration fait un tout de ces défis qui visent à l’unification intérieure des personnes. Elle est un vrai projet de construction intégrale de la personne.

Deuxième point d’étape

Nous nous sommes également placés ensemble devant la question plus technique du processus d’élaboration des articles de foi qui précisent les contenus de la foi sous la modalité de l’expression notionnelle en cherchant le rapport qu’il pouvait y avoir avec le principe de la pédagogie d’initiation. Pour ce travail, nous avons demandé le secours du spécialiste français de l’histoire des dogmes, le P. Bernard Sesboüé (s.j.), professeur émérite de la faculté jésuite du Centre Sèvres et auteur de très nombreux ouvrages sur la question de la genèse des confessions de foi dans l’Eglise naissante[5], comme de la pédagogie du Christ [6]. Nous en avons reçu divers éclairages :

  • L’articulation nécessaire entre l’Evangile proclamé puis sa mise par écrit en corpus néotestamentaire et les confessions de foi tissées de références bibliques avec des explicitations référées à la tradition philosophique grecque de l’époque patristique sous le mode du « c’est-à-dire » (tout’estin).
  • Le fonctionnement du Credo comme règle de foi ou règle de vérité (chez Irénée de Lyon) qui permet de se repérer dans la grande multiplicité de sens ou d’interprétations que l’on peut recevoir de la lecture des Écritures. Les contenus de foi du Credo jouent le rôle de « norme » d’interprétation (fonction régulatrice) de la lecture biblique et donc de l’accueil de la Parole vivante de Dieu qui « s’adresse aux hommes comme à des amis »[7].
  • Dans ce processus d’élaboration, nous avons repéré que l’Eglise n’a jamais cessé d’actualiser l’expression de sa foi. Elle ne s’est jamais sentie prisonnière de formules[8]. Et dans son souci de transmettre une foi orthodoxe, elle a toujours voulu tenir ensemble la dimension de témoignage et celle d’enseignement qui s’expriment dans les confessions de foi. Il faut toujours dire un « Je crois » avant d’énoncer les articles ou contenus de la foi. C’est l’intégralité de la personne qui est concernée.
  • La pédagogie du Christ repose sur la confiance en son disciple. Il suscite en lui le désir d’entrer plus avant dans le mystère de la foi. La révélation de la personne de Jésus, sa divinité, doit d’abord s’imprimer dans la conscience du disciple, éclairée par l’événement pascal, avant de s’exprimer dans l’acte de foi. On peut dire que le contenu de la foi, Jésus mort et ressuscité, le mystère pascal, mystère de l’amour même de Dieu, doit d’abord être reçu comme lumière intérieure d’une vie avant d’être déclinable en contenus de foi que le disciple pourra exprimer en donnant son assentiment. Ainsi la confession de foi nécessite d’être devenue une expérience vitale avant d’être reçue comme énoncé des articles de foi. C’est à ce travail que la pédagogie d’initiation est ordonnée.

En visitant (ou re-visitant) l’histoire des confessions de foi, somme toute complexe, nous avons réalisé que le choix de la pédagogie d’initiation s’intéresse sans cesse au chemin que fait la personne dans la foi et au donné de foi de l’Eglise (en catéchèse aujourd’hui on l’appelle l’itinéraire). Elle le fait dans un réel respect de la liberté des personnes et de la liberté de Dieu qui a toujours l’initiative du dialogue de foi. Ce faisant, la pédagogie d’initiation n’est pas extérieure au processus d’élaboration doctrinal lui-même. Là encore, il n’y a pas d’opposition entre le dynamisme de la foi vécue (fides qua) et l’enseignement ou la réception de la foi professée (fides quae). Du côté des acteurs pastoraux qui sont tout aussi bien des aînés dans la foi, il est intéressant de retenir la formule du P. Sesboüé : « Je prêche l’Evangile, en tenant compte de Chalcédoine » (Session SNCC, 5 juillet 2011). Cette consigne intègre le souci des personnes et la proposition de la foi qui est toujours à honorer dans le contexte de vie qui est celui des catéchisés.

Mais à cette étape, je voudrais encore retenir votre attention.

Nous avons bien enregistré que la Parole de Dieu fait son travail dans les consciences jusqu’à les éclairer de l’intérieur (le nombre des recommençants dans l’Eglise aujourd’hui en est le témoin probant).

