« Invitons Jésus dans les barques de nos vies » : proposition pour une relecture de la période de pandémie et de confinement

« Le début de la foi, c’est de savoir qu’on a besoin de salut. [...] Invitons Jésus dans les barques de nos vies. »

« Le début de la foi, c’est de savoir qu’on a besoin de salut. […] Invitons Jésus dans les barques de nos vies. »

Après huit semaines de confinement, le Service national pour la catéchèse et le catéchuménat propose aux service diocésains et aux équipes de catéchèse et de catéchuménat de relire ce temps. Cette relecture s’articule en plusieurs étapes entre relecture personnelle et partage avec d’autres (en équipe de catéchistes, de catéchuménat, en service diocésain…).

  • Pour une relecture personnelle de ce que j’ai vécu, comment je l’ai vécu et ce qui se dessine pour ma vie personnelle, spirituelle et avec les autres.
  • Pour partager avec d’autres (en équipe de catéchistes, de catéchuménat, en service diocésain), pour nommer ce qui fait notre vie d’équipe, et envisager des manières de faire qui tiennent compte de ce constat.

La relecture de cette période est à vivre en plusieurs temps qui peuvent être organisés, soit sur une journée ou demi-journée ensemble, soit en plusieurs moments différents. Les modalités sont à adapter et à préciser aux participants.

1ère étape : Entrer dans ce temps de relecture, par une méditation de la Parole de Dieu

Trouver un moment calme, couper le téléphone, s’installer confortablement, respirer doucement.

Faire le signe de la croix avec profondeur.

Se mettre en présence du Seigneur qui est là.

Invoquer l’Esprit Saint par un refrain :

Souffle imprévisible

Demander au Seigneur que ce temps avec lui, avec sa Parole et avec ma vie, me donne de le connaître mieux, et de vivre toujours mieux avec lui, avec les autres et avec moi-même.

Lire le texte en me représentant la scène : les personnages, les mouvements, paroles…

La tempête apaisée, Évangile de Marc 4, 35-41

Ce jour-là, le soir venu, il dit à ses disciples : « Passons sur l’autre rive. »

Quittant la foule, ils emmenèrent Jésus, comme il était, dans la barque, et d’autres barques l’accompagnaient. Survient une violente tempête. Les vagues se jetaient sur la barque,

si bien que déjà elle se remplissait.

Lui dormait sur le coussin à l’arrière. Les disciples le réveillent et lui disent :

« Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ? »

Réveillé, il menaça le vent et dit à la mer : « Silence, tais-toi ! »

Le vent tomba, et il se fit un grand calme.

Jésus leur dit : « Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? »

Saisis d’une grande crainte, ils se disaient entre eux :

« Qui est-il donc, celui-ci, pour que même le vent et la mer lui obéissent ? »

Prendre un temps de silence en me situant dans la scène :

  • Comment est-ce que je vois la présence de Jésus ? son silence ? son calme ?… et finalement sa parole face aux éléments ?… et envers ses disciples ?
  • Quelle est à présent leur expérience de Jésus et des épreuves ?
  • Ce texte a-t-il quelque chose à voir avec la situation dans laquelle je me trouve en ce moment ?
  • Est-ce que je peux me sentir embarqué(e) ? Qu’est-ce que cette tempête ? comment je la vis ?
  • Quelle présence de Jésus je (re) découvre à mes côtés ?

Pour terminer, je m’adresse au Seigneur, pour lui dire ce que je vis, lui demander ce que je souhaite pour ce temps de relecture et pour ma vie.

Selon que ce temps de prière se vit en soi, ou en introduction à la relecture, on prend le temps de prier maintenant avec le Notre Père… ou à la fin de la relecture.

2ème étape : relire le vécu de ce temps de confinement sous le regard de Dieu

Temps de relecture personnel

« Me voici »

Je me mets sous le regard de Dieu qui m’attend. Je viens tel que je suis avec tout ce que je porte, tel que je suis après ce temps de confinement : fatigué(e), ou content(e), ou découragé(e), en colère, ou émerveillé(e)…

Je regarde aussi l’équipe avec laquelle je travaille : équipe de catéchistes, d’accompagnateurs de catéchuménat, ou service diocésain…

Chercher à nommer le ou les sentiment(s) qui m’habite(nt) : inquiétude, apaisement, consentement…

  • Je demande au Seigneur sa lumière afin de relire cette période en trouvant la trace de sa présence.
« Merci »

Je revois le déroulement des mois écoulés afin de trouver de quoi goûter ce que j’ai vécu et qui est mon histoire avec Dieu. Je prends conscience de ce que j’ai reçu de bon et qui me fait dire merci au Seigneur qui est la source de la vie et de l’amour. Par exemple les beaux gestes dont j’ai été témoin, un coup de téléphone reçu ou donné, un pardon que j’ai pu donner ou recevoir, une parole d’Évangile que j’ai entendue pour moi, les lectures qui m’ont nourri(e)…les célébrations télévisées… ma capacité de m’adapter à ce temps, ma créativité, … ?