Ce travail ne pourrait-il pas, lui aussi être associé, d’une manière que Dieu seul connaît ( !) à la dynamique de la pédagogie d’initiation qui cherche à faire résonner la Parole de Dieu dans les situations diverses de nos existences humaines non pas comme un savoir descriptif sur l’histoire sainte, ni comme une information sur la vie de Jésus ou des premières communautés chrétiennes, mais comme porteuse d’une part du mystère de la foi.

Est-ce que finalement l’enracinement vétérotestamentaire des kérygmes et d’abord du Christ lui-même en son humanité ; est-ce que la présence cachée du Christ dans l’Ancien Testament et dévoilée dans le Nouveau telle que la méthode typologique des Pères de l’Eglise visait à la mettre en évidence pour en dévoiler toute l’importance pour la foi suscitant la recherche, l’intérêt, le goût ou du-moins faisant partager la recherche du prédicateur et son propre cheminement de foi à l’intérieur des Ecritures ; est-ce que cette dynamique interne de la Parole de Dieu ne nous indiquerait pas la nécessité d’ouvrir sans cesse des chemins de sens dans le corpus de la Révélation biblique ? Ils feront faire leur propre chemin de foi à celles et ceux qui accepteront de les parcourir comme « contenus » de la foi exprimés par l’Ecriture et qui sont annoncés comme Parole de Dieu dans le dialogue catéchétique et l’expérience croyante de l’aîné qui s’appuie sur la foi de l’Eglise pour oser sa « lecture ».

Finalement, le gué de Yabboq (Gn 32, 23 sv) qui nous a interrogés sur nos propres franchissements de seuils ne pourrait-il pas entrer en résonance catéchétique avec d’autres franchissements. Je pense par exemple à la mer des roseaux, lors de la sortie d’Egypte à la traversée du Jourdain, lors de l’entrée en terre promise sous la conduite de Josué, mais encore, à d’autres traversées comme la quarantaine de Jésus au désert de Jéricho ou aux trois jours dans les ténèbres obscures de la mort. Nombre d’étapes de type catéchuménal pourraient trouver sens dans ces résonances bibliques. Pour cela, il est nécessaire que nos communautés s’approprient bien d’avantage la Parole de Dieu comme source vivante de la foi, mais aussi la pratique de la Lectio divina, de la parole partagée, goûtée, ruminée.

La pédagogie d’initiation est finalement traditionnelle dans l’Eglise dès lors que l’on cherche vraiment à « réunir les conditions favorables qui permettront aux personnes de faire ce choix [de croire] » (TNOC 1.3, p. 28) dans la perspective missionnaire de la catéchèse.

Notes et bibliographie

[1] Cf. la Conférence du Card. Joseph Ratzinger, à Lyon, en 1983, « Transmission de la foi et source de la foi » attirant l’attention sur les contenus de la foi plus que sur la méthode, In DC 1847 (1983).

[2] A ce sujet, on pourra consulter la contribution du Professeur Manuel Del Campo Guilarte, « La pédagogie de Dieu dans l’initiation chrétienne », in Waltraud Linnig (dir.), Catéchèse et ”pédagogie de Dieu” aujourd’hui, Parole et Silence, 2011, particulièrement les p. 39-40.

[3] Pour préciser ce que nous entendons par visée, on se reportera à Jean-Claude Reichert (dir.), Une catéchèse ordonnée par modules aux étapes de la vie, le Sénevé, 2008, particulièrement les p. 30-32

[4] Jean-Paul II, Catechesi Tradendae, 21 (1979).

[5] Sur ce point particulier, on pourra se reporter avec profit à Bernard Sesboüé (dir.), Histoire des dogmes, 4 vol., Desclée, 1994-1996, particulièrement le tome I, Le Dieu du salut, 1994, plusieurs fois cité par l’auteur dans ses conférences, aux p. 78, 110, 122.

[6] Bernard Sesboüé, Pédagogie du Christ : éléments de christologie fondamentale, Cerf, Paris, 1994, 20094.

[7] Concile Vatican II, Constitution sur la révélation divine, Dei Verbum, § 2 (1963)

[8] La Congrégation pour la doctrine de la foi a précisé en 1973 que les formules dogmatiques sont situées dans une histoire et une culture et doivent donc être relues sans cesse dans un acte d’actualisation.

Bibliographie sélective récente

  • DGC, 3ème partie, « la pédagogie de la foi », § 137-162.
  • TNOC
  • Joël Molinario, Parole de Dieu et Ecriture en catéchèse, La résonnance de la Parole, Le point catéchèse, Le Sénevé / ISPC, 2011
  • Waltraud Linnig (dir.), Catéchèse et “pédagogie de Dieu” aujourd’hui, Parole et Silence, 2011

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