Je regarde aussi la vie dans ma mission, en équipe : un projet mené à bien, une réunion, un travail de réflexion enrichissant … une découverte sur moi-même et ma façon de travailler, sur les membres de l’équipes : les qualités, dons, capacités insoupçonnées, les collaborations possibles, …

  • Tout cela devient signe de la présence et de l’action de Dieu au cours de mes journées. Je rends grâce pour cela.
« Pardon »

Je regarde ce qui a été source de tristesse, d’amertume, de découragement. Par ex : ma tendance à entasser des choses par peur de manquer, mes plaintes, mon impatience, ma colère, mon envie de ne rien faire, mes repliements sur moi, mes jugements sur le comportement des autres, mon rapport à l’information…

Puis, nommer les situations difficiles ou de souffrance dans ma mission, mon travail : difficulté à organiser mon travail, à me faire entendre, ou comprendre, paresse, suractivité…

  • Je demande au Seigneur de m’aider à comprendre pourquoi j’agis de la sorte. Je lui demande pardon.

Je m’adresse à Dieu : Je lui confie mes joies, tristesses, … Je lui demande sa force pour envisager à nouveaux frais mes relations aux autres, à moi-même. Je lui confie notre relecture en équipe de cette période.

Temps en équipe :

Je choisis ce que je souhaite partager avec les membres de l’équipe, de ce que j’ai relu personnellement.

Puis, nous relisons ensemble la vie de notre équipe pendant ce temps du confinement :

  • Nommer les éléments positifs de notre vie en équipe : un projet mené à bien, une réunion, un travail de réflexion enrichissant, …
  • Puis, nommer les situations plus difficiles, ou de souffrance dans le travail : trop de travail, projet pas clair, mauvaise compréhension entre nous… Nommer aussi ce qui a dû être laissé de côté, ce qui a été annulé (formations, sessions, réunions, …)

Ce que j’ai découvert :

  • Sur moi-même et ma façon de travailler, sur les membres de l’équipes, et peut-être de nouvelles personnes auxquelles nous ne pensions pas : les qualités, dons, capacités insoupçonnés, les collaborations possibles, …
  • Ce qui nous a aidés, ce que nous avons mis en œuvre qui a permis d’avancer malgré les difficultés…
  • Ce qui nous aurait aidés, que nous n’avons pas fait…

3ème étape : Se tourner vers l’avenir

Après ce temps de relecture, prendre un temps de réflexion seul, puis se retrouver en équipe pour poser quelques pistes pour la suite.

Personnellement …

En mon for intérieur, je regarde ma vie, la société, le monde, l’Eglise, et je nomme ce que je veux garder ou modifier après cette expérience de confinement.

Est-ce que cela implique des changements dans ma vie ? des choix à faire ?

« La tempête démasque nos vulnérabilités et révèle ces sécurités, fausses et superflues, avec lesquelles nous avons construit nos agendas, nos projets, nos habitudes et priorités. [i]»

  • Dans ma vie personnelle, je considère les activités, les projets, les habitudes, les biens… qui me manquent vraiment et ceux dont je peux me passer, ou organiser différemment.
  • Ma vie de prière, mon rapport à la communauté chrétienne, à l’Eglise ont été profondément bouleversés : l’impossibilité de se retrouver pour l’eucharistie dominicale, pour les célébrations de la Semaine Sainte et de Pâques… Qu’est-ce qui a été difficile, qu’est-ce qui a été source de créativité ? Comment s’est nourrie ma vie spirituelle ?
  • Est-ce que j’envisage ma mission en Eglise de la même manière ?
  • Dans la société, j’ai perçu les élans de solidarité qui se sont manifestés pour les soignants, pour ceux qui ont permis à la vie de se poursuivre et qui souvent sont invisibles. Est-ce que cela m’éclaire sur les différences sociales et les sources d’inégalité ? Sur la dépendance que nous avons les uns des autres ? Sur les nombreuses associations et organismes qui sont à l’œuvre ? Est-ce que mon rapport à la société, aux personnes qui m’entourent évolue ?
  • Le Coronavirus aurait quelque chose à voir avec une pression accrue sur la planète et les comportements humains. Il nous met face à toutes nos limites (la terre, l’écologie, le système économique…). Cette crise révèle combien « tout est lié » comme le disait le Pape François dans Laudato Si, et que nous sommes tous interdépendants les uns des autres. « L’épidémie est un signe supplémentaire de la nécessité de transformer notre système économique de production et de consommation[ii] ». « La solidarité devra jouer pour une société plus juste, plus sobre et plus fraternelle [iii]». Comment j’intègre dans ma vie que le défi de l’écologie intégrale pour l’avenir de l’humanité et de la planète est majeur ?

« Tu nous invites à saisir ce temps d’épreuves comme un temps de choix…réorienter la route de la vie vers toi, vers les autres. Et nous pouvons voir les nombreux compagnons…exemplaires qui dans cette peur ont réagi en donnant leur vie…qui ont compris que personne ne se sauve tout seul »[iv]

En équipe de catéchistes, d’accompagnateurs du catéchuménat…

En équipe, nous pouvons commencer à nommer ce que la relecture de cette période nous invite à envisager comme nouvelles pistes de réflexion, d’action.

Compte tenu des découvertes, constats… sur la façon dont nous avons vécu notre mission pendant ce temps particulier, personnellement et en équipe :

  • Sur quelles personnes, organisations, collaborations … voulons nous nous appuyer pour envisager la suite de notre travail en équipe ?
  • Les différentes façons dont nous avons nourri notre vie spirituelle, notre vie communautaire, notre vie en Eglise peuvent nous inviter à une réflexion sur notre rapport à l’Eglise, sur la place et le sens des sacrements dans notre vie de chrétien, et dans la vie de nos équipes.
  • Les nombreuses propositions de célébrations domestiques, de prière en famille, de catéchèse à la maison, … ont-elles porté du fruit et nous donnent-elles envie de continuer dans ce sens ? pour quelle articulation avec la vie paroissiale ?
  • Pour la catéchèse, le catéchuménat : Qu’est-ce qui nous semble en train d’éclore, de germer, de nouveau à encourager ?
  • Comme le Père Tomas Halik[v], nous avons pris conscience que : « Notre monde est malade. Je ne fais pas seulement référence à la pandémie du coronavirus, mais à l’état de notre civilisation tel qu’il se révèle dans ce phénomène mondial. En termes bibliques : c’est un signe des temps. Quel genre de défi cette situation représente-t-elle pour le christianisme, pour l’Eglise, l’un des premiers acteurs mondiaux, et pour la théologie ? »
  • Quelle place l’écologie intégrale va-t-elle trouver dans la catéchèse et le catéchuménat ?
  • Quels changements commençons-nous à voir se profiler pour nos vies et pour la vie de nos équipes ? quels choix faire ?

4ème étape : Prier pour confier au Seigneur notre réflexion, nos échanges, notre avenir

Prière nourrie par la prière du pape François le vendredi 27 mars 2020, Place Saint Pierre :

« Nous nous nous rendons compte que nous nous trouvons dans la même barque, tous fragiles et désorientés, mais en même temps tous importants et nécessaires, tous appelés à ramer ensemble, tous ayant besoin de nous réconforter mutuellement. Dans cette barque… nous nous trouvons tous. Comme ces disciples qui parlent d’une seule voix et dans l’angoisse disent : « Nous sommes perdus » (v. 38), nous aussi, nous nous nous apercevons que nous ne pouvons pas aller de l’avant chacun tout seul, mais seulement ensemble. »

Relire le texte de l’Evangile de Marc 4, 35-41.

« Le début de la foi, c’est de savoir qu’on a besoin de salut. Nous ne sommes pas autosuffisants, seuls nous faisons naufrage : nous avons besoin du Seigneur, comme les anciens navigateurs des étoiles…

Invitons Jésus dans les barques de nos vies. »

Pour vivre après ce temps de confinement, chacun de nous a besoin de l’aide du Seigneur et la lui demande… Chacun parle au Seigneur de ce qui l’attend, de ses soucis…

Nous prions aussi pour notre équipe, pour notre mission en Eglise, pour qu’elle soit renouvelée par l’action de l’Esprit Saint.

On peut prendre un refrain à l’Esprit Saint, par exemple :

« Viens Esprit de Sainteté, viens Esprit de lumière,

Viens Esprit de feu, Viens nous embraser. »

Viens Esprit de sainteté, viens Esprit de lumière

  • Nous te demandons de vivre avec toi et par toi chaque rencontre, chaque projet, chaque événement aussi modeste soit-il.

« Embrasser la croix, c’est trouver le courage d’embrasser toutes les contrariétés du temps présent en abandonnant notre soif de toute puissance et de possession, pour faire place à la créativité que seul l’Esprit est capable de susciter »

  • Nous te demandons le courage des renoncements à faire, des décisions à prendre pour changer quelque chose dans nos vies personnelles et nos missions.
  • Nous confions à ta miséricorde les défunts liés à la pandémie et toutes les personnes en souffrance.

Avec confiance tournons-nous vers le Père et rendons grâce pour tout ce que nous venons de partager :

Notre Père

Puis chanter un chant d’action de grâce, ou un Alleluia !

Par exemple :

Par toute la terre (criez de joie, Christ est Ressuscité) – Chant de l’Emmanuel ;

Rendons gloire à notre Dieu

Rendons gloire à notre Dieu

[i] Homélie du pape François, 27 mars 2020 : http://www.vatican.va/content/francesco/fr/homilies/2020/documents/papa-francesco_20200327_omelia-epidemia.pdf

[ii] Mgr de Moulin-Beaufort, La Vie n° 38-94.

[iii] conclusion de l’émission « Et après » sur France 2 en avril 2020).

[iv] Pape François, homélie du 27 mars

[v] P Tomas Halik, professeur de sociologie à l’université de Prague : https://www.choisir.ch/religion/theologie/item/3795-la-chretiente-a-l-heure-de-la-maladieCher

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